Le magnifique secret de Gino Bartali, coureur cycliste et "coursier de la liberté"

Le Tour d'Italie rend hommage, cette année, à un grand champion, Gino Bartali, décédé en 2000, à l'âge de 85 ans.  Et Israël, qui accueille le départ du Giro, rend hommage au grand homme qu'il était.  
"Gino le Pieux" a été professionnel de 1935 à 1954.  Il a gagné 5 Grands Tours et 9 classiques.  Mais surtout, il a contribué à sauver la vie de 800 Juifs, pendant la Deuxième Guerre mondiale.  Il s'est servi de son vélo pour contrer la dictature, pour résister à l'Allemagne nazie.

Sa vie est un véritable roman.  Et cette vie, Alberto Toscano la raconte dans un livre, "Un Vélo contre la barbarie nazie" qui vient de sortir, aux Editions Armand Colin.
Entretien...

Alberto Toscano, les plus jeunes ne connaissent pas forcément Gino Bartali, surtout hors d'Italie.  Qui était-il ?  

C'est l'un des plus grands champions, dans toute l'histoire mondiale du cyclisme, aux côtés d'Eddy Merckx, Fausto Coppi, et Jacques Anquetil.  Il a gagné deux fois le Tour de France, en 1938, et en 1948; il a gagné trois fois le Tour d'Italie; il a gagné plusieurs grandes classiques du cyclisme mondial.  Il était célèbre comme grimpeur.  Il a peut-être été le plus grand grimpeur de tous les temps.  Et il a aussi participé, pendant la Seconde Guerre mondiale, à une toute autre compétition, une course pour sauver la vie de personnes persécutées, de Juifs persécutés.  

On parle de plus de 800 Juifs sauvés par Gino Bartali...

A peu près 800 Juifs ont été sauvés par un réseau d'aide aux persécutés, qui a été créé en 1943, au moment de l'occupation de l'Italie par l'Allemagne nazie.  Cette occupation a duré jusqu'à la fin de la guerre, en particulier au centre et au nord du pays.  Ce réseau était constitué de membres de l'église catholique, dont des évêques, ceux de Gênes, de Florence, d'Assise.  Et il était aussi constitué de personnalités juives, comme le Rabbin de Florence Nathan Cassuto, qui a ensuite été déporté vers Auschwitz.  Ce réseau voulait cacher des Juifs, en particulier dans des couvents.  Gino Bartali était très catholique, et l'évêque de Florence lui a proposé d'entrer dans le réseau.  Il avait un rôle, il transportait des faux papiers, dans le cadre de son vélo.  Il démontait lui-même son vélo, pour y cacher les documents.  En cas de contrôle, les papiers n'étaient jamais retrouvés.  Bartali disait qu'il était en train de s'entraîner, ce qui semblait normal, puisqu'il était un grand cycliste professionnel, et qu'il devait aussi s'entraîner pendant la guerre.  Il prenait les faux papiers à l'imprimerie, à Assise, et il les transportait jusqu'à Florence.  Dans la même journée, il faisait parfois 200 kilomètres à l'aller, et 200 kilomètres au retour.  Et ces faux papiers permettaient à des Juifs, réfugiés dans des couvents, de retrouver la liberté, sous une fausse identité.   

Il a pris de gros risques, en faisant cela.  Il était très courageux...

Il a pris des risques énormes, et il a montré un courage énorme.  D'autres, parmi ces "coursiers de la liberté", d'autres membres de ce réseau d'aide aux Juifs persécutés, ont été capturés et fusillés.  Lui, il a toujours pu se sauver.  Quand il était contrôlé, il jouait un peu la comédie, il parlait de sport.  Et même les militaires allemands qui le contrôlaient étaient séduits par sa capacité à parler de ses exploits au Tour de France, ou au Tour d'Italie.  C'est comme ça qu'il arrivait toujours à s'en sortir.  Et parce que son vélo n'a donc jamais été contrôlé.  Mais il a vraiment risqué gros, un jour.  Il a été capturé par un groupe de militaires fascistes, particulièrement sanguinaires, qui voulaient lui faire la peau.  Il a pu avoir la vie sauve, grâce à une série de coïncidences favorables.  

De tout cela, il n'a jamais parlé, après la guerre...

Non, il a toujours dit que cela devait rester dans sa mémoire à lui, qu'il ne voulait pas se glorifier du sacrifice des autres.  Parce que d'autres personnes avaient perdu la vie, à la suite de leur engagement dans le même réseau.  Il voulait garder ces récits pour lui.  Il a toujours affirmé qu'il ne voulait être populaire que pour ses exploits sportifs.  Et que le reste était gravé dans son coeur. 

Et donc, ce qu'il a fait pendant la guerre n'a été connu que très tard ?  

On l'a su après sa mort.  En 2013, il a été reconnu "Juste parmi les Nations" par Yad Vashem, le mémorial israélien de la mémoire de la Shoah.  Et là, il connaît une consécration, puisque le Tour d'Italie 2018 part de Jérusalem, en hommage à Gino Bartali.  Et ce 2 mai, il a officiellement été déclaré "Citoyen d'honneur de l'état d'Israël", pour ce qu'il a fait en faveur des Juifs, pendant la Seconde Guerre mondiale.  De son vivant, il voulait garder tout cela pour lui; mais après sa mort, ce qu'il a fait a été rendu public.  Et l'opinion publique, justement, rend maintenant hommage à son courage, en tant qu'homme, et en tant que champion cycliste.  

En Italie, même les plus jeunes savent qui était Gino Bartali ? Il est considéré comme un héros, dans son pays ?  

En Italie, en Europe, et dans d'autres pays, sa mémoire reçoit finalement l'hommage qu'elle mérite.  Il commençait, malheureusement, à un peu être oublié, comme champion.  Et ces hommages, qui lui sont rendus pour ce qu'il a fait pendant la guerre, permettent à l'opinion publique, italienne et internationale, de redécouvrir aussi le champion cycliste qu'il était. 

Ecoutez l'interview d'Alberto Toscano, en cliquant sur la photo, en haut de l'article...

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