Spectacle de haut vol pour un départ canon pour la Route du Rhum

Emmenée par les fabuleux bateaux "volants", la 11e édition de la Route du Rhum a pris son envol dimanche à Saint-Malo avec 123 navigateurs qui devront affronter la dureté de l'Atlantique pour rallier la Guadeloupe. Et peut-être bien en moins de 6 jours pour les Ultime.

La flotte s'est élancée sous un soleil parfois voilé et sur une mer juste comme il fallait pour permettre aux Ultim, cette catégorie très élitiste de maxi-trimarans dont certains peuvent "voler", de partir en trombe.

Il y aura trois Belges au départ : Jonas Gerckens en Class40 et Gérald Bibot et Gilles Buekenhout avec des multicoques.

Les 123 bateaux étaient positionnés sur une même ligne longue de 5 km et tous sont partis au coup de canon, escortés par des centaines d'embarcations diverses, du petit voilier au gros ferry.

Sur terre, ils étaient des milliers de spectateurs au Cap Fréhel, dont certains avaient installé leurs chaises pliantes sur la côte est du cap pour scruter la mer en direction de la pointe du Grouin.

"On vient tout le temps ici, c'est là qu'on voit le mieux les bateaux", explique René, 65 ans, assis sur un rocher de granit rose, qui s'est réveillé à 5h du matin pour venir de Rennes.

"On est fous, hein", lance une femme emmitouflée dans une doudoune bleue, non loin de là.

Les plus fous, ce sont bien les skippers des Ultim, qui sont lancés dans un sprint infernal jusqu'à Pointe-à-Pitre.

A la barre de ces bateaux hors-normes que sont les Ultim, de grands marins: François Gabart (Macif), détenteur du record du tour du monde en solo (42 j 16 h), Sébastien Josse (Edmond de Rothschild) et Armel Le Cléac'h (Banque Populaire IX), vainqueur du dernier Vendée Globe, pour ceux qui pilotent des machines "volantes". Et Thomas Coville (Sodebo Ultim), auteur d'un record du tour du monde en solitaire (49 j 3 h), et Francis Joyon (Idec Sport), détenteur du Trophée Jules (record du tour du monde en équipage, 40 j 23 h) pour des Ultim première génération, donc qui ne volent pas.

"Traverser l'Atlantique sur des Ultim, les plus gros bateaux, c'est ce qu'il y a de pire. De mon point de vue, ce sont eux qui vont affronter le pire. Parce que physiquement c'est colossal. C'est un effort et un stress étonnant. Le seuil de tolérance indispensable pour être efficace sur un Ultim est totalement décalé du reste du commun des mortels", relève Peyron, vainqueur de la dernière édition en 2014 en un temps record de 7 jours et 15 heures (Banque Populaire VII).

La flotte devra se méfier des cargos, des bateaux de pêcheurs, des cailloux qui encombrent leur route et s'adapter aux conditions météo qui s'annoncent très chahutées pour la nuit de dimanche à lundi avec des creux de 4 à 5 mètres.

Parmi les engins qui filent au dessus de l'eau, deux sont tout récents. Mis à l'eau il y a moins d'un an, 'Edmond de Rothschild' et 'Banque Populaire IX ont été conçus dès l'origine pour voler. Et celui skippé par Josse est le plus volant de tous.

Juste derrière pointe Gabart avec un bateau âgé de 3 ans, mais entièrement revisité l'hiver dernier aller encore plus vite en encore plus haut sur l'eau.

Quel que soit le vainqueur, cette transatlantique entrera dans l'histoire comme la première confrontation en course et en solitaire des grands multicoques "volants".

Mais attention aux premières 24 heures, qui sont la plupart du temps décisives, quelle que soit l'embarcation.

"On est en Manche, à chaque Route du Rhum il s'y passe des histoires incroyables, des drames, des chavirages, des abordages, des démâtages, des disparitions malheureusement", rappelle Yann Eliès, en lice sur un monocoque Imoca (Ucar Saint-Michel).

Dès la première édition, Alain Colas avait disparu. Ce fut aussi le cas de Loïc Caradec en 1986. En 2002, sur les 18 multicoques partis, seuls 3 sont arrivés à bon port.

"Dès qu'on passe les Héaux de Bréhat, dans le fond de la baie de Saint-Brieuc, là c'est le combat, c'est parti pour le corps-à-corps violent avec les éléments", poursuit Eliès.

Les conditions vont vite se gâter avec une tempête mardi. De quoi fortement inquiéter les petits bateaux, les Class40, soit la moitié de la flotte (53 monocoques). Certains ont déjà décidé de s'arrêter dans les ports situés en Bretagne nord et sud.

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