Jacky Durand, dernier vainqueur Français du Tour des Flandres : "Dans le peloton, seul Evenepoel a plus de classe que van der Poel"

Le 5 avril 1992, soit il y a presque trente années, Jacky Durand remportait le Tour des Flandres. Depuis lors, plus aucun coureur français n'est parvenu à réussir cette prouesse.

Echappé avec trois autres coureurs après une quarantaine de kilomètres, Durand avait finalement empoché l'édition 1992 du Ronde avec 48 secondes sur son plus proche poursuivant.

Suite de notre entretien exclusif avec le dernier vainqueur français du Ronde.

Jacky, que pensez-vous du début de la saison des classiques ?

Ma-gni-fi-que. Excepté Milan-Sanremo dont je suis sorti frustré. Je n’ai rien compris à l’attitude des équipes. Ah, cette manie de toujours jouer placés jusqu’au Poggio. Il n’y a pas eu de feu d’artifice dans la Cipressa. Quel regret ! Pour le reste, je me régale avec des showman comme Mathieu van der Poel, Wout van Aert et Julian Alaphilippe qui cassent ces codes du cyclisme moderne qui nous ont longtemps tellement ennuyé. Ils n’attaquent pas là où on les attend, parfois à 50, 60 kilomètres de l’arrivée, quitte à tout perdre. Il font tout le plus souvent à l’instinct et c’est tant mieux. Grâce à eux, ce cyclisme complètement cadenassé vole en éclat.


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Un avis sur Mathieu van der Poel ?

C’est la plus grande classe dans le peloton international après Remco Evenepoel. Et attention, il n’a pas encore atteint son maximum. Il lui manque un grand Tour dans les jambes. Alors il va encore franchir un pallier, comme l’a fait Wout van Aert. Au point de jouer une place au classement général dans le futur ? Je m’interroge. A priori, il n’y a pas de raison de douter qu’il ait les même capacités que Wout en montagne. Mais, pour y arriver, il devra rester concentré tous les jours. Et cela, ça le fait c… Mathieu a envie de s’amuser. Si on lui dit qu’il ne ne peut plus attaquer où et quand il en a envie, il risque d’être malheureux.

Que pensez-vous de l’évolution de Wout van Aert ?

Clairement, il en fait trop. À force de courir après trop d’objectifs, le corps risque de dire stop. Il devrait se concentrer sur les classiques et les sprints. Éventuellement sur l’une ou l’autre petite course à étapes. Mais jouer la gagne sur le Tour de France serait, à mes yeux, une grosse erreur. D’autres ont essayé. Regardez Marianne Vos chez les dames ! Quand van Aert récupère-t-il ? Et quand cela lui arrive, ce sont de petites plages…

Imaginez-vous un scénario dimanche où le vainqueur ne soit ni van der Poel ni van Aert ni un Deceuninck ?

J’ai du mal y croire mais le verdict de Milan-Sanremo doit permettre à certains de conserver un réel espoir. Si les conditions sont mauvaises, les meilleurs finissent toujours par émerger. On annonce une météo clémente pour dimanche ? Alors une surprise est possible. Van Aert et van der Poel devront prendre la course en main avant d’être isolés. Dans le Koppenberg, par exemple, au risque de se retrouver avec quatre Deceuninck. Leurs rivaux ne doivent pas spéculer sur un marquage des trois grands favoris. Cela ne se produira pas. Ce sont des gagnants.

Enfin, vous avez passé deux saisons au sein de l’équipe Lotto (1999 et 2000). Que pensez-vous de la décision de Philippe Gilbert de prendre une période de repos ?

Philippe Gilbert avait l’air bien à l’Etoile de Bessèges. Il m’avait même un peu impressionné en passant à l’attaque. Maintenant, Philippe connait un moment de lassitude, il ne s’en rend pas compte mais l’âge est là (ndlr : le Belge aura 39 ans en juillet prochain). C’est un des derniers coureurs avec qui j’ai encore couru (rires). J’espère qu’il reviendra à un haut niveau mais j’ai de gros doutes. Je souhaite me tromper mais...

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