Le Grand départ du Tour en l'honneur de Monsieur Eddy

2019 Grand-Place...Eddy Merckx, super star !
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2019 Grand-Place...Eddy Merckx, super star ! - © YORICK JANSENS - BELGA

Le 20 juillet 1969, quelques heures avant que Neil Armstrong ne pose le pied sur le sol lunaire, Eddy Merckx marche sur Paris. Sur la piste du vélodrome de Vincennes, notre compatriote signe son sixième succès d'étape et remporte le premier de ses cinq Tour de France. Son plus proche poursuivant, au classement général s'appelle, Roger Pingeon. Il le relègue à près de huit minutes. Raymond Poulidor complète ce podium. Il est troisième à plus de vingt minutes. C'est la fête nationale avec un jour d'avance ! Après cette victoire historique, attendue depuis trente ans, Eddy Merckx rentre en héros en Belgique. Depuis le balcon de l'Hôtel de Ville de Bruxelles, il est acclamé par des milliers de supporters venus saluer cet exploit. Cinquante ans après ce formidable exploit, le choix du Grand départ du Tour de France s'imposait dans la capitale belge.


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Que la fête commence...

Le jeudi 4 juillet, le soleil brille sur Bruxelles. La ville est prise d'assaut par des dizaines de milliers de personnes désireuses de s'associer à cet événement avec Eddy Merckx. L'ambiance est à la fête. Fan inconditionnel d'Eddy Merckx,  Christian Prudhomme, le patron du Tour de France, confie à Rodrigo Beenkens, le maître de cérémonie de l'événement : " Etre ici, pour les 50 ans de la première victoire du plus grand champion de l'histoire, Eddy Merckx, être ici, pour le centenaire du Maillot Jaune, dans la ville de celui qui symbolise le mieux le maillot jaune qu'il a porté 111 fois, c'est un record. C'est un peu un alignement des planètes. Donc, j'ai simplement envie de dire...Merci Bruxelles!"

Pour le jeune Guillaume Martin de l'équipe Wanty Group Gobert un parallèle s'impose :" Eddy Merckx, c'est une légende. Le Pelé du cyclisme, je pense que c'est le coureur qui parle à tout le monde même à un jeune qui commence le vélo aujourd'hui, il ne connaît peut-être pas tous les champions du passé mais il connaît Eddy Merckx."

Un peu avant 17h30, les coureurs quittent la place Royale, traversent les galeries royales Saint-Hubert et arrivent à la Grand Place pour les présentations des équipes, qui se fait une à une. L'équipe Team INEOS est la vingt-deuxième et dernière formation à défiler sur le podium érigé sur la plus belle place du monde. L'instant est magique. Rodrigo Beenkens rappelle la razzia du Cannibale en 1969. Le Maillot Jaune, le Vert, le Grand Prix de la Montagne, le classement par équipes, celui du Combiné, du plus Combatif. Cette année-là, Eddy Merckx a remporté tous les classements. Le quintuple vainqueur du Tour de France apparaît sur le podium et est ovationné par le public...comme, il y a cinquante ans. Les bras levés vers le ciel, Eddy savoure chaque seconde de ce moment. L'émotion est à son comble, les spectateurs scandent son prénom. La communion est totale. Le champion pleure...

La rencontre de deux rois...

Le 16 juillet 1961, Eddy Merckx dispute sa première course à Laeken, c'est un signe...même s'il ne gagne pas. Il termine à la sixième place. Huit ans plus tard, pratiquement jour pour jour, Eddy, accompagné par son épouse et tous ses équipiers, est reçu par le Roi Baudouin et la Reine Fabiola. Il offre aux souverains un Maillot Jaune. Un demi-siècle plus tard, c'est en famille qu'il rejoint la résidence royale.

Une semaine avant le départ du Tour de France, le Roi Philippe a déjà voulu mettre Eddy Merckx à l'honneur. Le souverain belge a adressé une lettre aux médias, une lettre qui a ému son destinataire et dont voici le contenu. " Je tiens à vous remercier au nom de notre pays. Il y a 50 ans, notre pays était aux anges : 30 ans après la dernière victoire belge au Tour de France, un autre Belge remportait le prestigieux Tour. Ce n'était que la première de vos cinq victoires sur le Tour, mais en 1969, vous avez été accueilli comme un véritable héros. J'avais 9 ans à l'époque. Juste assez vieux pour comprendre l'impact de votre grande victoire. La tension et la joie populaire qui ont suivi sont également gravées dans ma mémoire. La joie pouvait être ressentie partout. Nous étions fiers. Vous avez remporté une victoire après l'autre et battu plusieurs records. Et vous êtes devenu une légende un modèle de combativité et de persévérance. Malgré ces succès, cependant, vous êtes toujours resté accessible et facile à vivre, et vous avez maintenu des liens avec vos supporters et la population. Nous pouvons dire sans hésiter que vous êtes le meilleur cycliste de tous les temps. La fierté que vous nous avez donnée est inoubliable. Cette année, nous célébrons le 50é anniversaire de votre première victoire. Un moment qui est gravé dans notre mémoire et qui a bouleversé la population. Pour cela, je tiens à vous remercier au nom de notre pays."

En franchissant les grilles du Château, Eddy Merckx ressent encore davantage de fierté et il le dit aux journalistes présents : " Lorsqu'on est reçu par Sa Majesté, c'est toujours impressionnant. Après la lettre qu'il a écrite aux journaux, c'est vraiment un bel hommage." Dans les salons, le champion belge présente toute sa famille au Roi Philippe et à la Reine Mathilde : son épouse, ses enfants, petits-enfants, ils sont tous présents.

Pendant cette cérémonie, le Roi s'adresse encore à Eddy : " C'était vraiment ma jeunesse. Il y avait deux choses, pour moi, l'atterrissage sur la lune...et vous. Et donc à l'occasion du départ du Tour de France, demain, c'est formidable de vous voir ici." Et comme cinquante plus tôt, Eddy Merckx remet un Maillot Jaune à son effigie au Roi. Il confiera aux médias :" Celui que j'avais remis au Roi Baudouin, je l'avais porté, pas celui que j'ai offert au Roi Philippe…"

La traversée de Bruxelles...

Bien avant que le barnum du Tour de France ne plante son chapiteau en plein centre de Bruxelles, d'autres hommages avaient été rendus à Eddy Merckx pour célébrer le cinquantième anniversaire de son premier succès dans l'Hexagone. Comme ce 28 mars avec l'inauguration du square Eddy Merckx, situé à Woluwe-Saint-Pierre, place des Bouvreuils où il a vécu, grandi durant 27 ans avec ses parents. Dans cette commune où, en 1969, il avait endossé son premier Maillot Jaune à l'occasion de l'étape en ligne qui ralliait Roubaix, la ville du Grand départ à la commune belge.

Le samedi 6 juillet, le Tour de France commence pour les 176 participants. Une étape entre Bruxelles et Bruxelles, longue de 194,5 kilomètres. Une étape qui va encore renforcer, si besoin en était, l'immense popularité dont jouit Eddy Merckx. Les coureurs se fraient un passage entre les spectateurs et rejoignent le lieu de départ fictif, mais c'est dans la voiture de la direction de course, en tête de cortège que l'on retrouve Eddy Merckx, avec, à ses côtés Christian Prudhomme. Lorsque le compte à rebours s'achève, la voiture avance lentement.

Le public est partout, massé derrière les barrières Nadar, juché en équilibre instable sur les appuis de fenêtre ou debout sur une petite escabelle. Tous les moyens sont bons pour voir passer le Champion. Vu du ciel, il est impossible de manquer le poster géant à la gloire du quintuple vainqueur du Tour.

Huit kilomètres séparent le départ fictif de la ligne de départ réelle. Tel un chef d'état, Eddy est debout et salue encore et encore les spectateurs qui l'applaudissent et hurlent son prénom. Il ne se lasse pas de cet instant suspendu. On le sent ému presque gêné par toutes les attentions reçues mais au plus profond de lui-même, il ressent une fierté bien légitime.

Jamais deux sans trois! Comme en 1969, comme quarante-huit heures auparavant, notre compatriote revient sur "sa" Grand-Place pour une troisième et dernière fois. Les coureurs mettent pied à terre et Eddy Merckx rejoint le Roi Philippe et les autorités. Le temps d'écouter ou de chanter la Brabançonne ce que fait Eddy. Un autre moment d'émotion.

Puis, le peloton, en procession, traverse la capitale pour rejoindre le départ. En fin d'après-midi, l'histoire retiendra le nom du vainqueur de cette première étape, le Néerlandais, Mike Teunissen de l'équipe Jumbo-Visma. Il est le premier Maillot Jaune de cette 106é édition du Tour de France, un maillot que lui remet Eddy Merckx.

L'apothéose binchoise...

Au lendemain du contre la montre par équipes remporté par l'équipe Jumbo-Visma devant celles de Team INEOS et Deceuninck-Quick-Step, la caravane du Tour de France prend ses quartiers à Binche, ville-étape inédite pour le départ de la troisième étape qui relie la cité des Gilles à Epernay après un périple de 215 kilomètres. Binche, le point d'orgue de la fête à Eddy, mais quel point d'orgue !

A aucun moment, la passion n'est retombée pendant ces cinq jours passés en Belgique. A Bruxelles, le long de la route lors de l'étape en ligne, à travers les rues de la capitale pendant l'exercice contre le chrono en équipes, jamais le public n'a boudé son plaisir. Bien au contraire ! Une dernière fois, le public belge se déplace en masse. Les bus des équipes arrivent les uns après les autres, il est déjà 10h45. Quelques minutes plus tard, les coureurs se rendent vers le podium pour les signatures et les présentations officielles.

A quelques mètres de là se trouve un autre podium, celui de la RTBF. Les invités se succèdent au micro de Benjamin Deceuninck mais c'est Eddy Merckx, flanqué de Christian Prudhomme, qui va faire exploser l'applaudimètre. Le directeur de course du Tour gardera de nombreux souvenirs de ce Grand départ mais l'un d'eux l'a particulièrement marqué :" L'image que je retiendrai, à titre personnel, c'est juste avant la course. Aller aux côtés d'Eddy du village départ à la ligne de départ, sur 300 ou 400 mètres, des gens scandent le nom d'Eddy, crient "Eddy, Eddy,", des gens qui pleurent sur son passage parce que c'était ça aussi. Ca restera le Grand départ de Belgique, de Bruxelles formidable, de Binche formidable. Le plus émouvant sans aucun doute depuis quinze ans que je suis dans l'organisation. Régulièrement, nous avons des départs magnifiques mais l'émotion procurée par Eddy, les 50 ans de sa première victoire sur le Tour et les 100 ans du Maillot Jaune, ça restera quelque chose gravé dans ma mémoire pour toujours. Ca montre aussi tout ce que cet immense champion qu'est Eddy mais plus encore ce que ce monsieur d'exception qu'est Eddy Merckx a donné, a transmis depuis 50 ans mais je suis certain depuis le début de sa vie. Eddy Merckx est le plus grand champion de l'histoire, c'est le plus grand symbole du Maillot Jaune mais c'est d'abord un monsieur bien et la famille Merckx est une famille bien." Lorsque Benjamin Deceuninck le relance en lui demandant s'il se rendait compte de cette chaleur, Christian Prudhomme est inarrêtable :" A ce point-là, il y a des choses que l'on sait mais quand on les vit, quand on les voit, quand on est juste à côté, c'est évidemment encore plus fort. Ca a été vraiment exceptionnel et, pour moi, inoubliable sans aucun doute. La première fois où j'ai vu passer le Maillot Jaune, en 1970, j'avais 9 ans, c'était Eddy Merckx. J'ai commencé à suivre le vélo avec Eddy Merckx, champion et à la radio, souvent le média du rêve, toute la passion que j'ai développée du cyclisme, c'était autour d'Eddy, avec Eddy et ses adversaires, avec Thévenet, avec Ocana mais autour d'Eddy, c'était vraiment lui, l'Astre, le Centre...et il le reste 50 ans après."

C'est au tour d' Eddy Merckx de rejoindre le podium de la RTBF et une dernière fois, il exprime toute sa gratitude :" Je veux dire merci à toute la Belgique, merci à Bruxelles, merci au Tour de France parce qu'un accueil chaleureux comme celui que j'ai reçu, c'est quelque chose d'inoubliable. J'aime la Belgique, je suis fier d'être Belge. Merci à tous les supporters qui sont là. Merci au Tour de France après 1958, d'avoir encore donné le départ à Bruxelles, pour moi, ce sont des moments inoubliables."

Le départ de la troisième étape est donné. Il est midi au Beffroi de Binche. Vingt minutes plus tard, les coureurs franchissent la frontière à Jeumont. A Epernay, Julian Alaphilippe, coureur français de l'équipe belge Deceuninck-Quick-Step s'impose en solitaire et endosse le Maillot Jaune. Particularité en cette année du centenaire du Maillot, chaque jour, un maillot différent est remis au leader du classement général, avec des imprimés rendant hommage à des coureurs ou à des symboles qui ont marqué l'histoire du Tour. A Epernay, c'était Eddy Merckx qui était représenté sur la tunique jaune du jour.

La Grande Boucle était bouclée...

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