Andy Schleck : "Ne paniquez pas, la relève de Philippe Gilbert est assurée en Belgique avec quelques gros talents !"

On l’avait quitté le 9 octobre 2014 à l’issue d’une triste conférence de presse pendant laquelle il avait annoncé sa fin de carrière précipitée. Genou en compote, moral en berne, le Luxembourgeois Andy Schleck décidait de stopper là, à seulement… 29 ans. A cet âge-là, un cycliste est censé atteindre le sommet de sa forme. Mais pour le petit frère de Frank, l’approche de la trentaine aura donc été " fatale ".

Lauréat du Tour de France 2010 (après le déclassement d’Alberto Contador), il avait surtout marqué les esprits quinze mois plus tôt, en remportant Liège-Bastogne-Liège au sommet de la Côte d’Ans, une classique qui correspondait parfaitement à son gabarit (à l’époque, 1 mètre 86 pour… 68 kilos) et à ses qualités de grimpeur. " Je pense que ma carrière a vraiment débuté en 2007 lorsque j’ai terminé deuxième du Tour d’Italie. Mais c’est vrai que ce succès sur Liège-Bastogne-Liège était un moment important. J’étais en super forme, j’avais échoué de peu le mercredi à la Flèche wallonne derrière Davide Rebellin et j’avais vraiment la Doyenne en tête ! Tout s’est bien agencé ce jour-là et j’étais, je pense, un peu au-dessus des autres. "

On l’avait donc quitté, déprimé, le 9 octobre 2014. Et on l’a retrouvé, requinqué, souriant et toujours aussi sympathique, ce dimanche 25 avril 2021 à l’occasion de cette fameuse Doyenne qu’il apprécie tant. L’occasion, lors d’une interview en direct sur VivaCité, la radio sportive de la RTBF, d’évoquer ses souvenirs, le vélo d’aujourd’hui et le futur départ de son pote Philippe Gilbert. Entretien dans la bonne humeur avec ce jeune papa de deux enfants, âgés de 3 et 7 ans.

Andy, vous n’avez que 35 ans mais vous êtes retraité des pelotons depuis un peu plus de six années déjà. Avez-vous digéré cette fin de carrière contrainte et forcée ?

" Je croyais l’avoir rapidement digérée mais ce n’était pas le cas. Ça m’a pris plus de temps que prévu. Mais je me suis très vite lancé dans une nouvelle vie en ouvrant mon magasin de cycles et en menant des projets à gauche, à droite (NDLR : il soutient notamment une équipe cycliste féminine). Mentalement, tout va bien ! En revanche, physiquement, mon genou me pose encore des soucis… preuve que c’était une bonne décision. Quand je roule aujourd’hui, je n’ai plus vraiment mal mais je développe beaucoup moins de watts qu’avant ! Par exemple, ce matin (NDLR : dimanche), j’ai roulé quelques heures avec un très grand professionnel actuel, Soren Kragh Andersen (NDLR : la Danois vainqueur de deux étapes sur le Tour de France 2020) et il m’a trouvé très en forme. C’est gentil de sa part mais je lui ai répondu que c’était franchement compliqué dans les côtes ou sur les longues distances, à cause de ce maudit genou. D’ailleurs, pour éviter les douleurs, je me suis mis à la natation. C’est même devenu mon sport de prédilection ! "

Ce qui m’impressionnait quand vous étiez coureur, c’était votre rapport taille/poids. Vous n’étiez pas bien gros ! Continuer la pratique du sport vous permet-il de garder un poids de forme ?

" J’avoue avoir pris un peu trop de poids dans les mois qui ont suivi mon retrait. Mais j’ai fait en sorte de perdre quelques kilos et désormais je considère avoir un poids " normal ". Vous devriez voir mon frère Frank… il roule toujours énormément, il n’a pas pris un gramme et quand je l’observe sur son vélo, je me dis qu’il pourrait encore être pro ! "

Je trouve que le cyclisme a beaucoup évolué. On voit des jeunes, des très jeunes coureurs, qui remportent très vite de grandes épreuves. Ces gars ne sont pas uniquement motivés pour une seule course par an, ils roulent la saison complète, ils ont compris qu’il n’y a pas que le Tour de France !

Avez-vous des regrets en voyant toujours rouler des garçons comme Alejandro Valverde, Philippe Gilbert, Greg Van Avermaet… qui ont tous les trois plus de 35 ans ?

" Non, pas du tout ! Chacun suit son propre chemin. Je me dis qu’arrêter si tôt a peut-être été une chance finalement pour moi. Attaquer de nouveaux projets à 30 ans, c’est différent qu’à 40 ans. Honnêtement, quand je regarde une course à la télévision, j’aimerais encore être dans le peloton. Mais le plus important est de trouver son bonheur après sa carrière. "

Les vainqueurs des trois derniers grands Tours, Tadej Pogacar (Tour de France), Tao Geoghegan Hart (Tour d’Italie) et Primoz Roglic (Tour d’Espagne) étaient au départ de ce Liège-Bastogne-Liège 2021. C’était quelque chose d’inimaginable à l’époque de Miguel Indurain ou de Lance Armstrong. Quelle joie de voir les coureurs de courses par étapes motivés sur les classiques, comme vous l’étiez, vous et votre frère !

" Si on est capable de gagner le Tour ou la Vuelta, on peut gagner toutes les courses. Idem pour les spécialistes du cyclo-cross. Toutes les épreuves ne leur conviennent pas évidemment mais dès que ça monte, que c’est vraiment difficile, et qu’on peut envoyer assez de watts comme dans un col du Tour de France, alors on peut s’imposer sur toutes les classiques dites ardennaises. Le principe est le même à chaque fois : pousser sur les pédales pour avancer et, à la fin, les plus forts gagnent ! Il y a effectivement eu une époque où certains coureurs ne se concentrer que sur la Grande Boucle, comme Contador par exemple. Mais là, je trouve que le cyclisme a beaucoup évolué. On voit des jeunes, des très jeunes coureurs, qui remportent très vite de grandes épreuves. Ces gars ne sont pas uniquement motivés pour une seule course par an, ils roulent la saison complète, ils ont compris qu’il n’y a pas que le Tour de France ! "

Philippe (Gilbert) est un gars super sympa. Je l’aime vraiment très fort. Je crois que c’est le bon moment pour lui de planifier sa fin de carrière.

En 2011, vous avez terminé troisième de Liège-Bastogne-Liège derrière votre frère Frank, deuxième, et derrière un certain Philippe Gilbert, qui vous a tous les deux dominés au sprint. Gilbert a confirmé sur nos antennes à l’occasion de l’Amstel Gold Race qu’il pendrait bel et bien le vélo au clou fin 2022. Votre avis ?

" Philippe est un gars super sympa. Je l’aime vraiment très fort. En dehors du cyclisme, nous avons les mêmes centres d’intérêts. On se parle encore régulièrement et je vais parfois lui rendre visite quand il est en Belgique. Je crois que c’est le bon moment pour lui de planifier sa fin de carrière. Il y a une autre vie après le vélo. C’est un grand champion qui va quitter le peloton ! Mais c’est comme ça dans beaucoup de domaines de la société, les jeunes poussent derrière les " vieux "… Ne paniquez pas, sa relève est déjà assurée en Belgique avec quelques gros talents ! "

Écoutez l’interview-radio d’Andy Schleck en intégralité en cliquant sur le média en haut de l’article.  

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