Message pour Jonas, à Point-à-Pitre

Salut Jonas,

Alors donc ça y est : tu es arrivé à Pointe-à-Pitre ?! Epuisé, meurtri, après trois semaines au lieu de deux espérées, mais radieux, applaudi, fier, ému, presque glorieux, enveloppé dans ce drapeau belge que tu adores et arbores à la première occasion.

L’aventure est finie. Tant mieux pour toi, d’autant qu’elle se termine sur un record : 14è en Classe 40, c’est une place de mieux que Michel Kleinjans en 2014.

Toi, maintenant, tu savoures. Tu l’as tellement mérité ! Un bon rhum, du repos, les très nombreux messages de félicitation et d’affection, les communications téléphoniques avec tes enfants, les échanges avec les membres de ton équipe qui t’ont rejoint, les souvenirs fous que tu ramènes de cette traversée toute aussi folle. Tu savoures.

Et nous, dans tout ça ?! Qu’est-ce qu’on fait, maintenant que c’est fini ? On devient quoi ? On se passionne comment et pour qui ?

Depuis 3 semaines, et ce départ passionnant mais déjà plein d’incertitudes de St Malo, on était sur la brèche. Bien moins que toi, bien sûr, mais tout de même ! Chaque jour, plusieurs fois, on filait sur le site de la RDR voir ton classement. On guettait les communiqués de Delphine, ta manager-porte parole-vidéaste-première admiratrice. On piaffait d’impatience de recevoir des selfies de tes exploits en mer. Et on croisait les doigts, on espérait, on tremblait, on s’inquiétait. Parce que les nouvelles n’étaient pas bonnes. Pas bonnes du tout. Les prévisions météo catastrophiques, la première panne électrique, ton arrêt forcé à Cascais, la chute au classement, les deux grosses dépressions et les dangers qu’elles charriaient. Naviguer dans cette mer hostile, seul, de nuit comme de jour, en ne dormant que rarement, c’est admirable, ou fou ! Tu étais déjà atteint physiquement et puis voilà qu’en vue des Alizés tant espérés, tu casses ton safran bâbord. Ou plutôt : " il casse ", ce salaud ! Comme je te connais, sur le coup tu l’as insulté, avant de lui pardonner puis de promettre à " Oufti ", ton partenaire de traversée, de tout faire pour le réparer et repartir de plus belle. Mais trois jours plus tard, c’est un grain soudain (ils le sont tous, dans la nuit noire) et violent qui déchire ton spi et casse le bout-dehors à l’avant du bateau.

On te pense en perdition, tu t‘accroches. On croit que tu vas enfin nous avouer que tu en as raz les écoutilles, tu postes une vidéo pour dire que la Guadeloupe se rapproche et que ton rêve de gosse se poursuit.

Franchement, Jonas, tu m’as bluffé, ému, enthousiasmé , laissé pantois,  rendu amoureux de la course au large. Pratiquée par les autres, bien sûr !

Souvent, en ayant peur pour toi, tout en t’admirant, je pensais à Thomas De Dorlodot, ton ami parapentiste-aventurier de l’extrême, lorsque qu’il participe à cette titanesque et périlleuse course X-Alps.

Sans trop oser le dire, tu rêvais d’un top 10. Puis, vu les contretemps, une 14è place synonyme de " record belge " devenait l’objectif annoncé. Enfin, sans safran gauche ni grand spi, terminer 15è devenait mission quasi impossible.

Nous, tes suiveurs-fans, le rang nous importait peu. Pour autant que tu termines, héroïque à nos yeux, sain et sauf.

Toi aussi, d’ailleurs, à quelques miles de l’arrivée, tu t’es dit que ce serait plus sage d’assurer, avec ce bateau devenu fragile et difficilement gouvernable, plus sage de ne pas tenter le diable.

" Non, zut ! c’est trop c…, j’essaye, tant pis si ça part en c…. ! ". Tu décides d’envoyer le gennaker, de prendre le risque d’un dérapage en toupille, et de tenter de grappiller les minutes.

Incroyable pari. Réussi, brillamment. 14è en Classe 40, nouvelle marque pour un skipper belge. Le gâteau, c’est ton arrivée, après 3 semaines de souffrances, d’angoisses, de doutes, de larmes aussi, je parie. Cette 14è place, ce n’est qu’une petite cerise, mais elle est symbolique. Et tellement significative de ce que tu es : un vrai champion.

Sur le ponton, enveloppé dans ce drapeau noir-jaune-rouge qui te va si bien, en livrant tes premières impressions aux supporters venus t’accueillir (les premiers humains à qui tu adresses la parole depuis 3 semaines !), tu souris en pleurant, tu pleures en souriant. Mes larmes coulent aussi , devant ta page Facebook.

Je m’endors ému, heureux pour toi, fier aussi de te connaître.

Ce matin, je me réveille avec une impression de vide, de manque, d’absence. L’aventure est finie, tu es arrivé.

 

On se reverra bientôt, Jonas, sur le plateau du Week-end sportif ou au Marché de Noël de Liège.

Mais déjà tellement MERCI.

Pierre

Newsletter sport

Recevez chaque matin l'essentiel de l'info sportive.

OK