Boonen : "Quand j'ai réalisé que c'était les 200 derniers mètres de ma vie, je n'ai pas pu lancer mon sprint…"

Le 9 avril 2017, Tom Boonen, quadruple vainqueur de l’épreuve, co-recordman des victoires avec un autre Belge Roger De Vlaeminck, s’apprêtait à participer à son ultime Paris-Roubaix. Après avoir profité d'un dernier bain de foule au départ à Compiègne, le Campinois rêvait de peser une ultime fois sur la course de sa vie mais ce ne fut jamais le cas. Sa treizième place finale n’avait pourtant rien de déshonorant, loin de là. Cinquième succès ou pas, Tommeke est sorti par la grande porte, à 37 ans, après une incroyable carrière.

Une année plus tard, quasi jour pour jour, Samuël Grulois a eu un long entretien en tête-à-tête avec Tom Boonen, histoire de savoir ce qu'est devenu l'un des coureurs cyclistes les plus charismatiques qu'ait connus notre pays. Sa vie de famille, son nouveau boulot chez Lotto-Soudal, sa passion récente pour le sport automobile, les moteurs dans les vélos, le dossier Froome… le champion du Monde 2005 n’a éludé aucune question. Détendu, souriant, avenant… du Boonen tout craché !

Tom, Lore, Jacqueline et Valentine

"Je suis un homme très content. J’ai passé ma première année de ‘retraité’ sans souci. Finalement, j’ai très peu de temps pour rester à la maison. Et c’est bien car c’est la preuve que j’ai de l’occupation. Et quand je suis chez moi, je profite vraiment des moments avec ma famille. Mes petites filles (NDLR : Jacqueline et Valentine) sont heureuses. J’ai trouvé la bonne balance. Quand j’ai arrêté le cyclisme, l’idée me trottait en tête depuis un an déjà. Les derniers deux, trois, quatre mois ont été très très difficiles parce que tout le monde voulait quelque chose, on me parlait toujours de ma dernière participation à telle ou telle course, là-bas, là-bas, là-bas… A la fin, quand c’était bel et bien fini, j’étais content. Et maintenant, j’ai trouvé d’autres objectifs dans ma vie. C’est la chose la plus importante quand tu arrêtes une carrière sportive qui a duré quinze ans ou plus. Sans objectif, ce n’est pas facile !"

Une seule date : le 9 avril 2017

"Oh… c’est un peu bizarre ! J’étais dans un groupe qui allait sprinter pour la sixième place. Je suis arrivé sur la piste du Vélodrome de Roubaix en deuxième position dans le dernier virage. Et j’ai réalisé que c’était les 200 derniers mètres de ma vie ! J’étais dans un tunnel pendant toute la course, très concentré. J’ai voulu lancer mon sprint et -là aussi- je me suis dit que c’était le dernier sprint de ma vie… ma dernière course… c’était fini… et je n’ai pas trouvé la force pour entamer le sprint."

Cancellara m’a-t-il volé le Ronde 2010 grâce à un moteur ? Ai-je un doute ? Oui… mais ce n’est pas à moi de le dire. C’est très difficile à prouver parce qu’on n’a plus le vélo pour vérifier…

Vroum vroum vroum !

"Le sport automobile, c’est vraiment quelque chose que j’aime bien ! J’y consacre beaucoup de temps car il faut trouver des sponsors, etc… mais ce sont des aspects qui me plaisent. Quand je m’investis dans quelque chose, je veux toujours faire le maximum. Cette année risque d’être difficile. Ce sera ma première année au volant d’une Porsche, en Belcar. Première année aussi en Nascar dans le championnat européen. Mon souci, c’est que je n’ai pas eu beaucoup d’heures d’entraînement avec la voiture. Ce sera un challenge car je ne connais pas mes limites !"

Ambassadeur chez Lotto, traître chez Quick Step ?

"Il y a toujours des gens qui ne sont pas contents… Vous savez, depuis un an, j’ai failli signer trois fois un contrat pour bosser avec Quick Step mais finalement Patrick (NDLR : Lefevere, le patron de l’équipe Quick Step) ne me l’a jamais donné. Je ne suis pas du genre à appeler tous les jours pour savoir s’il y a encore une place pour moi ! Mais j’avoue que la situation n’est pas facile car j’aime évidemment encore les Quick Step hein !"

Cancellara lui a-t-il volé le Ronde 2010 grâce à un moteur ? A-t-il un doute ?

"Oui… mais ce n’est pas à moi de le dire ! J’ai terminé deuxième et ce n’est pas le deuxième qui doit dire que la situation n’est pas normale. C’est très difficile à prouver parce qu’on n’a plus le vélo pour vérifier. C’est trop tard."

La plus grande course du monde, c’est Paris-Roubaix. Si tu parles avec un Américain, il connaît Paris-Roubaix mais pas le Tour des Flandres, pas du tout !

Quid du "cas Froome" ?

"(Soupir)… Le règlement dit qu’il est possible pour lui de rouler. Et je comprends qu’il veuille participer aux courses. Pour un coureur de son rang et une équipe de ce niveau, rester six mois sans courir est inconcevable. Éthiquement, par contre, c’est différent… mais ce n’est ni à moi, ni à vous de dire que Froome doit rester à la maison. J’aurais fait quoi moi, dans le même cas ? Je ne connais pas le dossier !"

Tour des Flandres ou Paris-Roubaix ?

"Le Ronde est la plus grande course en Belgique. Mais pas du monde, non non ! Paris-Roubaix est plus grand ! Si je dois choisir, je choisis Paris-Roubaix, tous les jours de ma vie ! Le Tour des Flandres est la plus grande épreuve du monde… en Flandre. Mais la plus grande course du monde, c’est Paris-Roubaix. Si tu parles avec un Américain, il connaît Paris-Roubaix mais pas le Tour des Flandres, pas du tout !"

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