De bas en haut, la RTBF en repérage sur le Poggio di Sanremo

Celui qui n’aime pas le sport ne comprendra sans doute pas. Mais quand un fan de football met pour la première fois les pieds dans le Stade de Wembley, quand un passionné de basket-ball hume l’atmosphère du Staples Center ou quand un amateur de tennis découvre le Court Philippe Chatrier… c’est toujours " frissons garantis " ! Alors, quand un journaliste sportif vacciné avec un rayon de vélo a l’occasion de grimper le Poggio la veille de Milano-Sanremo, il frissonne lui aussi ! Et il partage. Voici donc mon repérage d’une des côtes les plus mythiques de l’histoire des classiques.

Après la Cipressa et avant la Via Roma, les favoris savent pertinemment bien qu’il n’y a plus que le Poggio pour tenter de secouer le cocotier. Ou plutôt ici, l’olivier. Ils pourraient filer tout droit sur la Via Aurelia mais ils n’ont pas le choix. Soudain, sur leur droite, une route étroite s’élève doucement d’abord (3,7% de déclivité moyenne… seulement), plus sèchement ensuite (un passage à 8%). C’est la Via Duca d’Aosta. 3700 mètres de montée vers le hameau du Poggio qui domine l’est de la ville, 167 mètres au-dessus du niveau de la mer. Cette magnifique Mer Méditerranée qui se pavane à son pied.

Poggio, c’est d’abord le nom d’un petit patelin typiquement italien à l’inattendu destin. Totalement inconnu puis, soudain, internationalement reconnu lorsque les organisateurs de la Primavera décidèrent d’en faire, en 1960, le juge de paix de leur épreuve. A l’époque, les coureurs italiens étaient en peine sur leurs terres. Cette ascension devait faire taire leurs adversaires… succès mitigé mais montée adoptée !

Une fois le talus en vue, ça joue des coudes. Le placement est important. Pas le temps de profiter du paysage. Et pourtant, il y a de quoi capter de belles images ! La région de Sanremo s’est autoproclamée " Capitale des fleurs " au début du siècle dernier. Et même si l’activité est moins florissante aujourd’hui, de nombreuses serres, certaines très modernes, d’autres en friche, donnent à cette rue en zigzags un visage singulier.

Ces serres défient le temps, comme l’église abandonnée " della famiglia " qui n’a plus vu de curé depuis au moins dix ans. Elle toise le peloton en pleine compétition. Une fois devant elle, John fera peut-être des étincelles. D-E-G-E-N-G-O-L-B, neuf lettres peintes sur le goudron, sans doute par un supporter teuton.

Les virages s’enchaînent. Et d’un coup, une inscription sur un muret nous rappelle la genèse : " Dal 1960 anche il Poggio ". Pour écrire l’histoire, il faut connaître l’histoire ! A cet endroit-là, si le vent souffle de face, il faut être fou d’attaquer. En revanche, s’il est favorable, c’est là qu’il faut gicler. Mais attention aux attaques… téléphonées.

Au sommet, avant de virer sur la gauche pour rejoindre le Corso Cavallotti via un exercice de haute voltige dans une descente en épingles qui peut donner le vertige, il y a… un incontournable vestige, la fameuse " cabina telefonica " du Poggio, orpheline de ses " pronto " mais photographiée chaque année par des milliers de cyclos.

" C’est quoi papa une cabine téléphonique? " " C’est ça, mon fils ! Et crois-moi, cette cabine-là, elle me met en émoi ! "

Pour paraphraser Jacques Brel, " Tas voulu voir Arenberg, et on a vu Arenberg. T’as voulu voir le Quaremont et on a vu le Quaremont. T’as voulu voir la Redoute, et on a vu la Redoute. T’as voulu voir le Mur, et on a vu le Mur. J’ai voulu voir Sanremo et on a vu… le Poggio. "

Vive le vélo !

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