"Personne ne voulait d'Egan Bernal il y a deux ans"

"Personne ne voulait d'Egan Bernal il y a deux ans"
"Personne ne voulait d'Egan Bernal il y a deux ans" - © JOAQUIN SARMIENTO - AFP

Brillant depuis le début de la saison sous le maillot de la Sky (sixième du Tour Down Under et vainqueur du classement général de la Colombia Oro y Paz, une épreuve 2.1), Egan Bernal a passé une vitesse supérieure dans son évolution, en s'adjugeant ce vendredi sa première victoire dans le World Tour. Une première pour un Espoir troisième année depuis 2015 et un certain Caleb Ewan lors de la cinquième étape du Tour d'Espagne. Sur le contre-la-montre en montagne entre Ollon et Villars (9,9 km), il a écrasé la concurrence. Seuls Primoz Roglic (4 secondes) et Richie Porte (18 secondes) ont pu limiter la casse. Derrière, les dégâts sont impressionnants : 48 secondes pour Kruijswijk, 1m26 pour Rohan Dennis, 1m28 pour Daniel Martin, .... Un résultat incroyable pour celui qui effectue son retour après une chute et une fracture de la clavicule sur le Tour de Catalogne (2.WT). " Je ne suis pas surpris. C'est grâce à sa mentalité et son talent naturel ", affirme son ancien directeur sportif chez Androni – Sidermec Gianni Savio à la RTBF.

Si ce triomphe peut paraître surprenant en raison de son inexpérience du World Tour et son jeune âge (21 ans et 3 mois, , ses données physiologiques illustrent son potentiel. Le Colombien affiche une consommation maximale d’oxygène (ou VO2 max) rarement égalée, de l’ordre de 88,8. A titre de comparaison, Chris Froome est à 85, Miguel Indurain à 88 et Greg LeMond à 92. Selon le sélectionneur national Jenaro Lequizamo, les possibilités de cette pépite sont sans limites. " Ses valeurs physiques sont impressionnantes. Ce cycliste est capable de remporter le Tour de France, pas seulement une fois, mais plusieurs fois. En termes de poids, à l’âge de 17 ans, il possédait déjà une carrure de coureur professionnel. Mince, mais pas squelettique, il affichait 5 % de masse graisseuse pour un indice de 18,9 de masse corporelle. Son tronc est particulièrement court et il possède de longues jambes, ce qui peut l’aider dans les contre-la-montre. Il possède donc les aptitudes physiologiques et anthropométriques pour obtenir des résultats importants ", détaillait-il au site El Colombiano repris par la Chronique du Vélo. 

Pro sans rouler chez les Espoirs

Egan Bernal est un des rares coureurs à être devenu professionnel sans avoir disputé la moindre saison chez les U23. Par l'intermédiaire de son directeur d'équipe de VTT Pablo Mazuera, et de l'ancien coureur Paolo Alberati, qui devient son agent, il entre en contact avec le manager de l'équipe Conti Pro italienne Androni Gianni Savio. Voyant le potentiel du garçon, il lui offre directement un contrat professionnel de quatre ans alors qu'il n'a pas encore disputé la moindre course chez les Espoirs. " Il y a deux ans, personne n'en voulait. Son agent l'avait proposé à deux équipes World Tour et deux formations Conti Pro. Ils ont tous refusé. Moi, je n'ai pas hésité et j'ai eu raison. Il faut dire que je le connaissais déjà pour en avoir parlé avec des amis colombiens car j'étais commissaire technique de la Colombie dans les années 2000. "

Un transfert chez Sky pour assainir les finances d'Androni

En effet, ce qui semblait être un pari se transformait en un coup de maître. Dès sa première saison en Conti Pro, il se classe seizième du relevé Tour du Trentin, devenu entre-temps Tour des Alpes. Il enchaîne avec une victoire au classement général d'une épreuve 2.2 en Roumanie et termine quatrième du Tour de Slovénie (2.1). En 2017, il en remet une couche et gagne sa première course 2.1 sur le Sibiu Cycling Tour. Il termine 16e de sa première course World Tour, Tirreno-Adriatico avant de remporter l'épreuve de référence chez les moins de 23 ans, le Tour de l'Avenir, devant le Belge Bjorg Lambrecht. En 2018, il effectuait le grand bond du World Tour chez Sky, permettant à l'équipe de Gianni Savio d'assainir ses finances. " En 2014, mon deuxième sponsor Venezuela n'a pas payé sa part. Nous étions en grande difficulté financière. C'est alors que j'ai trouvé Pino Buda (patron de Sidermec) un partenaire incroyable. Il a non seulement sauvé l'équipe mais a avancé l'argent du contrat de 2016 et de 2017. Il était bien payé chez nous, mais il était normal qu'il aille dans une grande équipe. J'ai conclu un accord financier avec la Sky pour cette saison, une sorte d'indemnité post-formation car c'est chez nous qu'il est devenu un grand coureur. Avec cet argent, nous avons définitivement résolu les problèmes financiers de 2014."

Un talent reconnu de tous

Outre ses aptitudes naturelles, son talent fait l'unanimité dans le peloton. Coéquipier d'Egan Bernal sur le dernier Tour de l'Avenir, Daniel Martinez souligne l'intelligence de ce coureu, au site El Colombiano. " Sur la Colombia Oro y Paz, il a montré qu'il savait également se contrôler, tout en défendant les intérêts de son leader Sergio Henao ". Son mental fait sa force, selon son ancien coéquipier de chez Androni, Ivan Sosa. " Il ne baisse jamais les armes. Il en veut toujours plus, il sait rouler et a une grande lecture de la course. "
Le talent, l'intelligence et le mental lui feront-ils gagner le Tour de Romandie ? A deux étapes du terme, il n'est qu'à seulement quatre secondes du leader Primoz Roglic (Team LottoNL-Jumbo). Ce samedi, cinq cols sont répertoriés autour de Sion sur 149,5 kilomètres. Un terrain de jeu idéal pour Egan Bernal. " Je ne sais pas s'il va gagner ce Tour de Romandie. Mais ce Egan Bernal pourrait faire des grands résultats au Giro. Dans un sens, je regrette qu'il ne soit pas au départ du Tour d'Italie avec nous. Dans quelques années, il sera sur le podium final d'un Grand Tour ", termine Gianni Savio.

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