"Dream big!" Thibau Nys dans la lignée des van Aert, Van der Poel et Pidcock

Ils ont montré la voie. Wout van Aert, Mathieu Van der Poel, Tom Pidcock. Ils ont prouvé à un monde du vélo sceptique et, depuis de trop longues années, sclérosé par ses habitudes et ses certitudes, qu’on pouvait réussir des carrières simultanées dans différentes disciplines. La piste et la route, le cross et le VTT, la route et le cross… Même s’ils doivent parfois faire des choix et donner des priorités, le Belge, le Néerlandais et le Britannique ont annoncé qu’ils continueraient à l’avenir de jouer dans la boue et le sable l’hiver, de chasser les classiques au printemps, de tenter de marquer les grands Tours l’été et de sortir les VTT en automne. Quand vous interviewez ces gars-là, un mot revient souvent, qu’importe la langue d’ailleurs : "plaisir, plezier, pleasure"! S’amuser dans les labourés ou les sous-bois leur offre un réel équilibre. Et Thibau (sans "t") Nys est de la même veine.

Quand vous découvrez le compte Instagram du tout récent champion d’Europe espoirs de la course en ligne (NDLR : 85 000 abonnés !), vous pouvez lire, juste en-dessous de ses prénom et nom, la devise "Dream big", "Rêver grand". Thibau a un autre point commun avec Wout, Mathieu et Tom: il a de l’ambition! À seulement 18 ans -il est né le 12 novembre 2002 et fêtera donc bientôt ses 19 ans- il a décroché l’or européen à Trente en devançant au sprint l’Italien Filippo Baroncini, né en 2000. Deux ans d’écart, à cet âge-là, ça compte en termes de développement musculaire, de puissance, d’expérience, de gestion des émotions, entre un gars qui sort à peine de l’adolescence et un autre déjà considéré comme adulte. Au sein de la sélection belge U23 pour les Mondiaux, Nys fait d’ailleurs figure de poupon à côté de Florian Vermeersh et Stan Van Tricht (22 ans).

"Thibau Obélix"

Mais c’est bien connu, le talent n’attend pas les années. Et il attend encore moins quand vous tombez dans la marmite dès la maternité. Quand "Thibau Obélix" est né, son papa, Sven Nys, était déjà surnommé le "Cannibale de Baal". Il ne s’en souvient certainement pas mais à 3 ans, il a vu son paternel devenir champion du Monde de cyclo-cross chez les élites. Même chose quand il avait 11 ans (là, il s’en souvient évidemment). Certes, le divorce de ses parents en 2014 a logiquement ouvert une période douloureuse pour lui, mais pas de quoi l’éloigner pour autant des labourés. L’hiver 2019-2020 fut son plus abouti avec l’incroyable triplé en or championnats de Belgique, d’Europe et du Monde juniors!

Très à l'aise devant les journalistes (il baigne dans le milieu depuis son enfance), Thibau Nys est devenu un "Bekende Vlaming" grâce à ses résultats et… grâce aussi à la série documentaire "DNA Nys" qui permet aux téléspectateurs flamands de le suivre au plus près, sur le vélo ou à la maison, avec ses équipiers ou en famille, en course ou à l'entraînement, depuis 2017. Il doit gérer, ce n’est pas évident mais il est un peu consentant malgré tout, cette gloire naissante et grandissante. Sa rupture avec sa petite amie Mélanie et sa nouvelle romance avec l’athlète néerlandaise Anna Eikendal ont fait les choux gras de la presse du nord du pays l’été dernier.

A l’occasion des Mondiaux organisés en Belgique, deux semaines à peine après son succès à l’Euro, les médias n’ont d’yeux que pour lui. De nombreux journalistes étaient présents ce jeudi au camp de base de notre équipe nationale à Malines pour assister à la conférence de presse des U23 belges. Florian Vermeersh, Stan Van Tricht, Lennert Van EetveltFabio Van den Bossche et le solide Wallon Arnaud De Lie ont évidemment répondu à quelques questions mais le plus sollicité était bel et bien Thibau Nys, certes un peu léger pour le parcours de flahutes proposé (64 kilos) mais capable de développer une impressionnante puissance qui pourrait l’aider en cas de difficultés.

Pro en 2023

Couvé par son père mais pas trop, il assume sans aucune arrogance son nom de famille. "Papa est fier de moi et de ma présence à ces Mondiaux" nous a-t-il confié cet après-midi avec une pointe d'émotion dans le regard. Mais il tient à tracer son propre chemin. Sven n’a jamais vraiment réussi sur la route, satisfait de (très bien) gagner sa vie dans les cross. Thibau est donc quelque part déjà un cran au-dessus de son daron. Notre consultant Gérard Bulens a récemment déclaré que le rejeton avait "un pilotage et un sprint supérieurs à son père"! On l’a vu, par exemple, à son avantage sur quelques courses professionnelles cette saison, 8ème de la troisième étape du Tour de Belgique et 13ème de Dwars door het Hageland. Avant de devenir vice-champion de Belgique et champion d’Europe U23.

Sven, qui dirige l’équipe Baloise-Trek dans laquelle évolue Thibau, a déjà annoncé que son fils n’intègrerait pas la structure World Tour de Trek-Segafredo en 2022. "Il n’est pas question de brûler les étapes!" Si la trajectoire du gamin sur les réseaux sociaux ressemble un peu à celle de Remco Evenepoel (une question de génération sans doute), sa gestion de carrière épouse plutôt celle de Wout van Aert, venu très progressivement à la route au sein des modestes équipes Crelan-Vastgoedservice et Verandas Willems-Crelan. Des équipes qui, comme Baloise-Trek aujourd’hui, offraient un programme mixte "boue-asphalte". La méthode a fait ses preuves! "van Aert est un exemple pour moi, tout comme van der Poel", nous a-t-il répondu sans hésitation. " Dream big ", n’est-ce pas?

Départ de la course en ligne U23 ce vendredi à 13 heures 25. A suivre sur tous les médias de la RTBF.

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