Frank Vandenbroucke en dix dates : de l'avènement d'un prodige à la chute brusque et inopinée

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CYCLISME-TCHMIL ARRIVEE 2 - © PASCAL PAVANI - AFP

On le surnommait parfois "l’enfant terrible du cyclisme belge", ou plus sobrement “VDB”. Lui, c’est Frank Vandenbroucke, l'Hennuyer dont le talent intrinsèque sur un vélo n’avait d’égal que son caractère explosif. Propulsé sur le devant de la scène, affublé de l'étouffante pancarte de nouveau prodige belge dès ses débuts, il aura, au final, eu une carrière plus sinueuse que prévu. L’une de celles dont on se rappelle vingt ans plus tard. Que ce soit pour les bonnes ou les mauvaises raisons. Frank est décédé en octobre 2009. Dix ans plus tard, voici l’heure pour nous de nous replonger dans sa vie en dix moments clés.

1. 1994 : des débuts fracassants, le phénomène est né

En 1994, alors qu’il n’a que 19 ans, Frank Vandenbroucke passe professionnel dans l’équipe Lotto. Le directeur sportif de l’époque n’est autre que Jean-Luc Vandenbroucke, son oncle. Dès sa première course à étapes, VDB se met en évidence. Aligné sur le Tour Méditerranéen par son équipe, il gagne la 8e étape et finit 6e du classement général. Le peloton ne le sait alors pas encore mais l’ascension de Frank Vandenbroucke sera fulgurante.

2. 1995 : une première classique...à 20 ans

Après une seule saison au sein de l’équipe de son oncle, Vandenbroucke veut franchir un palier. Il quitte Lotto et rallie Mapei-GB, l’une des grandes formations de l’époque, dès avril 1995. Après des débuts plus anecdotiques au sein de l’équipe italienne, il remporte en septembre avec Paris-Bruxelles la première classique de sa jeune carrière. Un pic de forme éphémère puisqu’il mettra fin à sa saison quelques jours plus tard, en proie à une douleur au genou.

3. 1996 : vainqueur de “sa” course Binche-Tournai-Binche

Après une saison 1996 réussie (lauréat du Tour Méditerannéen, 4e de Paris-Nice, vainqueur d’une étape du Tour de la Région Wallonne), Frank Vandenbroucke rafle Binche-Tournai-Binche. Une victoire symbolique puisque la course se dispute sur “ses” terres, lui, le Mouscronnois d’origine. Mais dès l’année suivante, la course disparaît du calendrier cycliste. Elle reviendra en 2010 et sera rebaptisée la “Memorial Frank Vandenbroucke”, en hommage à l’enfant du pays, décédé un an plus tôt.

4. 1998 : la montée en puissance

Si VDB semblait monter en puissance depuis ses débuts professionnels, l’année 1998 viendra définitivement confirmer l’explosion du Belge. Deuxième de Kuurne-Bruxelles-Kuurne, il enchaîne avec un Paris-Nice d’exception. Vainqueur du prologue et d’une 4e étape dantesque sous la neige, il termine sur la plus haute marche du podium au classement général. Vainqueur de Gand-Vevelgem et 2e de la Flèche Wallonne, Vandenbroucke se présente sur Liège-Bastogne-Liège le couteau entre les dents. Malheureusement pour lui, il lâche prise dans la redoutable côte de Saint-Nicolas et finit 6e. 

5. 1999 : Liège-Bastogne-Liège, l’apogée d’une carrière écourtée

Je vais gagner Liège-Bastogne-Liège cette année.” Dans la bouche de n’importe quel autre coureur, cette assertion serait jugée présomptueuse voire arrogante. Mais pas venant de Frank Vandenbroucke. Parce que notre compatriote savait avoir de la suite dans les idées. Frustré par sa 6e place de l’année précédente, celui qui défend désormais les couleurs de Cofidis a l’esprit revanchard. Cet état d'esprit qui fait que, quand il est en confiance et en forme, il pourrait repousser des montagnes. Et paradoxalement, c’est dans la côte de Saint-Nicolas qu’il va asseoir sa victoire. Celle dans laquelle il avait tout perdu douze mois plus tôt. Répondant à une attaque de Boogerd, il s’isole en tête et s’envole vers la plus belle victoire de sa carrière. 21 ans après Joseph Bruyère, un nouveau wallon remporte Liège-Bastogne-Liège.

6. 1999 encore : l'affamé VDB à l'assaut de la Vuelta

Sur son petit nuage après le gain de la classique quelques semaines plus tôt, Vandenbroucke se présente à la Vuelta en pleine confiance. Plutôt discret en début de course, il explose en 3e semaine. Profitant d’une échappée au long court, il remporte magistralement la 16e étape avant de rééditer l’exploit trois jours plus tard, lors de la 19e étape. Deux victoires d’étapes, exemples de panache et de puissance, qui seront les dernières de sa carrière.

 

7. 1999 toujours : le début des ennuis

Parce que cette année 1999, aussi riche et fructueuse soit-elle sur les routes, sera également le berceau des nombreux problèmes personnels de VDB. Mêlé à “l’affaire du Docteur Sainz”, ce sulfureux homéopathe qui fournissait des produits dopants à plusieurs coureurs, Vandenbroucke est suspendu par son équipe Cofidis fin 1999. S’il est blanchi par la justice française, cette affaire met un sérieux voile sur la suite d’une carrière qui prend lentement des allures sinusoïdales.

8. 2000-2002: le cercle vicieux, entre chutes et relances infructueuses

Après avoir purgé sa suspension, Vandenbroucke revient en selle en 2000. Mais le VDB que l’on connaissait n’est plus le même. La transition vers le nouveau siècle, le Belge la traverse comme un fantôme. Il semble instable, inquiet, plus en confiance. Aucune victoire, aucun Top 5 si ce n’est une deuxième place aux championnats de Belgique fin juin. Un palmarès anecdotique, bien trop dérisoire au vu de ce que le bonhomme avait encore dans les jambes quelques mois plus tôt. En 2001, il paraphe un contrat avec Lampre. De quoi relancer une carrière qui s’enlise irrémédiablement ? Non, VDB ne s’entraîne plus, ne court quasiment plus. Son contrat n’est pas renouvelé par l’équipe italienne.

9. 2002 : pris par la patrouille

Fin février, 2002. Des produits interdits (de l'EPO, du clenbuterol et de la morphine) sont retrouvés au domicile de Vandenbroucke. Pour sa défense, il avancera qu’ils étaient dédiés à son chien. Dès le lendemain, il est limogé par sa nouvelle équipe Domo-Farm Frites. Trois semaines plus tard, il est suspendu six mois pour “infraction à la législation sur la détention de produits dopants.” 

Fidèle à son tempérament de guerrier, le soldat Vandenbroucke ne s’avoue pas vaincu pour autant. Malgré une réputation entachée, il veut remonter sur un vélo. Grâce à son mentor Patrick Lefevere, il retrouve un employeur quelques mois plus tard. Malheureusement pour lui, cet ultime essai sera infructueux. Entre 2003 et 2009, il va errer d’équipe en équipe, sans parvenir à retrouver son lustre d’antan. Friable mentalement, il tente, à plusieurs reprises de mettre fin à ses jours.

10. 2009 : la disparition

Le 12 octobre 2009, Frank Vandenbroucke est retrouvé mort dans sa chambre d’hôtel à Sally Portudal, petite bourgade sénégalaise où il passait ses vacances. Si les circonstances de son décès sont d’abord floues, on apprend qu’il s’agirait d’une embolie pulmonaire fatale. Après une carrière tumultueuse, faite de hauts et de bas, de victoires symboliques et de désillusions énormes, de frasques, de déclarations tapageuses et de coups de pédales salvateurs, Frank Vandenbroucke referme définitivement une parenthèse qui aurait probablement mérité un plus bel épilogue.

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