Ces Belges qui ont porté le maillot jaune: Rik Van Looy

En 100 ans, 56 coureurs belges ont porté le maillot jaune. Pendant les mois qui viennent, soit jusqu’au grand départ du prochain Tour de France, je vous raconterai l’histoire (souvent croustillante) de chacun d’entre eux. Bonne lecture.

3️4️ Rik Van Looy

Né le 20 décembre 1933 à Herentals
7 participations entre 1962 et 1969
Maillot vert 1963

1 jour en jaune
9 victoires d’étapes :

  • Herentals - Herentals (23 km contre-la-montre par équipes) en 1962
  • Reims - Jambes (185,5 km), Limoges - Bordeaux (231,5 km), Toulouse - Aurillac (234 km) et Troyes - Paris (185,5 km) en 1963
  • Cologne - Liège (149 km) et Aix-les-Bains - Lyon (165 km) en 1965
  • Jambes - Jambes (17 km contre-la-montre par équipes) en 1967
  • Charleville-Mézières - Nancy (214 km) en 1969

Une classe immense, un caractère orgueilleux, des cuisses d’acier et une silhouette trapue, voici Rik Van Looy, derrière Eddy Merckx, très probablement le meilleur coureur de l’histoire du cyclisme belge. Aussi et surtout le seul champion avoir gagné toutes les grandes classiques du calendrier.

Van Looy n’a pas une jeunesse facile. Il a perdu trop vite sa maman et son papa doit subvenir aux besoins de la famille en exerçant le métier de maçon. Gamin, il brosse les cours pour devenir livreur de journaux dès l’âge de douze ans. Il est debout tous les jours à quatre heures du matin pour faire sa tournée de “journaux” afin d’arrondir les fins de mois. “Qu’il vente, qu’il pleuve, qu’il neige, qu’il gèle, dès potron-minet, il livre les quotidiens dans sa région natale. Rik possède un vélo doté d’un braquet d 48x18 qui supporte souvent une charge de cinquante kilos”, écrit Claude Degauquier dans “Les Stars du cyclisme belge”, Tome 2.

Van Looy n’a qu’une idée en tête : il veut suivre l’exemple de son idole, Rik Van Steenbergen. Il va réussir au-delà de toute espérance, devenant Rik II, l’Empereur d’Herentals.

Rik Van Looy a plus de vingt-huit ans quand il dispute son premier Tour de France, un Tour de légende en 1962. Il porte le maillot de champion du monde conquis à Berne et n’est pas venu sur la Grande Boucle pour y faire de la figuration. “Je vais attaquer tous les jours”, promet-il. “Rik voulait transformer chaque étape en une véritable classique”, raconte son directeur sportif Guillaume Driessens. Il commence par remporter le contre par équipes et, après une semaine de course, le peloton est quasi à genoux et crie pitié au pied des Pyrénées... que Van Looy ne franchira pas, victime d’une chute terrible causée par une moto sur la route de Pau. Rik est évacué en hélicoptère, victime d’une hémorragie interne. À l’hôpital, on décèle la présence d’un caillot de sang dans la vessie.

Revanchard, Van Looy brille douze mois plus tard sur les routes du Tour où il triomphe à quatre reprises, se classe dixième du général et remporte le classement aux points. Un classement créé en 1953 à l’occasion du Cinquantenaire du Tour et enlevé par un seul belge avant lui, Stan Ockers en 1955 et en 1956. Ce maillot vert et cette dixième place ouvrent des perspectives. Rik II est un phénomène. Peut-il aussi gagner le Tour, s’interrogent beaucoup d’observateurs ? A son apogée, Van Looy est capable de digérer la montagne (il fut d’ailleurs le meilleur grimpeur du Tour d’Italie en 1960) mais ne il ne trouvera jamais la bonne carburation dans les contre-la-montre.

La malchance rattrape Van Looy en 1964 quand il est victime d’une chute dès la première étape. Malgré son courage, il abdique quarante-huit heures plus tard.

En 1965, la guigne l’abandonne enfin. Il remporte l’étape initiale entre Cologne et Liège où il connaît enfin l’honneur de porter le maillot jaune à presque trente-trois ans. Lors de l’étape entre Bagnères et Ax-les-Thermes, il compte jusqu’à treize minutes d’avance et se retrouve virtuel maillot jaune. Mais Driessens interdit à Guido Reybrouck de le relayer. Une grande partie de l’avance est ainsi effacée et Reybrouck remporte l’étape. Sur les ondes de la radio belge (RTB), le célèbre Luc Varenne s’indigne et dit à ses chers auditeurs : “Driessens a enlevé toute chance à Van Looy de gagner le Tour de France.

En 1966, Rik connaît les affres de l’élimination. Le Galibier est au-dessus de ses force. Au terme d’un véritable calvaire, il termine hors des délais avec vingt-sept autres coureurs dont quatre équipiers.

En 1967, il remporte le contre-la-montre par équipes avant d’abandonner.

Le Tour 1969 est celui de ses adieux et d’un dernier exploit en solitaire. Rik a trente-six ans et il s’échappe pendant 115 kilomètres lors de l’étape menant les coureurs à Nancy. Son avance maximale atteint les treize minutes avant de fondre jusqu’à 42 secondes sur la ligne d’arrivée où il précède Julien Stevens, porteur du maillot jaune. À Nancy, Merckx salue l’exploit de l’Empereur : “Coup de chapeau à Rik. J’espère pouvoir encore réussir ce genre de truc à son âge.

On retiendra de l’Empereur d’Herentals sa classe, sa force, sa vélocité, son ambition dévorante, son charisme et ce côté batailleur qui faisait qu’il ne s’avouait jamais vaincu. Rik II, longtemps leader de la célèbre Garde Rouge, faisait aussi l’unanimité tant en Flandre qu’en Wallonie. 

Son palmarès sur les courses d’un jour (il fut aussi deux fois champion du monde) est d’autant plus remarquable que ses adversaires croisés au cours de sa carrière s’appelaient Coppi, Kübler, Koblet, Bobet, Rivière, Anquetil, Poulidor, Gaul, Van Steenbergen, Ockers, De Bruyne et Merckx. 

Passionné par les chevaux, une fois rangé son vélo, il dirigera un grand manège à Herentals.

A suivre : 3️5️ Herman Vanspringel

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