Lettre ouverte à Bjorg Lambrecht : "Tu t'es envolé avant de pouvoir prendre ton envol"

Lettre ouverte à Bjorg Lambrecht
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La Belgique cycliste était sur un petit nuage. Dans la foulée d’un Tour de France enthousiasmant, l’éblouissant exploit de Remco Evenepoel à la Clásica San Sebastián a provoqué un délire collectif, un bain de jouvence. On ne comptait plus les superlatifs et les métaphores. Samedi et dimanche, je n’ai cessé d’être interpellé de toute part par des gens tout simplement heureux : "quel phénomène ce Remco". Ce à quoi je m’empressais de répondre : "C’est vrai mais n’oubliez pas Bjorg Lambrecht. Il est probablement le meilleur grimpeur belge depuis Lucien Van Impe."

Bjorg (sorte de contraction d’une des idoles de ma jeunesse, le tennisman Bjorn Borg), tu étais promis à un avenir doré. Tu étais une pépite. Tu devais devenir un immense champion. Tu possédais les trois ingrédients de la réussite : le talent, le sérieux et l’ambition. Tu allais nous en donner du bonheur. Mais tout s’est arrêté brutalement, cruellement sur une route polonaise détrempée, en pratiquant ton métier, ta passion. Ta disparition tragique est un drame pour le sport belge.

Bjorg, j’avais un petit faible pour toi. Pourquoi ? Parce que j’ai toujours admiré les purs grimpeurs mais aussi parce que tu étais un jeune homme aimable, jovial, passionné et respectueux. Aujourd’hui, j’éprouve cette même tristesse que lors de la disparition de Jean-Pierre Monseré en mars 1971. Il avait vingt-deux ans, comme toi, et il venait d’être sacré champion du monde. A l’époque mes larmes étaient celles d’un gamin de sept ans. Aujourd’hui, ce sont celles d’un adulte consterné, incrédule et en colère envers ceux qui ne comprendront jamais que ton sport (ton métier, ta passion) est dangereux et exige tant de sacrifices.

Bjorg, tu nous laisses aussi un fameux message. Parce que la vie peut basculer en une seconde, profitons de chaque instant avec les gens que nous aimons. Osons leur dire à quel point on les apprécie. La vie est belle mais si fragile, friable et éphémère. Prenons soin de ceux qu’on aime.

Aujourd’hui mes pensées sont pour tes amis, ta famille, tes parents. Comment peut-on se remettre de la perte d’un enfant ? On dit que le temps adoucit la peine, mais il n’efface pas le souvenir. Dans le Mur de Huy, le Tourmalet ou le Galibier, j’aurais tant aimé dire (ou redire) "attaque de Bjorg Lambrecht", mais je te le promets, j’y penserai.

Tu t’es envolé avant de pouvoir prendre ton envol. Tu étais un ange.

RIP Bjorg Lambrecht.

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