Route du Rhum: ces fous admirables

Dimanche passé, alors que les plus rapides ralliaient la Guadeloupe après 7 jours de course seulement, le gros de la flotte se battait toujours avec des conditions dantesques.

" Ca tape, ca secoue, il y a des bruits terribles dehors et dans le bateau ; on dirait qu’il va casser ; c’est lourd, très lourd. C’est la guerre dehors " sont les commentaires de nombreux skippers depuis le départ le 4 novembre.

Entre St Malo et Pointe-à-Pitre, 6500 kms. A vol d’oiseau ! Donc bien plus, en réalité, car il faut naviguer en fonction de la direction des vents mais aussi en fonction des dangers à éviter, dont les 2 grosses dépressions rencontrées . 34 abandons, dont 2 chavirages, déjà ! Il faut faire le gros dos, en espérant sortir des dépressions et accéder au plus vite aux vents Alizés, qui poussent d’Est en Ouest.

En attendant ce moment salutaire, Il y  l’épuisement physique, à sans cesse devoir gérer et changer les voiles. Il y a les casses de toutes sortes, et les réparations, parfois très délicates et dangereuses, à effectuer. Il y  a l’alimentation, rarement gourmande, souvent négligée. Il y a la navigation de nuit, des nuits souvent sans lune sous les nuages bas, navigation périlleuse et angoissante. Il y a le sommeil, tellement perturbé, trop rare. Enfin, il y a la solitude.

" La voile en solitaire, c’est un truc de malade "-" On ne va pas se plaindre, on l’a voulu. Mais on l’a bien eu ! " ajoutent d’autres marins.

Et puis, lorsqu’ Eole et Poseidon font la paix, lorsque la vie redevient normale sur l’ océan, ces hommes et ces femmes d’exception hissent à nouveau leur moral au zénith.

" on ne dit jamais assez aux gens qu’on aime " je vous aime ". Merci les amis d’être présents, je vous aime "

" La routine c’est un pied dans la tombe, alors moi j’mouille mes tongues. J’ai des rèves jusqu’au bout de ma quille, ouvrez vos écoutilles "

" Ahhhh, une douche enfin, la première depuis le départ, délicieux ! "

"Elle est belle la mer, et la Guadeloupe magnifique "

" Go go go, Guada j’arrive "

Les marins prennent le temps de poster des vidéo, messages, poèmes, remerciements, vidéos gag,…. Enthousiasme retrouvé.

Dans cette course de fous-passionnés, les plus lents (peut-être les plus méritants ?) mettront 4 semaines pour couper la ligne à Pointe-à-Pitre. Mais depuis 7 jours déjà, les arrivées se succèdent. Marins admirables, soulagés, éreintés. Certains exultent en sabrant le champagne, d’autres s’effondrent. Comme Vincent Riou, 4è en classe Imoca, véritablement exténué physiquement et moralement. En larmes : " je suis heureux que ce calvaire se termine, ça a été beaucoup trop dur pour moi, et depuis le début d’ailleurs. Mais je ne regrette pas : je n’ai rien lâché, je suis allé jusqu’au bout ".

Autour de lui, émotion, admiration.

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