"La preuve par 21", les watts pour dénoncer le dopage

La couverture du magazine "Tous dopés ? La preuve par 21".
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La couverture du magazine "Tous dopés ? La preuve par 21". - © www.alternativeditions.com

Un magazine intitulé "Tous dopés ? La preuve par 21" est disponible dès aujourd'hui. Rédigé à l’initiative du Français Antoine Vayer, il analyse et dénonce les performances de 21 coureurs sur base de leur puissance exprimée en watts.

Entraineur cycliste, professeur, et ex-coureur amateur, Antoine Vayer dirige aujourd'hui une cellule de recherche, d'entrainement et de communication appelée "AlternatiV". Après des années de chroniques dans les quotidiens français Le Monde ou Libération, il a cette fois choisi de créer son propre magazine pour dénoncer le dopage dans le milieu cycliste. Après des années de travail et de recherches, il publie donc aujourd'hui "Tous dopés ? La preuve par 21".  

Dans ce magazine, Antoine Vayer et son équipe (Frédéric Portoleau (responsables des calculs de puissance), Stéphane Huby (responsable du site cyclisme-dopage.com) et Jean-Pierre De Mondenard (médecin du sport spécialisé dans le dopage)) analysent les performances de 21 coureurs sur base de la puissance qu'ils développent dans les cols des différents grands tours. Une puissance qui s'exprime via une unité de mesure : le watt. La volonté est ici de se pencher sur la performance comme indicateur de dopage et non, comme à l'habitude, via les traditionnels contrôles et analyses biologiques.

"Le watt correspond à la puissance développée sur un vélo, c'est la force par la vélocité. Cette puissance peut être quantifiée en watts", explique Antoine Vayer qui s'est donc amusé, avec son équipe, à calculer la puissance développée par 21 coureurs dans les cols. Le calcul tient compte de la distance de la montée, le temps pour la parcourir, l'inclinaison de la pente, le vent, les facteurs météo, le poids du coureur, etc. Les auteurs dégagent ensuite trois seuils de référence, le seuil "suspect" à 410 watts, "miraculeux" à 430 watts et "mutant" à 450 watts.  

Ce sont donc les profils de 21 coureurs (LeMond, Voeckler, Hinault, Fignon, Evans, Moreau, Virenque, Wiggins, Froome, Valverde, Jalabert, A.Schleck, Vinokourov, Landis, Basso, Armstrong, Contador, Indurain, Ullrich, Riis et Pantani) qui sont détaillés dans le document. "Ce sont les plus grands coureurs de ces dernières années, et puis cette année c'est la 100e édition du Tour et l'Alpe d'Huez sera franchie deux fois (ndlr: durant la 18e étape). Cette montée est célèbre pour ses 21 virages et dans notre livre on rebaptise ces virages par ordre du coureur le moins puissant au plus puissant. On a les fichiers d'autres coureurs, on pourrait par exemple avoir les données de Jurgen Van den Broeck sans problème. On a choisi les coureurs qui nous semblaient représentatifs d'un milieu qu'on espère voir évoluer dans le bon sens".     

Quelle crédibilité ?

Tout l'enjeu de ce bouquin est de savoir quelle crédibilité on peut lui donner. La démarche est intéressante car, pour une fois, on tient compte de tous les éléments (vent, météo, etc) pour analyser la performance des coureurs, c'est déjà plus fiable et plus scientifique. Les conclusions tirées à partir de ces calculs sont logiques. Mais pour Frédéric Grappe (entraineur reconnu au sein de l'équipe FDJ), qui lui aussi travaille beaucoup avec le calcul des watts, il faut rester prudent. Selon lui, l'enjeu se situe dans l'interprétation des données. "La formule marche, ses calculs ne sont finalement que de la physique élémentaire. Mais il faut rester prudent car c'est très vulgarisé et orienté. J'ai d'ailleurs refusé d'écrire dans ce livre. Pour moi, le fait d'établir des seuils qui permettraient de définir un dopé ou non n'est pas objectif. Par contre, à partir d'un tel travail il serait judicieux de mettre en place un passeport physiologique. Comme le passeport biologique il définirait les limites d'un coureur, mais ici sur le plan de la puissance".

Antoine Vayer s'appuie lui sur le témoignage de coureurs pour authentifier ses recherches. "Les coureurs qui avouent s'être dopés valident nos calculs et nos seuils. Exemple avec Tyler Hamilton qui a expliqué avoir gagné 40 watts dans le Col de la Madone après s'être dopé. La crédibilité est scientifique, elle est incontestable. Il faut savoir que sur le dernier Tour de France, la moitié du peloton travaillait avec des capteurs de puissance. Auparavant les cyclistes s'entrainaient en fonction de la vitesse, après sont arrivées les pulsations cardiaques et maintenant c'est l'avènement des watts. La crédibilité est apportée par les cyclistes qui utilisent eux-mêmes ce système. Avec ce livre notre volonté est constructive et non polémique. Le but est d'arriver à une commission vérité-réconciliation en soldant le passé. Moi je propose à tous les coureurs qui contestent l'interprétation d'être contrôlés par nos soins et après je peux vous assurer qu'ils seront dans la couleur verte et non les couleurs jaune, orange ou rouge. Il n'y a pas de subjectivité dans l'interprétation des calculs, ce sont justement les coureurs qui ont finalisé et validé cette interprétation. Cette année, 27 coureurs ont avoué s'être dopés et tous ceux que l'on a contactés ont validé l'interprétation. Et je peux même vous dire qu'elle est gentille. Exemple avec Armstrong qui est dans la colonne verte pour le Tour de France 1999 alors qu'il a avoué avoir pris de l'EPO. Donc les seuils que nous avons fixés sont très sympas".

C'est encore une fois le serpent qui se mord la queue, les dénonciateurs du dopage qui s'opposent aux acteurs du milieu cycliste. Le passé d'Antoine Vayer pourrait également décrédibiliser ses analyses car en 1998, il était entraineur au sein de l'équipe Festina. Il a côtoyé les gens du "système", il sait beaucoup de choses mais donne l'impression de seulement sortir de son trou maintenant. Il s'en défend. "Je ne fais pas de volte-face, je voyais ce qu'il se passait chez Festina et ce n'était pas mon truc, moi j'étais entraineur. Je suis toujours resté droit dans mes bottes par rapport à ce que je pensais. A l'époque je parlais déjà du dopage de manière ouverte mais ça n'intéressait personne"

Si le livre ne contient pas de réel scoop, il permet toutefois une réflexion supplémentaire et inéluctable. Ainsi, si on se fie aux calculs de Antoine Vayer, les performances de Lance Armstrong ne sont rien comparées à celles de coureurs comme Miguel Indurain ou Marco Pantani (grand vainqueur de la catégorie "mutant"). 

Prouver le dopage via le calcul de ces fameux watts est une démarche novatrice qui doit sans doute encore se renforcer et être validée avec le temps. En attendant, la lecture de ces statistiques permet de comprendre et de relativiser les performances, parfois hors normes, des coureurs.

Plus d'infos sur le livre: www.altrnativeditions.com

J.Helguers

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