Eddy Merckx consultant: "Quand Eddy parle, tu te tais, tu écoutes et tu retiens"

Eddy Merckx lors du grand départ du Tour de France en 2019
Eddy Merckx lors du grand départ du Tour de France en 2019 - © YORICK JANSENS - BELGA

525 victoires, un palmarès exceptionnel et un sens de la course inné. Eddy Merckx est le plus grand champion cycliste de tous les temps. Après sa carrière, le Belge a multiplié les activités et a porté plusieurs casquettes : homme d’affaire, organisateur de course, sélectionneur national, mais aussi… consultant. Le Bruxellois a partagé son expertise sur les antennes de la RTBF à de nombreuses occasions. Sa première expérience au micro remonte à la fin des seventies. "Théo Mathy, ancien journaliste à la RTBF a couvert les exploits d’Eddy durant toute sa carrière" raconte Rodrigo Beenkens"Les 2 hommes se sont liés d’amitié. Lorsqu’Eddy a arrêté de courir, ils ont commenté quelques courses ensemble à la fin des années 70 et au début des années 80".


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Eddy Merckx est le premier consultant cyclisme de l’histoire de la RTBF. Les premières collaborations n’ont pas duré car la mode des consultants est arrivée bien plus tard dans le paysage audiovisuel belge.

"A l’origine, les journalistes étaient seuls pour commenter un événement sportif" se souvient Michel Lecomte, chef de la rédaction des sports de la RTBF. "On commentait seul face à un petit écran. Il fallait être résistant, avoir l’énergie pour faire vivre les étapes. La particularité d’un direct en cyclisme, c’est sa longueur. Aujourd’hui, c’est encore plus long avec les étapes commentées en intégralité. En Belgique, c’est le cyclisme qui a lancé la mode des consultants. Une influence venue notamment des pays voisins".

En France, l’ancien coureur, Robert Chapatte a longtemps été la voix du Tour de France. D’abord comme journaliste avant d’être consultant sur Antenne 2 jusqu’en 1994. C’est au début de cette décennie qu’Eddy Merckx reprend du service à la RTBF. Un retour médiatique à l’occasion de Milan – Sanremo en 1990. Une classique italienne qu’il a remporté 7 fois et qu’il va commenter avec le successeur de Théo Mathy. "C’est mon 1er Milan – Sanremo et ma 1ère rencontre avec Eddy Merckxse rappelle Rodrigo Beenkens. "A mon arrivée à l’hôtel, la veille de la course, j’ai reçu un appel de la réception alors que j’étais en train de préparer le direct du lendemain. Eddy Merckx m’attendait dans le hall d’entrée de l’hôtel. J’étais totalement surpris. Je ne le savais pas, mais Marc Jeuniau, le chef des sports à l’époque avait demandé à Eddy de m’accompagner pour ma première grande course internationale. J’ai donc suivi Eddy. Nous avons mangé dans un restaurant à Milan en compagnie de Roger De Vlaeminck. Une soirée magique entre ces 2 champions. D’innombrables anecdotes sur le vélo et les coureurs. Et quand Eddy parle, tu te tais, tu écoutes et tu retiens. Le lendemain, j’étais dans la tribune des commentateurs avec le roi Eddy pour commenter la Primavera".  

Après cette collaboration sur Milan – Sanremo, Eddy Merckx retourne à ses activités. Il gère notamment son entreprise de cycles créée en 1980. Rodrigo Beenkens reprend donc le micro en solo. Jusqu’en 1993, il va commenter seul les courses cyclistes. A partir de 1994, un nouveau duo se forme. Claudy Criquielion devient le premier consultant régulier. D’autres experts suivront dans la longue histoire du cyclisme à la RTBF. Alain Bondue, Laurent Fignon, Cédric Vasseur, Rik Verbrugghe, ou encore Gérard Bulens et Cyril Saugrain qui assurent aujourd’hui ce rôle de consultant.

Eddy était très fort dans l’anticipation, la sensation et l’intuition

"J’ai collaboré avec de nombreux consultants depuis mes premiers commentaires de course, il y a 30 ans" se souvient Rodrigo Beenkens. "Eddy Merckx n’était pas le plus volubile, mais il était très fort dans l’anticipation. Très fort dans la sensation, dans l’intuition. Sa grande force, c’est qu’il a fait la course en tête. Il sentait les choses".

C’est principalement sur le Tour de France qu’Eddy Merckx a apporté son analyse et toute sa science de la course. "Nous avons certainement commenté 3 Tours complets à deux" explique Rodrigo Beenkens. "Nous avons partagé beaucoup de bons moments ensemble. Je me souviens d’une étape où lorsqu’on est arrivé à notre position des commentateurs, Eddy a dit… ‘Aujourd’hui, j’attaque. Je vais tous les bouffer!’ C’était une vraie tornade quand il était en forme. Et puis, c’était un peu la coqueluche des commentateurs. Il parle plusieurs langues. Toutes les télévisions voulaient avoir Eddy quelques minutes en direct sur leur antenne. J’avais parfois l’impression d’avoir un consultant à mi-temps".

J’avais parfois l’impression d’avoir un consultant à mi-temps

Des grands moments vécus en tribune de presse, mais aussi sur la route du Tour. Faire le Tour de France en compagnie d’Eddy Merckx, c’est toute une aventure. "Toutes les portes s’ouvrent avec Eddy. C’est un personnage hors norme" explique Rodrigo Beenkens. "Sur la grande boucle, sa notoriété apportait une grande visibilité à la RTBF. Que l’on passe en Bretagne ou dans le Sud Ouest, tous les journaux régionaux voulaient une interview avec le cannibale. Je me souviens aussi de nos arrivées à l’hôtel. Quand on annonçait une réservation au nom d’Eddy Merckx, c’était à chaque fois un événement pour l’établissement. Ce n’était pas le réceptionniste qui nous attendait. Le patron nous accueillait et Eddy recevait souvent la plus belle chambre".

Regarde cette montagne. Elle est comme Fabien Barthez. Elle est chauve et ne laisse rien passer

Des souvenirs qui restent gravés dans la mémoire comme lors d’une arrivée au Ventoux. "Nous avions dû nous garer à 500 mètres du sommet" raconte le spécialiste cyclisme de la RTBF. "Alors que nous étions en train de marcher dans la caillasse, Eddy s’arrête et me tape sur l’épaule… "Regarde cette montagne. Elle est comme Fabien Barthez. Elle est chauve et ne laisse rien passer". Référence à ce col mythique du Tour et à l’équipe de France de football qui venait de remporter la coupe du monde en 1998 et l’Euro 2000.

J’ai gardé la trace de ses doigts sur ma cuisse plusieurs heures après la course

Cette année-là, Eddy Merckx commente aussi le championnat de Belgique en compagnie de Rodrigo Beekens. La course se déroule à Rochefort. Axel Merckx fait partie des favoris. Et à quelques kilomètres de l’arrivée, le fils d’Eddy est seul en tête. Frank Vandenbroucke et Rik Verbrugghe ne sont pas loin. Les derniers kilomètres sont interminables pour Eddy Merckx. "Il ne tenait plus en place dans la cabine" se souvient le commentateur de la RTBF. "Eddy a serré si fort ma cuisse que j’ai gardé la trace de ses doigts sur ma peau plusieurs heures après l’arrivée. Ce n’était plus le consultant qui était à mes côtés, mais le père d’Axel. Un papa supporter de son fils. Axel Merckx a remporté le titre national et Eddy a bondi dans la cabine en levant les bras en l’air. Une image filmée par une caméra de la RTBF. Une grande émotion et un grand moment de télévision".

Eddy Merckx et Rodrigo Beenkens ont encore commenté plusieurs courses ensemble avant de refermer le chapitre le 19 mars 2016. Date de leur dernière collaboration à Milan – Sanremo. La course où leur duo est né en 1990. Une belle manière de boucler la boucle sur la Via Roma.

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