Faites vos jeux : plongée au coeur de la finale WNBA

Jour de match en finale de la WNBA : Connecticut Sun contre Washington Mystics
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Jour de match en finale de la WNBA : Connecticut Sun contre Washington Mystics - © RTBF

C’est dimanche à Uncasville, Connecticut. Il n’est pas encore midi, mais entre les joueurs hypnotisés par les machines à sous, ceux assis devant une table de roulette et les marchands de donuts qui servent des clients en manque de sucre et de café, plusieurs centaines de personnes font la file, calmement. Un coup d’œil à leurs t-shirts et casquettes suffit pour comprendre : ils sont là pour récupérer leurs tickets du 3e match de la finale des playoffs WNBA. Du sport, au milieu d’un temple de la consommation. C’est qu’arriver à Uncasville, à 3 heures environ de New York en voiture, c’est débarquer dans le monde américain de l’"entertainment". Casino géant, hôtel, centre commercial, centre de conférence… Il y a de tout dans le Mohegan Sun, l’immense complexe surmonté d’une tour de 34 étages, qui abrite aussi la "Mohegan Sun Arena". Cette salle de concert élue 8 fois meilleure "salle de l’année" a accueilli des artistes aussi variés que U2, Lady Gaga, Janet Jackson, Earth Wind and Fire, en passant par Slipknot, Black Sabbath ou ZZ Top (et en attendant Deep Purple dans quelques jours) mais elle est aussi l’antre de l’équipe WNBA du "Connecticut Sun". Une arène de 10 000 places assises, sorte de Lotto Arena d’Anvers gonflée à la testostérone, qui se colore en orange pour les matches des héroïnes locales.

Dans les allées du complexe, c’est la couleur dominante. Sur les vêtements des fans locaux, ou sur les affiches qui rappellent que c’est aujourd’hui "Game Day" Parce que oui, il faut peut-être le rappeler aux joueurs invétérés scotchés sur les sièges du casino, mais le Connecticut Sun accueille ce dimanche les Washington Mystics de la championne du monde et olympique américaine Elena Delle Donne (MVP de la saison), mais aussi des Belges Kim Mestdagh et surtout Emma Meesseman. Les joueuses visiteuses sont d’ailleurs logées dans l’hôtel qui surplombe le complexe, elles ne doivent pas aller loin pour s’entraîner et jouer le match. Une facilité qui a un prix : celui de l’ennui, visiblement : "Il n’y a rien à faire ici !", glisse dans un sourire… la maman de Meesseman, qui accompagne sa fille partie se dégourdir les jambes dans les allées du centre commercial un peu avant midi. Les supporters de la file des tickets n’auront pas la chance de la croiser (le complexe est immense, on le rappelle), mais l’important est ailleurs pour eux : le Sun peut profiter de l’avantage du terrain et prendre les devants dans cette finale. Surtout qu’Elena Della Donne est incertaine, touchée au dos lors du dernier match. "Mais elle va jouer ! Moi aussi j’ai mal au dos, mais quand je dois faire des efforts je les fais !", assène une fan sexagénaire dans la file.

APRES L’ATTENTE, LE MATCH

14h. Le monde attend désormais l’ouverture des portes de la salle. On annonce l’arène sold out, mais il n’y aura finalement "que" 9170 personnes, comptage officiel, pour applaudir les finalistes de la saison WNBA. Cela fait tout de même du monde pour assister, quelque peu dépité, à l’échauffement puis à la présence sur le parquet d’Elena Delle Donne. Les fans du Sun gardent le sourire, l’équipe locale n’a perdu que 2 fois sur son parquet en saison régulière, ce n’est pas parce que c’est la finale des playoffs que la statistique va changer. Les porte-gobelets des sièges se remplissent, le chauffeur de salle fait monter l’ambiance. L’écran géant au centre du plafond aussi : les joueuses elles-mêmes ont enregistré des animations et messages humoristiques qui encouragent les supporters à lever le poing et à danser à leur rythme… Les équipes sont prêtes, les supporters aussi : l’hymne américain peut retentir, joué uniquement à la trompette, et murmuré par la foule, respectueuse.

L’ambiance, c’est pour le match, coup d’envoi 15h30. Justin Timberlake n’est pas assis près du parquet comme lors de certains matches NBA, mais les haut-parleurs crachent sa musique. Les caméras cherchent les fans les plus motivés, ou les célébrités locales… Elles attraperont notamment Ronald Harper (qui fut membre de l’équipe des Chicago Bulls à l’époque de Michael Jordan). Sur le parquet, la réussite des Mystics à distance est insolente. Les paniers à 3 points s’enchaînent, l’avance gonfle et atteint les 15 points en faveur des visiteuses. Les fans locaux restent motivés, l’un d’eux fête son anniversaire et c’est toute la salle qui reprend "Happy Birthday", à l’appel de la mascotte. La force de l’entertainment. Le match s’équilibre à l’approche de la mi-temps, Washington ne mène plus que de 4 points.

EXTINCTION DES FEUX

C’est le moment de retrouver de nouvelles files dans les travées. Cette fois devant des présentoirs remplis de pizzas, de chips, de sodas ou quelques pompes à bière (5 dollars, un gobelet par personne). "On voit du beau basket", comme l’avait prévu Richard, venu chercher son billet en matinée. "Moi je préfère voir les femmes jouer plutôt que les hommes. En NBA, c’est beaucoup de show. Chez les filles, on voit du basket, c’est vraiment plus chouette !"

Difficile de lui donner tort… Les Mystics de Washington sont reparties vers l’avant, portées notamment par une Emma Meesseman éblouissante, dans ses tirs à distance comme dans ses mouvements de défense. La rébellion du Sun n’a pas duré très longtemps. "Believe in Women" l’un des slogans qui s’étalent sur les t-shirts des fans n’a pas été respecté à la lettre, même si la salle s’enflamme encore pour un panier à 3 points de l’équipe locale ou quand 2 joueuses se retrouvent à lutter au sol pour un ballon… L’équipe du Connecticut Sun ne se relève pas. La défaite est cinglante, 81-94. Ce sont bien les quelques supporters des Mystics disséminés dans la salle qui ont eu le dernier mot. Leur pancarte le proclame : "We came to see the Sun goes down". "Nous sommes venus pour voir le soleil se coucher". Les fans qui faisaient déjà la file en matinée ne l’auront pas vu de toute la journée, ce soleil : le match terminé, il fait noir à l’extérieur pour ceux qui rentrent chez eux. Pour les autres, le casino continue de tourner à plein régime. En attendant le 4e match, mardi. La nouvelle file. Les nouveaux applaudissements. Les décibels. Le spectacle. L’entertainment à plein régime.

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