Les quatre Flèches décochées par Aerts, Verbrugghe et le "patron" Criquielion

Claudy Criquielion, Mario Aerts et Rik Verbrugghe
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Claudy Criquielion, Mario Aerts et Rik Verbrugghe - © Belga - RTBF

La Flèche Wallonne c’est "la" course de Claudy Criquielion. Vainqueur comme coureur à deux reprises, il l’a également remportée comme Directeur Sportif avec Rik Verbrugghe et Mario Aerts.

De la création en 1936 à l'arrivée au Mur en 1985

C’est en 1936 que la Flèche Wallonne voit le jour. Albert Van Laethem, directeur du journal "Les Sports", veut créer une épreuve qui traverse la Wallonie d'Ouest en Est en passant par les principales villes de la Région.
La première édition prend place le lendemain de Paris-Roubaix. Les coureurs partent de Tournai et arrivent à Liège, en passant, notamment par Mons, Charleroi et Namur.

Petit à petit la course évolue. Les villes de départ et d’arrivée changent régulièrement. Les organisateurs souhaitent donner une identité forte à la Flèche. En 1985 ils décident que le juge de paix de la Flèche sera le Mur de Huy.  

Forcément, cela change complètement la fin de course. Et la difficulté du Mur, avec son virage à 23%, permet à l’épreuve de trouver SA côte, son empreinte génétique.

La première Flèche du Crique

1985 marquera à jamais l’histoire de la Flèche. Premier Mur et sur cette première édition revisitée un Wallon s’impose. C’est Claudy Criquelion, paré son superbe maillot arc-en-ciel ,qui dompte le Mur tout acquis à sa cause. Le Belge s'impose avec près de 1'49 d'avance sur le deuxième, Moreno Argentin. Il grave son nom au palmarès de la compétition pour la première fois.

Un des moments les plus intenses de sa carrière avec son maillot de champion du monde, comme il l’a dit à l'époque à Roger Laboureur. "En cyclisme il faut toujours prouver sa victoire précédente. Aujourd’hui il n’y a plus de doutes. Mon titre aux championnats du monde, on peut, peut-être, dire que je ne le méritais pas à 100%. Mais j’ai prouvé sur la Flèche que j’étais à la hauteur de ce que j’avais fait lors des mondiaux."

Claudy a conclu son interview, avec son phrasé légendaire, quand on lui a demandé si son maillot arc-en-ciel lui avait donné des forces supplémentaires. "On dit que l’habit ne fait pas le moine. Ce n’est pas le maillot qui pousse sur les pédales. Cela dit ça aide peut-être un peu mentalement."  

Claudy double la mise en 1989

Quatre ans plus tard, Claudy récidive. Une victoire qu’il avait planifiée la veille de la course, c’est ce qu’il a un jour confié à Rodrigo Beenkens. "La veille de la Flèche 1989, ma femme Linda m’avait demandé de laver la voiture. Une tâche que je n’apprécie pas vraiment. Je lui ai donc promis de lui ramener le bouquet de fleurs du vainqueur si elle me remplaçait, un seau d’eau et une éponge à la main."

Claudy a donc tenu sa promesse. L’édition de 1989 est différente. Cette fois-ci le coureur wallon n’attaque pas le Mur en solitaire. Il se présente cette fois au pied de la dernière difficulté avec un fameux client, Steven Rooks. Le coureur néerlandais, deuxième du Tour de France 1988, était revenu à Paris avec le maillot à pois de meilleur grimpeur.

Des milliers de spectateurs ont pris d’assaut le Mur. La foule en délire scande le prénom du Crique. Porté par les cris du public, le Belge est transcendé. Il va piéger Rooks en attaquant par l'extérieur du Mur, là où la pente n'est "que" de 23 %, obligeant Steven Rooks à passer par le côté gauche et ses 27 % avant de triompher devant des spectateurs en délire.

Rik Verbrugghe, coaché par Claudy, s’impose en solitaire

2001, c’est LA saison de Rik Verbrugghe. Il remporte deux étapes et le classement final du Critérium International, le prologue du Giro (qui lui permet de porter le maillot rose pendant 4 jours) et une étape sur le Tour de France. Sans oublier, évidemment, sa victoire au panache sur la Flèche.  

Le 15 avril 2001, Rik a des jambes de feu. Il sait qu’il est capable de faire quelque chose en haut du Mur de Huy. A 25 km de l’arrivée il lance une attaque pour revenir sur un groupe d’une dizaine de coureurs qui compte une minute d’avance sur le Belge. Verbrugghe les rattrape un par un et assume son statut de favori. Au pied du Mur de Huy ils ne sont plus que quatre. Le Belge de l’équipe Lotto lâche Solaun, Jaksche et Basso. Porté par le public pendant son ascension, Rik remporte la Flèche un an après avoir terminé deuxième.

Une des plus belles victoires de sa carrière, un succès qui replonge Rik en pleine enfance. Un souvenir qu’il avait partagé chez nos confrères de La Libre Belgique : "Enfant, c’est l’une des toutes premières courses sur laquelle j’ai pu approcher le peloton en direct, voir les coureurs en chair et en os. Et puis remporter une telle classique dans son jardin, c’est un grand moment d’émotion, d’autant que mon frère Ief était alors mon équipier. J’avais aussi le meilleur des directeurs sportifs, Claudy Criquielion, dans la voiture. Je me souviens encore être redescendu à sa hauteur pour lui demander de faire rouler l’équipe derrière l’échappée afin de me permettre de sortir ensuite dans la finale."

Un an après Rik, son coéquipier Mario Aerts remporte la Flèche

L’édition 2002 est très ouverte. C’est dans la descente avant le Mur de Huy que tout se joue. Axel Merckx attaque, il est suivi par Aerts, Unai Extebarria, Noe, Azevedo et Bartoli. Mario Aerts prend les commandes dans l’ascension et accélère dans le virage le plus difficile, comme lui avait soufflé à l’oreille son directeur sportif, Claudy Criquielion. Une stratégie gagnante. Aerts termine devant Extebarria et offre à Claudy sa quatrième victoire au sommet du mur... deux comme coureur et deux comme directeur sportif.

De quoi faire de Claudy le Roi de la Flèche : "Par rapport aux autres directeurs sportifs j’ai la chance d’avoir monté le mur en tête. Du coup je peux expliquer à mes coureurs comme aborder cette chicane et ce fameux Mur de Huy."

En souvenir de ses victoires sur la Flèche, le célèbre virage du Mur de Huy porte désormais officiellement le nom de "Virage Claudy Criquielion". Une stèle à la mémoire du champion wallon y a été érigée. Claudy s’est éteint le 18 février 2015. Il avait 58 ans.

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