Paul De Geyter : "Je veux plus de respect de nos adversaires envers Lotto-Soudal !"

Paul De Geyter et Julien Vermote sur le Tour 2017
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Paul De Geyter et Julien Vermote sur le Tour 2017 - © DIRK WAEM - BELGA

Il s’appelle Paul De Geyter. Son nom restera à jamais attaché à celui de Frank Vandenbroucke dont il fut le manager, le confident, l’ami, le protecteur. De Geyter a été le manager de VDB mais aussi de Johan Museeuw, de Tom Boonen, de Greg Van Avermaet et même de Michael Matthews.

Ce parfait trilingue néerlandais-français-anglais, juriste de formation, est devenu, un peu par hasard, agent de coureurs à la fin du siècle dernier. Mais aujourd’hui, à 56 ans, il a décidé, tout en restant dans la bulle cycliste, de changer de boulot. Il a répondu à l’offre d’emploi de l’équipe Lotto-Soudal qui recherchait un Directeur général.

La fonction, nouvelle chez Lotto (le manager sportif Marc Sergeant devra lui rendre des comptes), intéressait du (beau) monde puisque Rik Verbrugghe et John Lelangue, par exemple, avaient également postulé. Mais après plusieurs mois de rencontres, de discussions et d’hésitations, c’est donc le doyen de la bande, Paul De Geyter, qui a décroché la timbale.

Cette semaine, en Espagne, il vit de l’intérieur son premier stage hivernal dans son nouveau costume de CEO (Chief executive officer), comme on dit aujourd’hui dans la sphère des affaires. Samuël Grulois, notre envoyé spécial à Manacor, sur l’île de Majorque, a évoqué avec lui ses objectifs pour l’avenir (il a un contrat jusque 2020). Paul De Geyter a bien l’intention de mettre un gros coup de pied dans la fourmilière et de rendre au groupe Lotto-Soudal une image, perdue, de "winner".

"Je crois qu’une équipe belge doit se montrer en Belgique !"

Monsieur De Geyter, vous avez été agent de coureurs pendant quasi vingt ans. En quoi cette expérience pourra vous aider dans vos nouvelles fonctions?

"Je crois savoir un peu comment fonctionne un cycliste ! C’est un métier assez spécial. Et puis, les coureurs ont aussi souvent un caractère particulier. Ce qui est également pratique, c’est que je sais comment sentir une négociation de contrat. Et j’espère en faire profiter l’équipe."

Qu’est-ce qui vous a poussé à accepter cette offre d’emploi chez Lotto-Soudal ?

"Je ne sais pas pourquoi mais après quinze ans dans le même secteur, je commence souvent à en avoir un peu marre de mon job. D’ailleurs, ici, je démarre le troisième boulot de ma carrière professionnelle. Si on m’avait proposé la place de Patrick Lefevere chez Quick-Step, j’aurais probablement refusé ! Cette équipe est à son sommet et elle ne peut que… descendre. Alors que chez Lotto-Soudal, il y a un potentiel énorme ! C’est la plus ancienne équipe de Belgique, le pays du vélo. Je suis non seulement très content mais aussi très fier de pouvoir faire ce job."

L’image de l’équipe est sympathique mais ça ne suffit pas. Il faut des résultats. Vous ne vous êtes pas engagé dans ce travail comme un... "bisounours" en vous disant que "tout le monde est beau, tout le monde est gentil ". Il y a du boulot et des boulons à serrer.

"Oui et j’ai déjà commencé en opérant quelques changements. D’ailleurs, je suis surpris et content de la réaction du personnel de l’équipe, très enthousiaste et prêt à évoluer. Clairement, je demande plus aux employés que ce qu’on leur demandait avant. Mais ils sont hyper motivés."

Votre objectif est que Lotto-Soudal revienne à son "core business" : les classiques belges, les classiques flamandes. Depuis quelques années, l’équipe est partout et nulle part à la fois...

"Je crois qu’une équipe belge doit se montrer en Belgique !"

Le manager sportif Marc Sergeant l’avoue : oui Lotto a été une machine à gagner, notamment avec Philippe Gilbert en 2011, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui malgré une excellente saison il y a deux ans. La machine à gagner, désormais, c’est Quick-Step. J’imagine que vos sponsors, qui mettent de l’argent sur la table, veulent avant toute chose... gagner ?

"Tout à fait ! Pour 2018, les choix sportifs ont déjà été faits, on ne peut plus engager. Par contre, on pense déjà à 2019. Mais il faut bien structurer l’équipe, c’est très important. Si on veut accueillir de grandes stars du vélo, il faut leur montrer la qualité de notre groupe, de notre organisation, c’est capital. Et puis, il faudra absolument développer une autre mentalité, plus agressive ! Lotto est reconnue pour être une équipe sympathique et familiale, et c’est bien. Mais il faut aussi exprimer une certaine grinta et afficher une plus grande fierté du maillot ! Vous savez, il y a toujours des équipes que l’on regarde avec respect. Quand elles avancent dans le peloton, les autres coureurs les laissent passer... Et bien moi je veux que dans l’avenir nos adversaires regardent l’équipe Lotto-Soudal avec le respect qu’elle mérite !"

Quel coureur rêvez-vous d’engager en 2019 ?

"Moi je rêve de pouvoir engager un coureur capable de jouer un rôle important dans les classiques et qui puisse aussi gagner une ou deux étapes dans un Tour de France ou une Vuelta."

En d’autres mots, le profil d’un Greg Van Avermaet ou d’un Philippe Gilbert ?

"J’allais le dire oui, la liste n’est pas énorme ! Mais si on n’a pas d’ambition, on ne réussit rien. On n’a clairement pas les moyens des équipes comme Sky ou Quick-Step prêtes à délier les cordons de la bourse pour transférer un coureur. Nous, on devra être très économe, avec ce qu’on a comme budget. On devra bien négocier (NDLR : Et ça, Paul De Geyter sait faire !). On devra être mieux que les autres puisqu’on a moins d’argent que les autres !"

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