Kevin Van Melsen agressé par un automobiliste en Espagne: "J'ai directement compris que j'allais ramasser sur ma figure"

L’incident date de fin 2017. Malgré un tweet envoyé par le principal intéressé dans la foulée, l’information n’a pas percolé. Et pourtant, elle mérite qu’on s’y arrête quelques instants. Un an et demi après l’épisode vécu par Philippe Gilbert et Loïc Vliegen en région liégeoise (rappel des faits ici), les deux coureurs wallon de Wanty-Groupe Gobert, le Verviétois Kevin Van Melsen et le Lessinois Thomas Degand, ont été agressés par un automobiliste déchaîné lors d’un entraînement en Espagne, sur une route a priori calme de la région de Dénia.

C’était le 22 décembre et les deux beaux-frères s’offraient alors un stage personnel sous le soleil, hors équipe, pour préparer la saison 2018. Ce week-end, à l’occasion du stage " officiel " de Wanty-Groupe Gobert organisé en ce moment à Benidorm, Kevin Van Melsen est revenu sur cette mésaventure interpellante au micro de notre envoyé spécial Samuël Grulois. L’occasion de remettre en lumière la difficile cohabitation entre cyclistes et automobilistes. En Espagne. En Belgique. Ou ailleurs.

Kevin, vous vous souviendrez longtemps de ce 22 décembre 2017. Expliquez-nous.
"On était sur une route qui était assez large et très tranquille entre les orangers. Une voiture nous suivait à environ 200 mètres. Elle s’est approchée de nous et a commencé à klaxonner en restant sur le klaxon. On a vite compris que c’était quelqu’un qui avait le sang assez chaud. Il a frôlé mon coude à quelques centimètres… j’ai directement vu qu’ils étaient trois dans la voiture et j’ai donc évité de lever le bras. Par contre, Thomas a levé le bras par réflexe pour faire comprendre au gars qu’il était un peu cinglé. Et là, il a directement pilé sur le frein, tiré le frein à main… tellement fort que de la fumée sortait des roues ! Le chauffeur est sorti de la voiture, Thomas a pu l’esquiver via le bas-côté et s’échapper sur la droite. Mais moi, j’ai dû m’arrêter car j’étais face à l’homme. Il a rapproché son nez contre le mien, il m’a craché à la figure et il m’a tapé dessus ! C’était quand même assez chaud. J’ai essayé de me défendre un petit peu mais un deuxième mec est sorti. Là, je me suis dit " calmons-nous " et la personne qui m’avait frappé est retournée vers sa voiture. Jusqu’au moment où, je ne sais pas pourquoi, elle a repété un plomb en revenant vers moi en courant. J’étais sur mon vélo. Le type est venu vers moi le pied en avant. Il a tapé sur le cadre et a cassé le vélo en deux !

Je suis d’accord avec certains automobilistes qui disent qu’il y a des cyclistes qui exagèrent. Mais il faut comprendre que si une auto nous touche, on risque notre vie ! On n’a aucune protection. Si le gars roulait cinq centimètres plus sur la droite, il m’accrochait et je ne sais pas si je serais assis avec vous aujourd’hui. Je pense qu’il faut mettre de l’eau dans son vin des deux côtés."

" Je ne sais pas s’ils voulaient casser du cycliste mais ils voulaient se bagarrer, ça c’est certain. "

Mais là, Kevin, ce n’était pas le cas. Vous étiez à deux, des pros, en plein entraînement. Vous ne faisiez pas les fous. Vous avez l’habitude…
"
Je suis le premier à dire que nous devons faire des efforts mais sur ce coup-là en effet, il n’y avait absolument aucune raison d’être agressif. Ils étaient trois dans la voiture, ils s’ennuyaient un petit peu, on les dérangeait certainement sur la route… Je ne sais pas s’ils voulaient casser du cycliste mais ils voulaient se bagarrer, ça c’est certain. A la façon dont le chauffeur est sorti de la voiture, j’ai directement compris que j’allais ramasser sur ma figure ce jour-là ! Ses intentions étaient claires et c’est vraiment malheureux. "

Aviez-vous déjà vécu des situations similaires à l’entraînement ?
"Nous sommes très souvent confrontés à ce genre de choses. Ça m’est encore arrivé la semaine dernière. Quelqu’un m’a klaxonné dessus parce que je ne roulais pas sur la piste cyclable… alors que la piste faisait maximum dix centimètres de largeur ! Parce qu’il y a une piste cyclable, les gens veulent absolument qu’on roule dessus mais c’est du cas par cas. Là aussi, le gars a mis des coups de frein devant moi, j’ai dû freiner pour ne pas tomber. J’ai récemment parlé de ça avec Christophe Brandt (NDLR : le manager général de l’équipe Wallonie-Bruxelles, coureur professionnel de 2000 à 2010) lors d’une sortie d’entraînement commune et il me disait que de son temps c’était déjà compliqué mais qu’aujourd’hui, il ne voudrait plus être coureur parce que ça devient exagéré."

Et c’est partout pareil j’imagine ? En Espagne en ce qui vous concerne avec Thomas Degand, en Belgique pour Philippe Gilbert et Loïc Vliegen… il n’y a pas un endroit plus dangereux qu’un autre ?
"Non… En plus, moi, j’habite à la frontière avec les Pays-Bas. On dit souvent que c’est une terre de cyclisme avec beaucoup de pistes cyclables et d’aménagements routiers pour les cyclistes. Il y a dix ans, le cycliste y était effectivement le roi. A la limite, les voitures vous laissaient passer. Aujourd’hui, même là-bas, ça devient compliqué. Le monde actuel devient de plus en plus stressé et ça se ressent sur la route. Nous, les coureurs, nous y sommes souvent confrontés et c’est compliqué."

" Je préfèrerais que mes enfants ne deviennent pas coureurs ! "

Si vos enfants vous demandent pour faire du vélo, vous leur direz quoi ?
"Sincèrement, on en parle beaucoup entre coureurs et tout le monde se dit, peut-être inconsciemment, qu’on préfèrerait que notre enfant ne fasse pas de vélo pour ne pas être confronté à ça tous les jours."

Qu’est-ce qui est le plus dangereux ? Rouler en peloton en course ? Ou bien à l’entraînement ?
"Les deux sont dangereux. Mais je pense que l’on est encore plus exposé à l’entraînement. C’est vraiment dangereux… si une voiture nous touche, on risque notre vie. Mais c’est vrai que ça peut arriver en course aussi, on l’a vu avec Antoine (NDLR : Demoitié, décédé lors de Gand-Wevelgem le 27 mars 2016) et avec d’autres. En fait, les deux situations sont aussi dangereuses l’une que l’autre."

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