Pierre Cornia : "Emma est une star… et une star qui fait aimer le sport !"

Emma Meesseman
Emma Meesseman - © Scott Taetsch - AFP

Emma est sur le toit du monde ! Emma Meesseman a joué un rôle majeur dans le titre WNBA décroché la nuit dernière par son équipe des Washington Mystics. Car la Flandrienne a aussi décroché le titre individuel de Most Valuable Player (MVP). Itinéraire d’une petite fille d’Ypres… qui n’était pas forcément prédestinée à décrocher la lune sous l’anneau.

Avec 18 pts (dont 22 rien que sur le match 5) et 5 rebonds de moyenne par match, au surplus en débutant chaque fois sur le banc, Emma Meesseman ne pouvait que décrocher la timbale de ces Finals. Ne pensez pas pour autant que l’intéressée planait après la remise du trophée, la nuit passée.

 " Je me fous de ce titre MVP " réagissait la joueuse-centre (1,93 m) : " Moi, ce qui compte, c’est le trophée collectif, sinon je ne jouerais pas au basket. On joue en équipe ! "

Emma Meesseman commence le basket à 5 ans. À 16 ans, elle débute en 1e Division belge, et un an plus tard, elle est déjà MVP du championnat. Avec les Russes d’Ekaterinburg, elle décroche 3 Euro-Ligues. Et à 26 ans, elle a déjà 5 saisons WNBA dans les jambes.

Emma est une joueuse exceptionnelle doublée d’une fille formidable " explique Pierre Cornia, assistant-coach des Belgian Cats dont Emma est le pilier. " Ce qui frappe d’abord, c’est son attitude : elle est simple dans son basket comme dans sa vie quotidienne. Elle est humble avec les gens et simple dans son jeu : tout est sobre et efficace, elle brille par son intelligence et sa lecture de jeu. La preuve : lors de ces Finals, elle a accepté sans souci d’entamer les matches sur le banc. Toutes les joueuses ne sont pas comme elle ! "

Remarquable aussi, Emma Meesseman n’est jamais passée par l’une de ces écoles de sport de haut niveau, qui structurent habituellement la politique de formation du sport flamand. Elle a accompli sa scolarité normale, avant de suspendre ses études d’Education Physique pour mener sa carrière de basket.

" Emma est un talent naturel " poursuit Pierre Cornia : " Elle a ce qu’on appelle dans le jargon le ‘touch’ : elle a le sens de l’anneau et peut exécuter tous les mouvements. Pour l’adversaire, c’est compliqué, car on ne sait jamais ce qu’elle va faire tant son répertoire est large. Elle n’est jamais individualiste non plus, elle rend les autres meilleures. "

Emma Meesseman a de qui tenir : sa maman fut aussi Internationale belge et a gagné 7 Coupes de Belgique, un record individuel pour une joueuse belge. Son papa kiné a aussi eu la clairvoyance de limiter ses entraînements pour préserver son corps et ne pas la brûler trop tôt. Du coup, Meesseman est très rarement blessée, malgré son poste très exposé.

Emma a appris le basket très jeune, avant d’avoir un potentiel physique approprié " poursuit Pierre Cornia. " Aujourd’hui, elle s’évertue à gommer ce handicap. Emma veut toujours progresser… et elle a encore 10 ans pour le faire ! Quand on figure dans le cinq de base des derniers Championnats du Monde et qu’on est MVP des finales WNBA, on fait déjà partie des meilleurs joueuses-centres du monde ! "

Timide au naturel, Emma Meesseman s’est libérée par le sport. Car sa grande particularité est aussi d’être… sourde à 50%, et des deux oreilles ! Elle joue donc avec son appareil auditif et a appris à lire sur les lèvres.

Je suis née avec ce handicap " explique la joueuse : " J’entends un peu mais je regarde donc toujours sur le visage des équipières ou du coach. Et si je n’entends pas, alors je demande. Je dois aussi faire attention à mon appareil, car avec les coups de coude dans la raquette, ça peut faire très mal. Mais je n’ai jamais vraiment eu de problème. "

Et si Meesseman a appris à gérer la pression, reste calme et se libère souvent dans les moments de tension d’un match, c’est aussi peut-être précisément du fait de cet handicap… qui augmente sa concentration.

Je le constate aussi avec ma fille, qui joue au basket et est également sourde " explique Pierre Cornia. " Elles sont un peu dans leur bulle durant le match et jouent en subissant moins les perturbations liées au bruit ou à l’ambiance. En fait, elles transforment leur handicap en atout. "

Passionnée par le dessin et par les livres d’Harry Potter (qu’elle a dévorés chacun plusieurs fois), grand adepte… des chicons gratinés de sa maman, Emma Meesseman va devoir se trouver de nouveaux objectifs sportifs. Médaillée de bronze à l’Euro 2017 et 4e du Mondial 2018 avec les Cats, elle vise désormais les JO 2020 de Tokyo.

Les Cats avec ou sans Emma, c’est une sacrée différence " conclut Cornia : " Elle percole vraiment sur les autres joueuses : elle transmet son énergie, son mental et sa confiance. C’est une véritable star… mais sans les comportements extravagants qui vont souvent avec. S’il n’y avait que des stars comme elle, le sport serait bien plus facile et agréable à gérer ! "

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