Fabio Jakobsen ou le retour miraculeux d'un vrai sprinter

Hier à Zolder, Fabio Jakobsen est redevenu un vrai sprinter, un gars qui gagne.

A l'arrivée de la deuxième étape du Tour de Wallonie, le Néerlandais a été capable de frotter, d'accélérer, de s'engouffrer, pour finalement lever les bras. 

"A Zolder, je devais choisir de passer Gaviria à gauche ou à droite, j’ai choisi la gauche, où il y avait plus d’espace. J’espérais seulement qu’il n’allait pas fermer la porte, ce qu’il n’a pas fait. J’ai eu un peu peur, certes. Je pense que je peux dire que je suis de retour, je suis redevenu un sprinter"

Le coureur a su dompter sa peur, cette trouille de tomber à nouveau, de frôler la mort, de souffrir dans sa chair comme ce 5 août 2020 quand, balancé dans les barrières par Dylan Groenewegen au Tour de Pologne, Jakobsen s'est retrouvé dans un sale état. Crâne fracturé, nez cassé, mâchoire déchirée, visage défiguré, 130 points de suture, le sprinter sera opéré pendant 5 heures, plongé dans le coma pendant 2 jours. Après un an de galère, de souffrances, d'opérations multiples, voir déjà Fabio remonter sur un vélo était un exploit, le voir foncer tête baissée pour remporter un emballage final tient du miracle.

"Sprinter à nouveau est facile et difficile à la fois. Je le fais avec plaisir et je sais que je peux le faire, mais je suis quand même très lourdement tombé il y a près d’un an et ça laisse des traces. La période que j’ai vécue a été très pénible. Je suis très heureux de renouer avec la victoire. Mon premier sentiment est celui des remerciements, à mon équipe, ma famille, au staff médical qui m’a soigné. Sans eux, je ne serais jamais devant vous à Zolder et je n’aurais jamais plus gagné".

Jakobsen est de retour. Sa famille, son équipe, le monde du vélo, s'en réjouit. Pour Christophe Brandt, l'organisateur du Tour de Wallonie " Fabio Jakobsen a fait le plus dur dans son processus de reconstruction".

Hier à Zolder, ce succès a marqué aussi un adversaire et quel adversaire... celui par qui tout est arrivé... Dylan Groenewegen.

"C’est pour Fabio une énorme récompense. Quand je ne gagne pas, c’est lui mon sprinter préféré pour la gagne. Je l’ai félicité pour sa victoire. Je lui tire franchement mon chapeau !"

Pas sûr que ces félicitations aient touché le vainqueur du jour. Dans la zone protocolaire, la relation entre les deux hommes était plus que glaciale, preuve que dans l’esprit de Fabio Jakobsen, rien n’était pardonné. Une accolade formelle entre le vainqueur d’étape et le leader du général qui portait la marque de la rancoeur, et quand Groenewegen a tenté d’entamer la discussion avec la compagne de Jakobsen, il s’est heurté à un mur lui exprimant une fin de non recevoir. 

Pour certains observateurs, c’est quelque part normal. Fabio Jakobsen a frôlé la mort à cause du geste instinctif de Groenewegen, " un geste que tous les sprinters font mais ici, les conséquences sont telles qu’on en parle " confie un manager d’équipe, " peut-être que si les barrières avaient été attachées, les conséquences auraient été différentes mais dans ce genre d’accident c’est toujours un ensemble de dysfonctionnements qui expliquent ça ".

2 images
© Tous droits réservés

Groenewegen, lui aussi, tente de se reconstruire. Le sprinter de la Jumbo-Visma s'était imposé 24 heures plus tôt à Héron lors de la première étape du tour de Wallonie. Une renaissance en tant que sportif. Exclu pendant 9 mois, paria des pelotons, le Néerlandais revit et retrouve ces indescriptibles sensations de victoires.

"Je suis très heureux d’avoir enfin pu réussir à m’imposer. J’ai vécu une période très dure depuis août dernier et mon exclusion du Tour de Pologne. Gagner est toujours un grand moment, bien sûr, mais cette victoire c’est encore autre chose. Ce ne fut pas du tout évident à vivre. Le vélo n’a plus été une priorité pendant de longs mois, mon bébé a été malade et hospitalisé. Il va mieux aujourd’hui. J’ai aussi perdu mon grand-père. Mais j’ai réussi à remonter la pente, à me reconcentrer sur mon métier".

Jakobsen et Groenewegen retrouvent les devants de la scène au même moment, leur histoire les lie à jamais. Après une année faite de doutes, de souffrances physiques ou morales, Fabio et Dylan sont devenus d'autres sprinters, leur approche de la course, du métier, ne sera jamais plus la même mais ces victoires, ces succès à venir, auront toujours une saveur particulière.

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK