À 38 ans, Philippe Gilbert commence sa 19ème saison, mais qu'est-ce qui fait encore rouler le champion ?

Les équipes cyclistes préparent en ce moment le début de la saison 2021. Malgré la crise sanitaire, elles ont gardé les vieilles habitudes en posant leurs valises dans le sud de l’Espagne pour un stage hivernal. La formation belge Lotto-Soudal a organisé son stage en séparant son groupe en 3 bulles distinctes, histoire de prendre le moins de risque possible.

À Jávea, une dizaine de coureurs, dont Philippe Gilbert, composent le groupe plutôt taillé pour les classiques. À 38 ans, le champion est toujours là et bien là. Phil a fait le point sur sa condition du moment. Mais sur place, notre équipe de la RTBF a surtout cherché à savoir ce qui fait encore rouler Gilbert ? Nous lui avons posé la question durant un long entretien.

"J’ai l’impression qu’à chaque année qui passe, on me pose un peu plus cette question : derrière quoi je roule encore ? Je ne pense pas être plus exceptionnel qu’un autre. Beaucoup d’autres coureurs restent compétitifs, même après avoir passé l’âge de 40 ans. Et on en verra de plus en plus grâce aux nouvelles technologies et aux aides. Les athlètes sont maintenant mieux préparés et mieux suivis. Faire une carrière de longue durée est maintenant plus facile", déclare Philippe Gilbert.

1.000 heures de vélo en 2020

"Quand je regarde mes statistiques de 2020, avec la chute au Tour de France et les confinements je n’ai pas pu rouler beaucoup, mais ça dépasse quand même 1.000 heures de vélo sur une année. Si on n’aime pas ça, ça devient compliqué. Il faut vraiment aimer ce que l’on fait pour le faire longtemps, et bien, surtout. Moi j’aime tous les process de la saison. J’aime quand on reprend et qu’il faut chercher à retrouver un niveau. Par exemple, aller chercher le dernier % de la condition est très difficile, c’est là où il faut se faire très mal, et j’aime ça ! Ce n’est pas uniquement 'aimer rouler à vélo', j’aime la compétition et le fait de pousser son corps à la limite. En cyclisme, la nouvelle génération arrive et il faut se battre pour rester compétitif face à eux. Ça demande beaucoup de travail, mais je le fais toujours avec autant de plaisir".

Monfort : "J’ai une admiration pour lui incroyable"

Et effectivement, durant le stage, Gilbert "fait le métier". Il s’impose des sorties d’entraînements supplémentaires, en solitaire. Son abnégation force le respect au sein de l’équipe Lotto-Soudal. "Nous aussi on se demande un peu après quoi il roule encore. Moi j’ai une admiration pour lui incroyable", confie Maxime Monfort (ex-coureur aujourd’hui manager de la performance et directeur sportif chez Lotto-Soudal). "Je le connaissais forcément en tant qu’ami et comme coureur. Maintenant je découvre un peu l’autre côté. Et je me rends compte à quel point il est encore motivé, professionnel, pointilleux. Il a tout gagné, un palmarès incroyable, et il n’a plus rien à prouver à personne. Et malgré tout, il cherche constamment, il va s’entraîner sous la pluie, sous la douleur quand il souffrait de son genou après sa chute sur le Tour de France. J’ai juste envie de dire 'respect' et j’espère que les jeunes de notre équipe pourront s’en inspirer".

"Je pense que ce sont simplement la passion et l’amour qui font encore rouler Philippe", déclare le manager John Lelangue.

"Il se fixe encore des challenges simplement pour l’amour et la beauté du sport. Je pense qu’il a envie de rendre au cyclisme ce que le cyclisme lui a apporté pendant toute sa carrière. Il a encore quasiment la même excitation qu’un jeune néoprofessionnel qui découvre le World Tour, le Tour de France, les classiques, etc. Il a l’amour du vélo et le fait plus par passion que par travail".

La modestie de Philippe Gilbert

Avec un tel palmarès et un tel impact sur le cyclisme, Philippe Gilbert laissera inévitablement une trace dans son sport. Mais quelle trace a-t-il justement envie de laisser ? "Je ne pense pas que je fais ça pour laisser une trace. Ce qui me plaît c’est de partager mon expérience au contact des jeunes. Passer l’expérience, c’est un peu ça le but dans la vie aussi. Après, ce qu’il restera, ce seront les lignes de palmarès. Mais ce n’est pas ça qui fait vivre je pense (rires). On a un impact sur une, deux ou trois générations, mais après on est vite oublié. Plus tard on se dira : Gilbert ? Oui, c’est un Belge et il était pas mal à son époque. Ce sera comme ça, je ne peux rien dire de plus".

Un genou toujours gênant

À quelques semaines de la vraie reprise et des premières courses de 2021, Philippe Gilbert est encore un peu tracassé par son genou meurtri lors de la première étape du Tour de France. "J’ai encore beaucoup de problèmes au niveau du genou. Je reviens de très loin, ça m’a donné beaucoup de travail. Je suis déjà content de pouvoir rouler ici avec mes équipiers à un bon niveau. Je veux rester prudent au niveau des résultats et de mes attentes personnelles. Je ne sais pas trop où je me situerai par rapport aux autres, donc je préfère attendre les premières courses. Soit j’aurai une bonne surprise et je serai peut-être présent pour jouer la victoire, soit il y aura encore du travail à faire".

Et Milan-Sanremo alors ! ?

On sait que Milan-Sanremo reste un objectif important dans la carrière de Philippe Gilbert, le seul Monument du cyclisme qui manque à son riche palmarès. Alors, lui a-t-on déjà parlé de la Primavera cette année ? "Oui ! On me parle souvent de Milan-Sanremo, c’est normal. Ça reste un objectif, mais un rêve avant tout. Ça restera toujours dans un coin de ma tête, même après ma carrière on m’en parlera toujours. On me dira : tu as un beau palmarès, mais, il t’a manqué Sanremo (rires). On me parlera toujours de cette course".

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