Christian Prudhomme: "J'espère que l'été ressemblera à une sorte de libération"

Tim Wellens a remporté dimanche à Alès, dans le Gard, le classement final de l'Étoile de Bessèges. L'organisation sans anicroche de cette 51ème édition tient un peu du miracle après les annulations ou reports successifs des Tours de San Juan, de Colombie, de Valence ou encore de Murcie. Le Covid-19, qui a complètement chahuté la saison cycliste 2020, continue de perturber les organisateurs. Nous en avons parlé avec le plus " puissant " d'entre eux, le patron, notamment, du Tour de France et des classiques ardennaises, Christian Prudhomme. Entretien.

Christian Prudhomme, vous avez suivi l’Étoile de Bessèges à distance. Soulagé ? Rassuré ? 

" Je suis surtout très content que le Grand Prix de la Marseillaise et cette Étoile de Bessèges aient bien eu lieu. Je suis également content d’avoir entendu le préfet de la Drôme me confirmer que la Drôme Classic se déroulerait comme prévu le 28 février. Dans toutes les réunions que nous avons avec les préfectures, on rappelle toujours la spécificité du sport professionnel qui permet aux compétitions d’exister, avec évidemment toutes les mesures adaptées. Je suis donc raisonnablement optimiste même si je pensais personnellement il y a quelques mois que nous serions tranquilles pour entamer 2021… Ce n’est pas le cas. Jusqu’à preuve du contraire, cela ne nous empêche pas de faire les courses (NDLR : En tout cas, les courses ASO…), en respectant ce que les autorités nous demandent. "

Des équipes ont dû revoir leurs effectifs suite à l’annulation de certaines épreuves. Un exemple concret : AG2R-Citroën a retiré des coureurs prévus à l’origine sur Bessèges pour permettre à ses leaders (dont Greg Van Avermaet) qui devaient a priori disputer le Tour de Valence, de pouvoir malgré tout rouler en compétition. Ce calendrier en souffrance a des conséquences en cascade…

" Oui et c’est pour cela d’ailleurs qu’il y a une volonté du monde du vélo de permettre aux courses de classe 1 et de classe 2 d’engager des équipes de huit coureurs au lieu de sept. C’est pour cela aussi que, contrairement à ce qu’on souhaite habituellement, ce n’est assurément pas grave cette année s’il y a concomitance entre certaines épreuves. Il faut que les coureurs puissent courir ! Et puis, une des difficultés supplémentaires par rapport à l’an passé, c’est le fameux test PCR négatif nécessaire pour pouvoir rentrer chez soi et qui va certainement causer des difficultés aux équipes et… aux organisateurs à qui on a demandé de faciliter ce test ! Par exemple, pour Paris-Nice, organisé par ASO, nous devrons faire en sorte, la veille de l’arrivée, de mettre à disposition des coureurs des laboratoires capables de faire rapidement les tests pour qu’ils puissent rentrer chez eux. Quand les autorités demandent ce genre de choses, ce n’est pas pour nous embêter mais bien pour que les épreuves puissent avoir lieu et que la vie de tout un chacun puisse se dérouler le mieux possible en limitant les contaminations. On espérait avoir un calendrier parfait avec toutes les courses. Ce n’est pas le cas mais nous continuerons de travailler d’arrache-pied avec tous ceux qui décident et qui nous aident pour que nos épreuves, en Belgique, en France, puissent se dérouler. "

 

C’est la fameuse pyramide du cyclisme qui est essentielle à mes yeux

Avec les nombreuses annulations de courses depuis quasi un an, la situation la plus inquiétante n’est-elle finalement pas celle des jeunes ? Certains juniors ou espoirs auront perdu une saison complète…

" Vous avez raison (NDLR : Merci !). C’est la fameuse pyramide du cyclisme qui est essentielle à mes yeux. Il y a bien sûr un risque de voir la base s’effriter… "

Comment voyez-vous votre Tour de France 2021 ?

" J’espère assister à un final aussi renversant qu’en septembre dernier. J’espère qu’on aura une bagarre forte. J’espère qu’on aura du monde au bord des routes même si je n’en sais rien aujourd’hui. J’espère qu’on aura retrouvé une vie normale et que le début de l’été ressemblera à une sorte de libération. Ce qu’on souhaite, c’est que la fête, qui est essentielle dans la compétition cycliste en général, et dans le Tour de France, première course cycliste du monde, en particulier, puisse être aussi belle qu’elle l’était dans un passé récent… "

Que garderiez-vous de 2020 ?

" Quand les gens s’entendent, tout est possible. Quand ils ne s’entendent pas, tout est très compliqué. La pandémie a développé une sorte d’esprit de solidarité, une solidarité qui s’est manifestée l’année dernière. Nous n’aurions jamais pu réussir l’organisation de nos épreuves seuls ! Pourvu que cet esprit perdure. Le cyclisme grandira et nous en serons tous plus heureux. En 2020, et c’est vraiment ce que je retiens, tout le monde poussait dans le même sens. Et ça continue en ce début d’année 2021. La preuve notamment avec cette décision prise par l’Union Cycliste Internationale concernant les trois grands Tours et l’engagement d’une vingt-troisième équipe pour défendre le cyclisme national. "

Une des particularités du vélo, c’est la proximité entre le public et les stars de la discipline, qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Ne craignez-vous pas qu’on ait perdu une partie de cette convivialité ? Par peur des virus, les coureurs hésiteront peut-être avant d’aller au contact des spectateurs. Même les interviews se déroulent désormais à distance…

" Je ne peux pas croire qu’on vivra demain dans un monde dans lequel on ne se serrera plus la main ! Certains mettront sans doute plus de temps que d’autres pour retrouver la convivialité. Mais pour moi, l’aspect social est absolument essentiel. Sera-ce dans trois mois, dans six mois, dans plus longtemps ? Je suis évidemment incapable de vous le dire. S’il y a un monde dans lequel on peut se serrer la main, alors la proximité des champions cyclistes reviendra ! "

 

Écoutez l’interview de Christian Prudhomme dans son intégralité en cliquant sur le média en haut de l’article.

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