Voile : du Canal de Bruxelles à la Coupe de l’America, le parcours étonnant de Julien Pilate

La Coupe de l’America entre dans sa phase finale. Ineos Team Uk et Luna Rossa vont se disputer le titre de Challenger et le droit de défier Team New Zeland. Un Belge est au cœur de l’action au sein de l’équipe britannique : Julien Pilate. L’ingénieur de formation a commencé la voile sur le Canal de Bruxelles sous le pont Van Praet, il se retrouve à lutter pour le plus vieux trophée sportif de la planète dans la baie d’Auckland.

Un p’tit Belge chez Ineos

"C’est souvent un concours de circonstances qui fait qu’un petit Belge se retrouve dans le milieu de la voile. Se retrouver au sein d’une équipe prestigieuse avec un skipper comme Sir Ben Ainslie, quadruple champion olympique, est un exploit en soi", explique-t-il.

"J’ai fait des études d’ingénieur à Bruxelles. Mon diplôme en poche, j’ai voulu apprendre l’anglais. J’ai postulé un peu partout. Comme j’étais passionné de bateau. J’ai essayé de combiner l’utile à l’agréable. Je me suis retrouvé dans le centre de recherche sur les bateaux à l’Université d’Auckland. Je suis parti avec mon sac à dos en Nouvelle-Zélande. Le stage n’était pas rémunéré donc j’ai dû trouver un petit boulot. J’ai atterri dans une entreprise qui fabrique des voiles de bateaux". Entre la recherche scientifique et la production, Pilate touche à tous les aspects et pose les premiers jalons de son ascension vers les sommets de la voile.

"De fil en aiguille, je me suis retrouvé à travailler dans le milieu du bateau. Ineos m’a contacté fin 2017. Certaines rencontres font qu’on se retrouve à un endroit. Tous les gens avec qui je travaille, ce sont des gens avec qui je faisais de compétitions quand j’étais ado. J’ai eu une proposition de travailler sur la Coupe de l’America, il n’y a pas beaucoup d’équipes. Quand un projet comme ça se présente, on le fait".

Le petit Belge qui ado a appris à naviguer sous le pont Van Praet dispute maintenant la prestigieuse de la Coupe de l’America. "C’est le plus vieux trophée sportif du monde. C’est que déjà quelque chose. C’est déjà un privilège de pouvoir participer. Et au niveau voile, il n’y a pas plus prestigieux comme événement. Tous les plus grands navigateurs ont essayé de la gagner, peu y sont parvenu. Comme ingénieur, il n’y a pas mieux. C’est le nec plus ultra. Il y a des gros budgets. Cela veut dire aussi qu’il y a beaucoup de pression. Ça a lieu tous les quatre ans, ce qui ajoute un cachet particulier. C’est comme si une équipe de Formule 1 participait à un Grand Prix tous les quatre ans. Pour pouvoir gagner un tel événement, il faut que pas mal de planètes soient alignées".

De l’écran d’ordinateur au verdict de l’eau

Julien, qui a navigué au niveau international étant jeune, occupe un rôle clé dans le pléthorique effectif d’Ineos (105 personnes). Il est ingénieur en méthode numérique, spécialisé en aérodynamisme. "Je m’occupe de la partie simulation du design des voiles. Je calcule l’écoulement de l’air sur les voiles et à l’aide d’algorithmes j’arrive à dégager la forme optimale des voiles".

Le profil de Julien Pilate, son passé sur l’eau, sa connaissance de la voile, sont des atouts. Ils lui permettent de passer de la théorie et la pratique. De comprendre aussi beaucoup plus facilement les retours de l’équipe navigante, voire d’anticiper ses besoins.

Depuis des mois, le Bruxellois a passé des heures devant son ordinateur pour offrir au skipper les armes pour affronter toutes les conditions de vents, les différents types de mer. Et le jour de la régate, il faut choisir la bonne voile en accord avec le skipper. Celle qui permettra d’aller le plus vite. Celle qui permettra de gagner.

Son travail de modélisation fait gagner un temps précieux. Mais il ne fait pas tout. "Avoir le meilleur bateau sur l’ordinateur c’est une chose. Avoir le meilleur bateau sur l’eau, cela en est une autre. Et celui qui gagne la Coupe de l’America, c’est le bateau qui est sur l’eau."

La F1 des mers imaginée dans le bureau vole (grâce aux foils) dans la baie d’Auckland. Le bateau du Team UK atteint les 50 nœuds (90 km/h). Les options sont visiblement les bonnes puisque le Team Ineos a remporté tous ses matches jusqu’à présent. "Ce n’est que le début. Les Italiens ont une très bonne équipe et un très bon bateau. On doit continuer à naviguer comme on l’a fait. Et espérer que les petites modifications que l’on a faites vont porter leurs fruits. C’est un développement continu. Ce sont des bateaux très compliqués. On peut facilement trouver un gain mais aussi facilement créer une perte. On est sur le fil, "on the edge" comme on dit en Anglais. Le chavirage des Américains nous l’a rappelé. Pour terminer premier, il faut d’abord terminer. Il y a une balance à avoir entre la fiabilité et la performance. Les deux sont opposés. En général, quand on veut aller vite, on s’expose à des casses matérielles".

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