Confiné en Italie, Tegner prévient : "Les Belges ne doivent pas sous-estimer le coronavirus !"

C’était un week-end un peu spécial pour les fans de cyclisme… On aurait dû disputer samedi la 111ème édition de Milan-San Remo, la course du printemps, la première grande classique de l’année. Mais la pandémie de coronavirus est passée par là et l’épreuve a été reportée à une date ultérieure… du moins si l’Union Cycliste Internationale parvient à la recaser dans un calendrier déjà surchargé. 

Toute l’Italie est confinée depuis plusieurs semaines. Samuël Grulois a contacté à Montebelluna, à 15 kilomètres de Trévise, au nord-est du pays, un des foyers de l'épidémie, Alessandro Tegner, le très sympathique responsable " marketing et communication " de l’équipe Deceuninck-Quick Step dont la femme est, par ailleurs, infirmière et donc en première ligne. Entre mélancolie et réalisme, voici son témoignage.

Alessandro, vous avez sans doute eu une boule au ventre samedi ?

" Oui, samedi, c’était une journée très particulière. J’ai parlé à distance avec Filippo Pozzato, Paolo Bettini, Patrick Lefevere, David Bramati… mes amis, des personnes très importantes dans ma vie. Et tout le monde était un peu ému en se disant que c’était le jour prévu pour Milan-San Remo. D’ailleurs, chez moi, avec ma femme et ma fille, on a regardé beaucoup d’archives de vélo à la télé ce week-end comme Paris-Roubaix 2012 (et la victoire de Tom Boonen), Paris-Roubaix 2016 aussi (avec Boonen deuxième), ainsi que Milan-San Remo 2003, 2005 et 2006 ! C’est ça la passion pour le cyclisme. "

Pendant que certains s’enfilent les films sur Netflix, d’autres regardent donc des archives de courses cyclistes !

" C’est la même chose, en fait ! Ce sont des moyens qui vous aident à surmonter ces moments difficiles en restant en famille. Ça permet de faire remonter des souvenirs. Quand on regarde des photos ou la télé, on se rappelle de tel ou tel évènement vécu à tel ou tel endroit. C’est une façon aussi de retrouver la vie familiale pour nous qui voyageons beaucoup. "

J'ai quitté la Belgique le 25 ou le 26 février, je suis directement rentré chez moi et depuis ce jour-là, je ne suis plus sorti de la maison ! C’est ça la réalité. Et le cyclisme n’est vraiment pas la chose la plus importante !

Au moment des courses d’ouverture de la saison belge, Het Nieuwsblad et Kuurne-Bruxelles-Kuurne, jamais vous n’auriez imaginé vivre ce que vous vivez depuis trois semaines…

" Franchement pas, non. On n’est jamais préparé à vivre ça. De mémoire, j’ai quitté la Belgique le 25 ou le 26 février, je suis directement rentré chez moi et depuis ce jour-là, je ne suis plus sorti de la maison ! C’est ça la réalité. Et le cyclisme n’est vraiment pas la chose la plus importante ! "

Vous m’aviez dit à l’époque qu’il était inconcevable, impossible, d’annuler le Tour des Flandres. Aujourd’hui, toutes les courses sont supprimées jusque fin avril. C’est fou !

" Oui, c’est fou mais ça montre bien la gravité de la situation. On connaît tous l’importance stratégique des monuments du cyclisme, à partir de Milan-San Remo, suivi du Tour des Flandres, de Paris-Roubaix, de Liège-Bastogne-Liège… Le monde du sport, le gouvernement, les autorités ont pris cette décision. Ça nous rappelle que l’on doit faire très très attention à ce que l’on fait. Tout le monde doit prendre ses responsabilités. "

Ma femme est infirmière. Quand elle part travailler, je pense toujours à ce qu’il pourrait se passer. C’est la vie. Chacun doit faire sa part. Mon épouse doit aller soigner les malades. Et nous, on doit rester à la maison et ne pas faire de connerie ! Les médecins et les infirmières sont des petits héros…

Avez-vous peur Alessandro ?

" Ma femme est infirmière dans un hôpital de ma ville. Je ne suis pas jamais vraiment rassuré. Quand elle part travailler, je pense toujours à ce qu’il pourrait se passer. Mais je ne peux rien y faire. C’est la vie. C’est son travail. On respecte toutes les règles imposées. Depuis quelques jours, par exemple, on ne peut plus s’éloigner de notre domicile de plus de 200 mètres ! Chacun doit faire sa part, chacun doit faire son boulot. Mon épouse doit aller soigner les malades à l’hôpital. Et nous, on doit rester à la maison et ne pas faire de connerie ! En général, ma femme est une personne resplendissante, très solaire mais ces derniers jours, je la trouve préoccupée. Pour moi, tous les médecins, les infirmières, toutes les personnes qui bossent dans le monde sanitaire sont des petits héros qui font des choses incroyables face à une situation qui est limite dans certaines zones de l’Italie. "

Au début, en Italie, on rigolait du coronavirus. Mais quand tu entends chaque jour le nombre de morts, tu prends conscience. Il faut être altruiste. Et la meilleure façon d’être altruiste, c’est de rester à la maison.

Vous connaissez bien notre pays. Avez-vous un message à faire passer aux Belges qui n’ont, semble-t-il, pas encore tous compris ce qu’était le confinement ?

(Il soupire)… Pour notre génération, c’est la première fois que l’on voit nos libertés limitées. On n’a jamais fait la guerre, heureusement. Mais le moment est venu de rester à la maison. Il ne faut pas sous-estimer ce qui est en train de se passer. J’appelle donc tout le monde à respecter les consignes que les gouvernements donnent. Vous savez, au début, en Italie, on rigolait du coronavirus. Moi aussi, je dois être honnête, je pensais que ce n’était qu’une simple grippe. Mais après, quand tu entends chaque jour le nombre de morts, tu prends conscience que toi ou tes proches peuvent aussi l’attraper. Il faut être altruiste. Et la meilleure façon d’être altruiste, c’est de rester à la maison et ne pas faire des choses bizarres. Je pense que la Belgique a réagi plus rapidement que l’Italie pour prendre des décisions très importante pour lutter contre le virus. Et si vous continuez, vous sortirez de cette situation plus vite que nous ! Les gens qui meurent sont des numéros, ils entrent dans des statistiques jusqu’au jour où c’est quelqu’un de ta famille… "

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