Dopage mécanique, malgré la crise, l'UCI n'éteint pas le moteur

L'UCI réduit la voilure mais continue sa traque contre les moteurs électriques.
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L'UCI réduit la voilure mais continue sa traque contre les moteurs électriques. - © FABRICE COFFRINI - AFP

Durement touchée par la crise sanitaire et par l’annulation de nombreuses épreuves, l’UCI (Union Cycliste Internationale) n’abandonnera pas la lutte contre la fraude mécanique. L’annonce, il y a quelques jours, du licenciement de Jean-Christophe Péraud, manager de la commission "Matériel et lutte contre la fraude technologique " à l’UCI, était passée relativement inaperçue mais elle n’avait pas manqué d’inquiéter les suiveurs attentifs de la petite reine. Cette séparation signifiait-elle l’abandon des contrôles ? La réponse est non.

"L’engagement de l’UCI et son investissement en faveur de la lutte contre la fraude technologique demeurent inchangés" rassure Louis Chenaille, chargé des relations médias à la fédération internationale. "L’UCI continuera à chercher à innover, à développer son dispositif et à investir pour lutter contre les technologies nouvelles et futures qui pourraient compromettre l’intégrité de notre sport".

Pas question donc de lâcher la bride aux tricheurs. Le divorce entre l’UCI et l’ancien cycliste, 2e du Tour de France 2014, est plutôt à mettre sur le dos de crise sanitaire et financière liée à la pandémie de coronavirus. La lutte contre les fraudes technologiques reste, quant à elle, une priorité pour les dirigeants du cyclisme mondial. "Il en va de l’intégrité des résultats de nos compétitions et de la réputation de notre sport" souligne la fédération.

Une traque onéreuse et peu fructueuse

Les intentions de l’UCI sont louables mais les contrôles restent onéreux et n’ont toujours pas réussi à prouver leur totale efficacité. Malgré les nombreuses vidéos 'suspectes' et la conviction de certains suiveurs, l’affaire Femke Van Den Driessche, qui date de 2016, reste à ce jour le seul cas avéré de dopage technologique.

Les dirigeants du cyclisme mondial ne ménagent pourtant pas leurs efforts pour rassurer le public et dissuader les tricheurs. "Depuis 2018, le dispositif a été renforcé" précise l’UCI. "Notamment sur les épreuves de l’UCI WorldTour et les Championnats du Monde UCI, avec l’introduction des rayons X aux côtés des tablettes magnétométriques et en développant plusieurs technologies d’avenir, dont celle des trackers déployables sur tous les vélos du peloton et capables de détecter d’éventuels moteurs à tout instant de la course". Le problème c’est que ces technologies développées en collaboration avec le CEA (Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives) sont particulièrement onéreuses et resteront plus que probablement au stade de prototype en attendant une meilleure conjoncture financière.

Développer pour mieux rassurer

Avec le retour des courses World Tour, dès le 1er août, l’UCI verra donc revenir le gratin du cyclisme mais aussi les suiveurs sceptiques et critiques. Les tablettes magnétométriques permettent certes de contrôler rapidement un grand nombre de vélos mais leur efficacité n’a jamais été vraiment démontrée. Les caméras thermiques sont plus performantes mais elles ne détectent les moteurs électriques que lorsqu’ils sont activés. Reste donc l’unité à rayons X transportable, que l’on a pu voir dans les zones techniques des trois grands tours et des 5 monuments ces dernières années. Le dispositif n’est pas remis en cause mais il est lui aussi limité car chronophage.

Désormais privées de son chef de file, la commission anti-fraudes de l'UCI a donc du travail sur la table pour faire taire ses détracteurs. Une décision de justice vient cependant de refroidir les partisans de la théorie du grand complot. Au plus fort des rumeurs et des doutes sur la présence des moteurs dans le peloton, le Parquet national financier (PNF) français avait ouvert une enquête afin de démontrer de potentiels accords secrets entre différentes familles du cyclisme. Une enquête qui vient de se conclure sur un non-lieu.

Mais au final certaines questions demeurent : Est-ce réellement la technologie qui n’est pas au niveau où les fraudeurs qui auront toujours un coup d’avance ? Cette interrogation accompagne le peloton depuis plus de 30 ans. Mais tant qu’il se résoudra à chercher la réponse, le cyclisme moderne restera confronté à un fameux paradoxe : Chasser les tricheurs et espérer les débusquer pour prouver qu’il y en a de moins en moins.

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