Fricadelle et mozzarelle, piccalilli et spaghettis, Paris-Roubaix et Strade Bianche, merci et... grazie mille

Mes collègues (ils se reconnaîtront) m’avaient prévenu : " Samuele, tu ne sortiras pas indemne de ta découverte de Sienne. La Toscane, ses couleurs, ses odeurs et ses saveurs te toucheront en plein cœur. Et puis, tu verras, tu auras envie, à perpétuité, de refouler le blanc gravier des Strade Bianche ! " Et bien, ils avaient raison mes collègues, je le reconnais.

J’ai écarquillé les yeux en découvrant la Piazza del Campo. Entre ombre et lumière, j’ai ressenti un réel bonheur en y commentant l’arrivée des coureurs gladiateurs. Et j’y ai promis, devant la jolie fontaine de marbre blanc-gris, que je ferai mienne cette ville de Sienne.

Et pourtant, depuis la maternité, tout le monde le sait, la course qui me fait rêver, moi, c’est Paris-Roubaix, LA course exceptionnelle devant l’éternel. Je ne renierai jamais ce que j’ai adoré. Enfer du Nord un jour, Enfer du Nord toujours !

Mais le pavé et le gravier sont tellement atypiques. Même sans public, le Vélodrome et la Piazza sont tellement uniques ! Ces deux courses sont cousines. Entre elles, pas de rivalité mais une réelle complémentarité, une belle complicité. Le slogan des organisateurs italiens sonne comme une évidence : " Notre épreuve est la classique du Nord la plus au sud de l’Europe ! " Et ce n’est pas un flop.

Ce sont des épreuves d’une autre époque mais… si bien intégrées dans notre époque. Poussière, boue, chutes, crevaisons, voilà les raisons de cette passion. Une passion trait d’union entre deux nations, la Belgique (à laquelle je viens officiellement d’annexer le Nord de la France cycliste) et l’Italie. Entre la fricadelle et la mozzarelle, entre les frites sauce piccalilli et les spaghettis, impossible de choisir pour le Chti gastronome que je suis.

La Reine des Classiques a 125 ans. En France, elle a battu le record de Jeanne Calment, imaginez ! Elle mérite le plus grand respect. Les Strade Bianche, elles, n’ont que… 15 ans. Un peu insolentes, elles doivent éviter de s’emballer. Décrocher le statut de " monument du vélo " n’est pas un jeu. Il ne faut surtout pas se montrer présomptueux. Ça prend du temps. Certaines épreuves n’y arrivent pas. Mais les palmarès ne mentent pas.

Quand, comme Philippe Gilbert et Fabian Cancellara avant eux, Wout Van Aert et Mathieu Van der Poel auront dompté avec succès, et les chemins toscans empierrés, et les secteurs pavés cabossés, quand ils auront survolé la raide Via Santa Caterina et le faux-plat montant du Hameau du Buat, alors oui l’ado Strade ne sera peut-être plus obligée de vouvoyer... mamie Roubaix. Elle pourra la tutoyer. Mais toujours avec le même respect.

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