Frédéric Amorison : "J'ai vu Frank Vandenbroucke courir dans une cour de ferme pour essayer d'attraper un canard pour sa fille !"

Frank Vandenbroucke nous a quittés le 12 octobre 2009. Il n’avait que 34 ans. Dix ans plus tard, son souvenir est toujours très présent dans sa famille évidemment mais aussi chez ses supporters et ses anciens collègues, coéquipiers ou adversaires d’ailleurs.

Le Beloeillois Frédéric Amorison, ancien coureur, ancien directeur sportif et qui a fait ses premiers pas comme consultant sur nos antennes lors du dernier Tour de France, était un proche de VDB. Il était certes quatre ans plus jeune que lui mais le courant est rapidement passé entre les deux Hennuyers. C’est d’ailleurs grâce à Frank que Fred a obtenu un contrat de deux saisons chez Quick Step-Davitamon en 2003-2004. Il s’est souvent rendu à Ploegsteert pour s’entraîner avec son pote "Bimbo". Il a même logé quelques fois chez le champion. Alors quand on évoque avec lui la mémoire de son ami, on sent dans le verbe beaucoup d’émotion. Sans aucun tabou mais avec énormément de respect. Frédéric Amorison s’est confié à Samuël Grulois.

Frédéric, vous souvenez-vous de ce que vous faisiez quand vous avez appris le décès de Frank Vandenbroucke ?

"J’étais dans mon salon en train de regarder l’émission La Tribune sur la RTBF lorsque l’annonce de sa mort a été faite. C’était vraiment un choc. Je l’avais entendu au téléphone quinze jours plus tôt. C’est vrai qu’il avait énormément de très hauts et de très bas mais il avait certainement connu des périodes bien plus compliquées. On avait même tendance à imaginer que ça allait plutôt bien à ce moment-là… son décès était donc encore plus surprenant."

Dix ans plus tard, VDB est devenu un mythe !

"Oui, c’est un mythe ! Les gens se déplacent à Ploegsteert pour venir se recueillir sur la tombe de Frank. C’est resté vraiment un personnage mythique du sport de haut niveau en Belgique !

Frank c’était comme Diego Maradona, un personnage avec ses frasques, avec dans son entourage des personnes pas très sympas à côtoyer… mais aujourd’hui encore Maradona est une star. Frank, c’était le même principe.

Il est devenu un mythe avec pourtant un parcours très chahuté. C’est parfois difficile à comprendre. Vous êtes père de famille. Vous vous imaginez dire à vos enfants "ce type-là était génial" ?

"C’est peut-être difficile à comprendre pour certains mais on a des cas similaires dans d’autres sports comme le football. Diego Maradona par exemple, un personnage également avec ses frasques, avec dans son entourage des personnes pas très sympas à côtoyer… mais aujourd’hui encore c’est une star. Et Frank, c’était un peu le même principe. On a connu des coureurs avec des palmarès bien plus éloquents que le sien mais qui ont disparu de la circulation. Frank avait un tel charisme qu’il ne pouvait pas vous laisser sans réaction. Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, c’était franchement quelqu’un de particulier au-delà de son talent de sportif. C’était vraiment une personne au grand cœur et c’est surtout ça que je retiens."

On avait parfois l’impression qu’il était prétentieux…

"Comme de nombreux grands sportifs, il était obligé d’enfiler une carapace pour se protéger un petit peu de l’extérieur. Dans ses grandes années, c’était la folie ! S’il voulait sortir de cette cohue, il devait prendre une apparence un peu… hautaine pour essayer de faire reculer la foule. Mais moi qui l’ai côtoyé pendant de nombreux mois, moi qui ai vécu chez lui, je peux vous confirmer que c’était vraiment quelqu’un d’adorable, qui était toujours le premier à déconner et à proposer ses services si ses amis les plus proches en avaient besoin. Je me souviens d’une scène étonnante chez moi (NDLR : Frédéric Amorison a grandi dans une ferme) : il courait pour essayer d’attraper des canards parce qu’il voulait en ramener un à sa petite fille ! Si quelqu’un avait vu Frank Vandenbroucke courir derrière des canards, il aurait été surpris… Il était très simple, très accessible pour ses amis. Et puis, il avait une incroyable attitude naturelle. Quand il entrait dans un local et que l’ambiance était tendue, il pouvait détendre l’atmosphère avec juste trois mots. Depuis dix ans, on n’a plus connu quelqu’un comme lui. On a actuellement de grands champions cyclistes en Belgique mais aucun n’allie le talent et le même charisme que Frank."

Quel gâchis !

"Oui, on peut dire que c’est un gâchis. Pas facile de réussir à gérer le côté sportif et le côté extra-sportif quand on est considéré comme une star en Belgique… je pense qu’on serait nombreux à réagir comme lui."

Ses parents ont fait le maximum. Mais c’était un garçon influençable… Il a malheureusement découvert le monde de la nuit et ça a clairement influencé sa façon de vivre.

Est-il le seul responsable de sa mort ?

"C’est difficile à dire. S’ils en avaient eu les moyens, Chantal et Jean-Jacques (NDLR : Les parents de Frank Vandenbroucke), auraient agi pour l’aider. D’ailleurs, je suis persuadé qu’ils ont fait le maximum. Mais quand vous avez face à vous un homme de 30 ans avec ses envies et avec sa vision de la vie bien à lui, personne ne peut modifier la donne. Pour les parents, c’est compliqué de vivre une telle situation. Eux aussi ont connu des moments fantastiques et puis le drame. On ne souhaite ça à personne. C’était un garçon influençable… Il a malheureusement découvert le monde de la nuit et ça a clairement influencé sa façon de vivre. Ça a énormément joué sur son comportement."

La frontière n’est jamais loin entre le dopage dans le sport et la drogue dans la vie active ou sociale. Vous savez, Frank n’avait pas besoin de produits illicites pour remporter des courses ! Oui il y a touché comme de nombreux coureurs de la fin des années 90 mais il avait un talent extrême.

On ne va pas se voiler la face… Frank Vandenbroucke a franchi la frontière entre dopage et drogue.

"La frontière n’est jamais loin entre le dopage dans le sport et la drogue dans la vie active ou sociale. Sur base ce qu’il a pu m’en dire, c’était plutôt dans sa période Cofidis, plus compliquée. Vous savez, Frank n’avait pas besoin de produits illicites pour remporter des courses ! Oui il y a touché comme de nombreux coureurs de la fin des années 90 mais il avait un talent extrême, un des plus grands talents que le cyclisme ait connu, dans les catégories de jeunes ou chez les professionnels. Mais voilà, il est parti à la dérive et c’est ça qu’on peut malheureusement retenir…"

 

 

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK