La question qui fâche : l’équipe Lotto-Soudal est-elle trop flamande ?

L’équipe Lotto (et ses différentes déclinaisons au fil des années) fait partie des meubles dans le monde cycliste. La Loterie nationale fête cette année sa 36ème saison comme sponsor d'un team professionnel. Dans le vélo moderne, 36 ans c'est une éternité !

Cette année, excepté le sprinter australien Caleb Ewan évidemment, les fers de lance de Lotto-Soudal sont bien belges : Tim Wellens, Tiesj Benoot, la révélation Bjorg Lambrecht et le tout frais recordman du monde de l’heure Victor Campenaerts. Le noyau compte 26 coureurs dont 18 Belges. Oui mais... 16 Flamands pour seulement 2 Wallons ! Le déséquilibre est tout aussi flagrant au sein du staff et de la direction, dans l'équipe médicale ou parmi les soigneurs et les mécanos.

Alors, osons poser la question qui fâche : l'équipe sponsorisée par la Loterie dite nationale est-elle… trop flamande ? Samuël Grulois a mené l’enquête auprès de trois interlocuteurs de choix : les deux seuls coureurs wallons du team, Rémy Mertz et Maxime Monfort, et le nouveau manager général, bruxellois francophone d’origine, John Lelangue.

Rémy Mertz : « Je dois apprendre le flamand pour mieux m’intégrer ! »
« J’habite à Arlon, très loin de la Flandre. La première fois que j’ai entendu parler flamand, c’est quand j’ai fait ma première course au nord du pays ! J’exagère un petit peu, c’est vrai. Mais je n’ai pas vraiment d’attaches au niveau de la culture flamande. Nous avons deux mentalités complètement différentes. Et puis, il y a la langue qui fait que ça n’accroche pas pour moi… Dans l’équipe, je parle beaucoup plus avec Maxime Monfort et Tim Wellens (NDLR : néerlandophone mais parfait bilingue) qu’avec mes coéquipiers flamands. J’en suis à ma troisième saison chez Lotto-Soudal et j’avoue que je n’ai pas beaucoup évolué dans ma connaissance du néerlandais. C’est entièrement de ma faute et c’est d’ailleurs un objectif pour moi de pouvoir mieux comprendre les conversations pour plus m’intégrer… Mais je vous rassure, je suis heureux. »

Maxime Monfort : « Les Flamands ne vont jamais rigoler d’une blague de Renaud Rutten… »
« Dans les autres équipes internationales, il n’y a pas de vraie identité puisqu’on retrouve en général une vingtaine de nationalités ensemble. L’anglais y est obligatoirement la langue officielle. Chez Lotto-Soudal aussi, l’anglais est la langue officielle mais dans les faits, ce n’est pas comme ça ! Il est plus simple de manier un groupe où il n’y a pas de réelle identité nationale. Ici, il y en a une… et c’est l’identité flamande ! Ce que je dis n’est pas du tout négatif. Mais c’est juste une manière de travailler, une manière de penser. Ils sont… entre eux. Et soyons clair : ce ne serait pas tellement différent si on n’avait que des Wallons dans l’équipe, par exemple. Vous savez, c’est tout bête… les Flamands ne vont jamais rigoler d’une blague de Renaud Rutten et nous, on ne va jamais rigoler en écoutant un humoriste de chez eux. C’est normal. Si tu as trois Australiens, un Argentin, un Colombien et un Français, tout le monde se met dans le moule. L’équipe Lotto a l’ambition de rester une équipe qui joue le top-10 du World Tour et pour y arriver, on doit dépasser ces considérations belgo-belges. »

John Lelangue : « Il y a plus de Flamands au sein de la structure Lotto à l’heure actuelle mais ce n’est pas ce qu’on regarde ! »
« Nous avons une équipe à identité belge mais avec une vocation internationale. Nous alignons bien sûr de jeunes talents belges qui sont souvent issus de notre vivier des moins de 23 ans. Mais nous comptons aussi sur nos jeunes talents norvégiens, danois, voire australiens puisque je considère encore Caleb Ewan comme un jeune talent qui garde une grosse marge de progression. Chez nous, tous les briefings, toutes les communications avec les coureurs se font en anglais. Je ne pense pas que ce soit une équipe à vocation flamande, au contraire… et vous savez bien que les classiques ardennaises restent très importantes pour nous. C’est vrai qu’il y a plus de Flamands au sein de la structure Lotto-Soudal à l’heure actuelle, mécanos, soigneurs et évidemment coureurs, mais ce n’est pas quelque chose que l’on regarde. Ce que l’on veut, c’est avoir une équipe compétitive avec les meilleurs talents belges. Que ce soit un coureur flamand, wallon, étranger, ça a peu d’importance ! »

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