Gand-Wevelgem : Retour en images sur 7 éditions mémorables

Les sept moments marquants qui ont fait l'histoire de Gand - Wevelgem
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Les sept moments marquants qui ont fait l'histoire de Gand - Wevelgem - © Tous droits réservés

Victoires en séries, chutes, conditions météo dantesques, succès imprévus et retournements de situation : l’histoire de Gand-Wevelgem nous a réservé une multitude de scénarios. Tantôt considérée comme Classique pour sprinteurs tantôt favorable aux costauds, cette épreuve incontournable du calendrier flandrien n’aura malheureusement pas lieu en ce printemps 2020 suite aux raisons que nous connaissons tous.

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L’occasion pour nous de nous remémorer les moments marquants de cette épreuve à travers sept éditions particulièrement mémorables sélectionnées en toute subjectivité. Avant cela, il convient tout de même de faire un point statistique. Six coureurs ont levé les bras trois fois à Wevelgem.

Le pionnier Robert Van Eenaeme a gagné en 1935, 1936 et 1945. Il a ainsi ouvert la voie à d’autres champions qui ont pu l’égaler mais ne sont jamais parvenus à le dépasser. On parle de coureurs du calibre de Rik Van Looy (1956, 1957, 1962), Eddy Merckx (1967, 1970, 1973), Mario Cipollini (1992, 1993, 2002), Tom Boonen (2004, 2011, 2012) et Peter Sagan (2013, 2016, 2018). Le record de victoires par nation appartient évidemment à la Belgique avec 49 succès. L’Italie (7) et le Pays-Bas (5) suivent loin derrière.

1962 : Rik Van Looy réussit un triplé historique avec le maillot de champion du monde

Le palmarès de Gand-Wevelgem regorge de grands noms de l’histoire du cyclisme. Le premier grand champion à avoir marqué la Classique flandrienne de son empreinte répond au nom de Rik Van Looy.

Déjà vainqueur en 1956 et 1957, l’Empereur d’Herentals a définitivement gravé son nom dans l’histoire des Classiques flandriennes en 1962. Vêtu du maillot de champion du monde, il domine la concurrence et termine en solitaire avec 1 : 29 sur Frans Schoubben et Armand Desmet pour s’assurer un troisième succès sur ces routes et égaler Robert Van Eenaeme.

Ce succès obtenu le 25 mars sera le prélude à deux semaines de folie où il remportera également le Tour des Flandres et Paris-Roubaix, devenant ainsi le premier coureur de l’histoire à réussir le triplé flandrien. Seul Tom Boonen plusieurs décennies plus tard rééditera cet exploit.

1998 : Frank Vandenbroucke, seul wallon de l’histoire à s’imposer

Si le palmarès de Gand-Wevelgem s’est internationalisé au fil du temps, il faudra attendre 1998 pour trouver une victoire wallonne tant attendue. Ce succès, le seul jusqu’à présent pour un coureur du sud du pays, est signé Frank Vandenbroucke.

A 24 ans, 'VDB' réalise un excellent début de saison avec notamment une semaine formidable sur les routes de Paris-Nice où il a remporté deux étapes et le classement final.

Contrarié après sa chute sur les routes de Milan – Sanremo deux semaines plus tôt, c’est avec un esprit revanchard que le Mouscronnois se présente au départ de Gand - Wevelgem.

Vandenbroucke a des fourmis dans les jambes et fait le forcing sur le Mont Kemmel en emmenant Dario Pieri dans sa roue. Sa démonstration de force résultera vaine quelques kilomètres plus tard lorsqu’il est revu dans la plaine par les équipes de sprinteurs.

Mais ce n’est que partie remise. Vandenbroucke peut compter sur une équipe Mapei très solide. Alors que son équipier Nico Mattan s’est porté aux avant-postes, il joue les chiens de garde et se glisse dans la roue de Lars Michaelsen parti en contre-attaque.

Les deux hommes reviennent rapidement sur Mattan et forment un trio insaisissable. Pris en sandwich par le tandem Mapei, Michaelsen finira par hisser le drapeau blanc face aux attaques répétées de Mattan et Vandenbroucke. Ce dernier placera l’attaque décisive pour arriver en solitaire et décrocher un succès inoubliable pour le public wallon, à jamais attaché à l’image de ce champion qui nous aura quittés trop tôt.

 

2003 : Cipollini s’en prend à un motard, Boonen termine dans les photographes

Après Van Looy en 1962, c’est un autre coureur vêtu du maillot de champion du monde qui fait parler de lui sur les routes de Gand-Wevelgem mais pas pour les mêmes raisons.

Capable de gagner trois fois sur ces routes (1992, 1993 et 2002), Mario Cipollini a rangé son costume de sprinteur redoutable lors de l’édition 2003 et a dépoussiéré son côté 'bad boy'.

Retardé par une chute à 40 km de l’arrivée, l’Italien se retrouve isolé en 'chasse-patate' lorsqu’une moto de la Ligue Royale Vélocipédique Belge arrive dans son dos et lui klaxonne pour se frayer un passage. Une manœuvre qui ne plaît pas à Cipollini qui lance violemment ses deux bidons sur le malheureux motard. Incapable de jouer la gagne, il sera disqualifié et mis à l’amende juste après avoir franchi la ligne d’arrivée.

Cet épisode qui reste dans les mémoires ne sera pas le seul incident de cette édition 2003. Ce jour-là, quatre hommes se disputent la victoire au sprint. Parmi eux, un jeune Tom Boonen (23 ans) à sa deuxième participation.

Il terminera finalement ce sprint à la 3e position derrière Andreas Klier et Henk Vogels mais c’est l’immédiat après-course qui restera marqué dans son esprit. Au moment de sprinter, Boonen donne un dernier coup de reins sur la ligne d’arrivée mais ne se préoccupe pas des photographes positionnés à proximité. Incapable de freiner, il terminera ces 204 kilomètres éprouvants par une chute spectaculaire et une grosse frayeur.

2005 : Mattan remonte Flecha avec l’aide des motos

La neuvième et dernière victoire de la carrière de Nico Mattan restera assurément la plus marquante de la carrière du coureur d’Izegem. Pas seulement car elle est arrivée à 33 ans dans son épreuve de prédilection mais aussi et surtout pour la façon dont le coureur d’Izegem s’est imposé.

Ce 6 avril 2005, Mattan attire les phares de la course sur son vélo dès les premières phrases cruciales de la course. Sur le Mont Kemmel, c’est lui qui dynamite la course et permet à un groupe de huit coureurs de se détacher. Seul belge présent dans l’échappée, il saisit sa chance pleinement et tente son va-tout à 10 km du terme. Seul face au vent et à la pluie, il semble initialement résister au retour de ses adversaires.

Derrière Juan Antonio Flecha sent le roussi et se lance à sa poursuite. L’atypique espagnol spécialiste des Flandriennes fait rapidement la jonction puis s’isole en tête. La victoire lui semble alors promise mais trois facteurs précipiteront sa défaite : un coup de pédale soudainement plus lourd, un Nico Mattan jusqu’au-boutiste… et des véhicules motorisés qui n’ont rien à faire dans son sillage.

Le dernier kilomètre sera palpitant. Entraîné par l’aspiration des voitures et des motos, Mattan remonte Flecha à toute allure, le dépasse à 250m du but et termine en triomphe devant un public flamand en liesse.

Penaud, Flécha est privé d’une première victoire espagnole sur ces routes. Un honneur qui reviendra à Oscar Freire trois ans plus tard. Entre-temps, Flecha accumulera les podiums dans les courses flandriennes et devra se contenter d’une victoire sur le Circuit Het Nieuwsblad en 2010.

 

2012 : Le tir groupé historique de Tom Boonen

Une victoire au sprint après 235 km sans grands rebondissements. L’édition 2012 n’aura pas fait vibrer les passionnés de cyclisme de par son intrigue. Pourtant elle restera bien dans les annales de la discipline. Tout cela grâce à Tom Boonen.

Déjà vainqueur au sprint en 2004 et 2011, 'Tornado Tom' va joindre cette année-là un troisième bouquet à sa collection en devançant Peter Sagan au sprint pour égaler Van Eenaeme, Van Looy, Merckx et Cipollini.

Mais comme Van Looy en 1962, le coureur Omega Pharma - Quick-Step va se distinguer en intégrant ce succès à une série de victoires historiques.

Lauréat du GP de l’E3 deux jours plus tôt à Harelbeke, Boonen va poser à Wevelgem les bases d’un quadruplé flandrien unique dans l’histoire du cyclisme. Une semaine plus tard, c’est en effet au Tour des Flandres que le natif de Mol va imposer sa loi en réglant le duo italien Pozzato-Ballan. La semaine suivante se terminera en apothéose avec un quatrième Paris-Roubaix remporté après une chevauchée en solitaire légendaire.

2015 : Paolini sort vainqueur d’une édition dantesque

39 coureurs seulement à l’arrivée sur 192 présents au départ et une moyenne horaire digne d’une étape de montagne d’un Grand Tour (37,8 km/h). Ces deux données suffisent pour comprendre que l’édition 2015 de Gand-Wevelgem fut exceptionnelle.

Froid, pluie et surtout vent violent. Face aux rafales, le peloton n’est pas resté compact très longtemps. A 130 kilomètres de l’arrivée, il s’est disloqué une première fois. Des bordures à répétition et des grappes de coureurs à tous les étages. C’est le scénario que l’on peut déjà décrire alors que le direct TV n’a même pas encore débuté.

La course a explosé ! Balayés par le vent, des coureurs finissent même dans les fossés qui bordent la route. Oubliez la Classique pour sprinteurs. Impossible de se cacher dans ces conditions. Il faut passer à l’action et vite.

C’est ce que feront huit coureurs. Parmi eux, une héroïque Jürgen Roelands, parti seul (!) face au vent à plus de 75 kilomètres du but. Une épopée complètement folle qui s’arrêtera logiquement à une quinzaine de kilomètres de l’arrivée.

A ses trousses depuis des dizaines de kilomètres, 6 hommes valeureux se sont alternés pour se lancer à sa poursuite : Sep Vanmarcke, Niki Terpstra, Stijn Vandenbergh, Luca Paolini, Geraint Thomas (malgré un vol plané spectaculaire sans conséquence) et Daniel Oss. Dans leurs roues, Jens Debusschere, équipier de Roelands, s’accroche et ne collabore pas.

Terpstra et Thomas semblent les plus costauds. Oss décroche définitivement dans la dernière ascension du Mont Kemmel. Derrière lui, Paolini grimace mais se fait violence dans la plaine pour revenir sur Oss d'abord puis sur ses anciens compagnons d’échappée.

Lorsque Roelandts est repris, ils sont sept face au vent pour aller décrocher la victoire. Les attaques s’enchaînent. La bataille tactique est sublime et agrémentée par les coups de théâtre. Terpstra crève, change de vélo, revient dans le sillage des voitures et part en contre. L'épilogue est indécis. Il faut user de roublardise. Paolini, 38 ans, le sait très bien et fait parler son expérience. Le coureur de Katusha choisit le moment propice pour attaquer. Une progression lancée à 6 km du terme qui lui permettra de rallier l’arrivée en solitaire et de s’adjuger une édition de légende qui restera longtemps dans les mémoires.

2018 : Les larmes de Viviani, la passe de trois pour Sagan

Accroupis, visage entre les jambes, Elia Viviani n’arrive pas à retenir ses larmes après avoir franchi l’arrivée. L’Italien est inconsolable et sanglote devant les caméras : la voilà l’image marquante de l’édition 2018 remportée par Peter Sagan.

Le sprinteur de l’équipe Quick-Step Floors avait pourtant toutes les cartes en main pour s’imposer. Il avait brillamment franchi toutes les difficultés du jour, y compris les 'Plugstreets', ces chemins de terre introduits depuis l’année précédente pour pimenter l’épreuve.

Epaulé par Philippe Gilbert, Zdenek Stybar et Yves Lampaert, tous les trois à son service, il est idéalement placé dans le groupe d’une vingtaine de coureurs qui va se disputer la victoire au sprint.

Le champion olympique de l’omnium est encore frustré par sa 19e place à Milan – Sanremo la semaine précédente et veut absolument récompenser son équipe de la confiance qu'elle a placée en lui.

Tour à tour, Gilbert, Stybar et Lampaert se mettent à plat ventre pour annuler les tentatives des finisseurs. La victoire va donc se jouer au sprint. Viviani est le plus rapide du lot mais se laisse enfermer et retarde son effort. Sa remontée est fulgurante mais trop tardive. L’Italien échoue dans le sillage de Peter Sagan, toujours aussi étincelant dans son costume de Champion du monde.

Alors que Viviani essuie ses larmes, Sagan savoure son 3e succès sur ces routes après 2013 et 2016. A 28 ans, le Slovaque rejoint Van Eenaeme, Van Looy, Merckx, Cipollini et Boonen en tête du palmarès de Gand-Wevelgem.