Patrick Lefevere : "Plus de sécurité avec moins de coureurs ? Bull shit !"

Le souvenir est encore dans toutes les mémoires. Antoine Demoitié est décédé, tragiquement, le 27 mars 2016, après avoir été percuté par une moto sur Gand-Wevelgem. Pour limiter les risques de tels accidents, on a diminué le nombre de véhicules en course, on a réduit le format des motos sur lesquelles on ne peut plus accrocher de sacoches latérales. Et depuis le début de cette saison, l'Union cycliste internationale a revu à la baisse la taille des pelotons en limitant le nombre de coureurs par équipe à sept sur la plupart des épreuves et à huit sur les grands Tours. C'est terrible à dire mais... si l’accident d'Antoine Demoitié peut servir à améliorer la sécurité en course, il ne sera pas mort pour rien.

L’avis conciliant de Jean-François Bourlart

Après le temps de l’émotion, après le temps de la réflexion, voici donc venu le temps de l’action. Jean-François Bourlart, qui était le manager de Demoitié chez Wanty-Groupe Gobert, apprécie la démarche de l’UCI.

"L’UCI se cherche un petit peu. Le cyclisme se cherche un petit peu. C’est vrai qu’il y a eu plusieurs accidents graves et qu’il est normal que l’UCI cherche des solutions avec les organisateurs pour tenter de limiter de tels accidents en rendant les courses les plus ‘secure’ possible. Alors, est-ce que passer de neuf à huit ou de huit à sept va changer quelque chose à cette quête de sécurité, je n’en suis pas personnellement convaincu. Mais si on ne fait rien, si on n’essaie rien, si on ne fait pas attention à la problématique des motards, si on ne fait pas attention au nombre de véhicules, si on ne fait pas attention à la signalisation dans les courses… on n’améliorera jamais ce problème ! Donc, ça a le mérite d’exister. Et on verra bien dans quelques mois ou dans quelques années si c’est efficace ou pas."

L’avis critique de Patrick Lefevere

Tous les patrons d’équipe ne sont pas aussi "diplomates" que Jean-François Bourlard. Patrick Lefevere, par exemple, le boss de Quick Step-Floors n’y va pas par quatre chemins.

"Concernant la sécurité, c’est… bull shit (NDLR : des conneries) ! Les organisateurs veulent toujours faire arriver leurs épreuves dans le centre des villes après quinze ronds-points et quinze virages. C’est l’organisateur qui met des obstacles, pas le peloton. Et puis, réduire le nombre de coureurs, ce n’est pas très malin en terme économique. Les équipes ont été très braves et correctes car elles pouvaient toutes diminuer le nombre de coureurs employés jusque vingt-quatre. Chez nous, nous n’avons que deux coureurs en moins par rapport à l’année passée. Mais si tous les patrons d’équipe avaient décidé de descendre à vingt-quatre, on compterait aujourd’hui en moyenne six coureurs en moins dans chaque team ! Avec également moins de personnel (NDLR : mécaniciens, soigneurs, directeurs sportifs, etc.). Au total, deux cents personnes seraient probablement au chômage dans le monde cycliste professionnel…  Heureusement, les équipes n’ont pas réagi stupidement."

L’avis réservé de Benoot et Alaphilippe

Enfin, qu’en pensent les principaux intéressés, c’est-à-dire les coureurs ?

Le récent lauréat des Strade Bianche Tiejs Benoot est plutôt… circonspect. "Je pense que ça ne change rien pour la sécurité. Quand le peloton est à bloc au pied du Vieux-Quaremont avec 200 ou 150 coureurs, c’est la même chose."

Et le puncheur français Julian Alaphilippe de conclure : "Je n’ai pas vraiment un avis tranché. Si c’est pour la sécurité, je ne sais pas si enlever 20 coureurs dans un grand peloton va changer quelque chose. Je pense simplement que la sélection sera peut-être encore plus difficile pour les directeurs sportifs et le management. Mais pour nous, les coureurs, je ne vois pas ce que cela changera."

L’UCI espère également rendre les courses, surtout les grands Tours, moins cadenassées, moins contrôlées par les grosses équipes et éviter ainsi des déroulements stéréotypés comme sur les derniers Tours de France avec une archi-domination des Sky de Bradley Wiggins et Christopher Froome.

A voir dès le Giro, en mai.

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