Après 15 ans, Tom Boonen tire un trait sur une carrière et un palmarès exceptionnels

Ca y est.
Le vélo est raccroché au clou, le maillot retourne pour une dernière fois dans la machine à laver. En ce dimanche 9 avril 2017, Tom Boonen a dit au revoir au cyclisme, à ce sport à qui il a tant donné, et qui lui a bien rendu.
En 15 ans, le Belge s'est forgé un palmarès exceptionnel, le plus grand de l'histoire des courses pavées. Petit retour sur une carrière hors norme.

Le vélo, Tom Boonen y est sensibilisé dès sa naissance, le 15 octobre 1980. En effet, son père André a lui-même été coureur professionnel durant 5 ans (1979-1984) et c'est tout naturellement que le petit Tom commence le cyclisme à 11 ans. Rapidement, ses qualités ne laissent pas les observateurs indifférents. Il est repéré par un ancien vainqueur de Paris-Roubaix, Dirk Demol, qui, dès sa retraite en 1996, le fait venir à 16 ans dans son club cycliste à Courtrai.
Demol a de la suite dans les idées et n'oublie pas son poulain lorsqu'il intègre le staff d'US Postal en 2000. Il prend le jeune Boonen avec lui dans ses valises. Tom fait un stage dans l'équipe espoir de la formation américaine avant de signer son contrat professionnel en 2002.

2002 - 2005: Des débuts en boulet de canon

Dès sa première année, le natif de Mol se met en évidence et se révèle à la face du monde en s'offrant la troisième marche du podium sur Paris-Roubaix. La légende est en marche et il remporte sa première victoire pro en juillet en enlevant au sprint la deuxième étape de l'Uniqa Classic.
 

Vainqueur à Roubaix en 2002, Johan Museeuw voit directement le potentiel de Boonen. Sur le podium, il lui souffle à l'oreille "Tu seras mon successeur". C'est donc sans réelle surprise que Boonen casse son contrat pour rejoindre QuickStep en 2003. Cette première saison dans l'équipe belge est considérée comme une saison d'acclimatation. Il remporte une seule victoire, lors de la 3ème étape du tour de Belgique et prend la dernière marche du podium sur Gand-Wevelgem.
Dès 2004, la machine se met en marche. Il agrémente son printemps flandrien de 3 victoires (Grand Prix de l'E3, Gand-Wevelgem et le Grand Prix de l'Escaut), tout en franchissant la ligne vainqueur dans différentes manches de courses à étapes (Tour du Qatar, Tour d'Andalousie, Tour de Belgique, Tour d'Allemagne,...). Il remporte aussi deux étapes du Tour de France, à Angers et sur les prestigieux Champs-Elysées.

Il franchit encore une étape en 2005 en réalisant le prestigieux doublé Tour des Flandres/Paris-Roubaix, sans avoir oublié de noter son nom pour la deuxième année consécutive au Grand Prix de l'E3. Il remporte 14 victoires, dont deux sur le Tour de France, où il porte le maillot vert 10 jours. Il boucle sa saison avec un titre mondial, enlevé au sprint à Madrid. A 24 ans, le Belge flirte avec la place du numéro 1 mondial. Seul l'Italien Danilo Di Luca le devance en fin d'année au classement UCI.

2006 - 2007: La confirmation et le maillot vert

Sur son élan de 2005, Tom Boonen réalise le doublé sur le Tour des Flandres en 2006 mais échoue au Double/Double et doit laisser la victoire sur Paris-Roubaix à Fabian Cancellara. Au Tour de France, il porte pour la première fois le maillot jaune, pendant 4 étapes.

En 2007, comme les années précédentes, il prépare sa saison au Tour du Qatar où il gagne pour cette édition 5 des 6 étapes. Son printemps est moins étincelant que les derniers. Il remporte A travers la Flandre puis le Grand Prix de l'E3 (pour la 4ème fois consécutive) mais ne s'impose ni sur le Tour des Flandres (12ème) ni sur Paris-Roubaix (6ème).
Sa deuxième partie de saison est toutefois marquée par l'obtention du maillot vert sur le Tour de France où il gagne à Bourg-en-Bresse et Castres. Il termine la saison en mode mineur, sans victoire de prestige.

2008 - 2009: Entre grandeur et dépression

Tom Boonen débute l'année 2008 sur les chapeaux de roue. Il gagne le classement général et 4 étapes du Tour du Qatar. Son printemps flandrien est poussif jusqu'à Roubaix. Arvesen l’empêche de faire 5 à la suite sur l'E3 et il voit son coéquipier Stijn Devolder remporter le Tour des Flandres. Mais à Paris-Roubaix, il revient sur le devant de la scène en réglant au sprint Ballan et Cancellara pour soulever son deuxième pavé sur le Vélodrome.

Le 10 juin, on apprend que le cycliste a été contrôlé positif à la cocaïne. Un contrôle effectué hors compétition et qui n'implique aucune sanction sportive. Mais suite à cette révélation, la direction du Tour de France refuse son inscription à l'épreuve. Il se rabat sur le Tour d'Espagne, où il enlève 2 étapes.

2009 est la parfaite copie de 2008. Il remporte le Tour du Qatar avant de voir Devolder s'imposer au Tour des Flandres. A Roubaix, il signe le triplé en solitaire mais un nouveau contrôle positif à la cocaïne en avril vient ternir l'image du coureur. Boonen concède souffrir de dépression et d'addiction à l'alcool. Toujours réalisé hors compétition, ce contrôle est sanctionné par l'équipe Quick-Step, qui le suspend jusqu'au 2 juin 2009. "Ces erreurs de jeunesse l'ont rendu humain aux yeux des gens, raconte Patrick Lefevere. La presse parlait de descente aux enfers. Il a été cloué au pilori, à raison. Mais il a pu compter sur le soutien de ses proches, de sa maman surtout. Il a rebondi dans le bon sens. La marque d'un homme intelligent".

Son retour à la compétiton est marqué par son premier titre de champion de Belgique.

2010-2012: Le duel Cancellara/Boonen et la chasse aux records

Un homme plus que les autres lui aura offert du répondant sur les courses pavées: Fabian Cancellara. En cette année 2010, le Suisse domine outrageusement les Flandriennes en remportant l'E3, le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Tom Boonen est contraint de s'avouer vaincu sur son terrain de jeu. 2010 est une année à oublier: Des blessures et maladies l’empêchent de participer aux championnats de Belgique et au Tour de France. Il ne prend pas part à la Vuelta, ni au Mondial.
Il débute 2011, comme d'habitude en s'imposant lors d'une étape au Tour du Qatar. Il inscrit aussi pour la deuxième fois son nom au palmarès de Gand-Wevelgem. Après un Tour des Flandres où il prend la 4ème place, il connait pour la première fois l'abandon à Paris-Roubaix, victime de deux chutes et d'un ennui mécanique. Il dispute le Tour de France, où il chute et abandonne, et le Tour d'Espagne, où il connait la même mésaventure.

Tom Boonen connait une année 2012 fantastique après deux saisons en demi-teinte. Il gagne plusieurs courses dans sa préparation aux Flandriennes (à San Luis et au Qatar) et se présente en excellente forme au Nieuwsblad, où il se fait toutefois surprendre par Sep Vanmarcke dans un sprint à deux. Il enchaîne avec une cinquième victoire sur l'E3 (où il devient le seul recordman de victoires), un troisième bouquet sur Gand-Wevelgem (où il égale le record de victoires), un troisième Tour des Flandres (nouveau record égalé, il rejoint son mentor Johan Museeuw) et un quatrième Paris-Roubaix après un magnifique solo (il rejoint le recordman Roger De Vlaeminck au nombre de victoires). Un printemps étincelant où le Belge bat record sur record et assied sa légende.

En 2012, il franchit le cap des 100 victoires UCI, avec des succès aux championnats de Belgique, à la World Port Classic ou sur Paris-Bruxelles. Il termine 3ème du classement UCI.

2013-2017: Entre blessures et places d'honneur

La fantastique année 2012 terminée, Tom Boonen se fixe légitimement l'objectif de devenir le recordman unique de victoires sur le Tour des Flandres et Paris-Roubaix. Malheureusement, la malchance et des blessures vont l'empêcher de réaliser son rêve. Il boucle son année avec plus de chutes que de victoire (une seule, lors de la deuxième étape du Tour de Wallonie)
2014 se déroule mieux pour le Belge. Il remporte à nouveau le Tour du Qatar, se met en évidence sur les Flandriennes (victoire à Kuurne, 5ème à Gand-Wevelgem, 7ème au Tour des Flandres et réalise un superbe solo à Paris-Roubaix où Terpstra s'impose finalement). Il gagne aussi deux étapes du Tour de Belgique et termine 3ème des Championnats de Belgique (le 5ème podium de sa carrière dans cette compétition).

Son début d'année 2015 est brisé net à Paris-Nice où il se fracture la clavicule et le coude. Opéré, il reste sur le carreau pour ses classiques flandriennes. Il avait pourtant montré de belles choses, avec une troisième place sur la Nieuwsblad et des places d'honneur à Oman et au Qatar. Il reprend la compétition au Tour de Turquie, puis sur le Giro, qu'il abandonne pour disputer le Tour de Belgique, où il gagne une étape et le maillot du classement par points.
Après une victoire dans la 3ème étape de l'Eneco Tour, il termine son année en s'imposant au Tour de Munster puis chute lors du Tour d'Abu Dhabi et se fracture l'os temporal. Il souffre de troubles de l'audition depuis lors.

En 2016, il passe à quelques centimètres de son rêve: remporter paris-Roubaix pour la 5ème fois. Tom Boonen est battu au sprint par l'Australien Mathew Hayman et décide de prolonger d'un an pour retenter sa chance en 2017.
Il se fixe les championnats du Monde à Doha comme objectif de fin de saison. Il s'y prépare merveilleusement, en remportant une étape du Tour de Wallonie, la RideLondon-Surrey Classic et la Brussels Cycling Classic. Après une course animée par les Belges, il prend la 3ème place à Doha, derrière Peter Sagan, qui réalise le doublé, et Mark Cavendish.

2017 s'annonce et Tom Boonen ne se fixe qu'un seul objectif, toujours le même: s'imposer sur le Vélodrome de Roubaix. Il décide de se préparer à San Juan, où il remporte la deuxième étape, et au Tour d'Oman. Il arrive en Belgique pour l'ouverture cycliste, le 25 février. Il chute à deux reprises sur le Nieuwsblad et décide d'abandonner. Le lendemain, à Kuurne, il ne prend pas le départ. Il fait l'impasse sur A travers la Flandre et obtient des places d'honneur sur le Grand prix de l'E3 (8ème ) et Gand-Wevelgem (6ème). Il anime la course au Tour des Flandres, en partant dans la bonne échappée avec Philippe Gilbert, qui remportera le Ronde en solitaire. Il signe ses adieux le dimanche 9 avril en prenant la 13ème place de la course qui l'a révélé, Paris-Roubaix.

Le Belge vibrera peut-être encore devant sa télévision mais plus sur son vélo, secoué par les pavés qu'il affectionne tant. Une page s'est tournée, un chapitre a été bouclé.
Un chapitre long de 149 victoires, dont 8 dans les Grands Tours, 7 monuments (3 Tours des Flandres et 4 Paris-Roubaix), 5 Grands Prix de l'E3, 3 Gand-Wevelgem, 3 Kuurne-Bruxelles-Kuurne, un titre mondial en course en ligne, 4 Tours du Qatar (pour 22 victoires d'étapes) et 2 titres de champion de Belgique.

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK