Milan-Sanremo était d’abord une course à pied !

Le premier monument du sport cycliste aurait dû avoir lieu ce samedi mais, vous le savez, il n’y aura pas de Milan-Sanremo en raison de l’épidémie du coronavirus. Jusque-là, la grande classique cycliste italienne n’avait été annulée qu’à trois reprises en 112 ans d’histoire : en 1916, lorsque l’Italie entra dans le premier grand conflit mondial, et puis en 1944 et 1945, à la fin de Seconde Guerre mondiale et du fascisme italien.

Milan-Sanremo, c’est la Primavera, le printemps, l’épreuve la plus longue du calendrier cycliste. Avec ses Capi, son Poggio, sa fontaine (la plus célèbre de l’histoire du cyclisme) et sa Via Romamagnifiée par Eddy Merckx, elle a toujours fait rêver. Retour sur l’histoire de la plus prestigieuse des courses d’un jour en Italie.

L’idée germe en 1906. Les membres de l’Union Sportive Sanrémoise décident alors d’organiser une course…à pied entre Milan et Sanremo, en deux étapes. Le projet sportif est trop ambitieux. C’est un échec total. Un an plus tard, le journaliste Tullo Morgagni, déjà à l’initiative du Tour de Lombardie créé deux ans plus tôt, émet l’idée de reprendre le parcours de l’année précédente mais de le faire non plus à pied mais à vélo et en un seul jour.

La première édition, en 1907, est laborieuse et disputée dans des conditions dantesques. Il y a 62 inscrits mais ils ne sont que 33 au départ et 14 à l’arrivée. Le Français Lucien Petit-Breton, un pseudonyme qui se doubla du surnom " l’Argentin " pour avoir passé son enfance à Buenos-Aires, s’impose à la moyenne horaire de 22 km/h. Plus tard, il signe des articles et publie aussi un livre. Beaucoup voient en lui le premier consultant de la presse sportive et le premier intellectuel du peloton. Il trouve la mort dans un accident, sur le front, en 1917.

En 1910, c’est la quatrième édition de la course organisée par le journal La Gazzetta dello Sport. Une édition qui va (déjà) entrer dans la légende. Parmi les 71 coureurs au départ, ils ne sont que quatre à l’arrivée : les Italiens Cocchi, Marchese et Sala et le vainqueur : le Français Eugène Christophe. Il y a 20 centimètres de neige et davantage par endroits. Christophe met pied à terre, frigorifié, et s’arrête 25 minutes dans une auberge pour y soigner son rhume. Vu son état, l’aubergiste refuse de le laisser repartir. Alors il s’enfuit et termine la course avec les membres gelés. Il sera hospitalisé pendant un mois et lui faudra deux ans pour retrouver la totalité de son potentiel physique.

En 1961, la victoire de Raymond Poulidor apporte un sacré démenti à l'idée préconçue que Poupou est un éternel deuxième. Le Français triomphe après une double péripétie. Il abandonne d’abord et s’installe dans la voiture de son Directeur Sportif, Antonin Magne…lequel lui ordonne de remonter sur le vélo. Seul en tête, le Limousin est ensuite victime d’une erreur de parcours, un gendarme posté à la fontaine lui indiquant la mauvaise direction. Un peu plus loin, Poulidor comprend ce qui lui arrive, il fait demi-tour, sprinte et conserve 60 mètres d’avance sur Rik Van Looy et le reste du peloton.

Malgré une météo parfois capricieuse (souvenez-vous de l'interruption de la course pendant une heure et demi et du transfert des coureurs en bus en 2013) ou les glissements de terrain sur le Poggio, l’épreuve avait jusqu’ici toujours évité les embuches. Quand aura lieu la 111e édition de la Primavera ? En automne ? L’année prochaine ? Nul ne le sait. Une chose est sûre, elle rendra le sourire aux nombreux tifosis aujourd’hui meurtris et auxquels vont toutes nos pensées en ce jour de la Saint-Joseph qui fut la date immuable de Milan-Sanremo jusqu’en 1978 avant de devenir une date mobile et de se disputer le samedi se rapprochant le plus du 19 mars, le jour de la fête des pères en Italie.

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