Le Cap Horn, un passage de légende, l'Everest de la mer

Yannick Bestaven au Vendée Globe
Yannick Bestaven au Vendée Globe - © LOIC VENANCE - AFP

Le Français Yannick Bestaven a été le premier concurrent du Vendée Globe à franchir le Cap Horn, après cinquante-quatre jours de course. En tête de l’épreuve depuis près de trois semaines, il est maintenant plus que jamais le favori de ce tour du monde à la voile, en solitaire, sans escale, et sans assistance. Lors des huit éditions précédentes du Vendée Globe, sept fois le premier au Cap Horn est arrivé aux Sables-d’Olonne en vainqueur.

Les marins franchissent trois caps, lors de leur périple sportif : le Cap de Bonne Espérance, au sud de l’Afrique ; le Cap Leeuwin, en Australie ; et le Cap Horn. Le Cap Horn est un lieu mythique, mystérieux, terrifiant, envoûtant. Un passage connu depuis des centaines d’années. Il est situé à l’extrême sud de l’Amérique du Sud. Il y a un passage étroit entre le Chili et l’Antarctique, le "Passage de Drake". Les concurrents du Vendée Globe n’ont pas le droit d’aller dans l’Antarctique. Ils n’ont d’ailleurs évidemment aucun intérêt à aller se perdre dans les glaces.

Ils passent donc au plus près de la côte. Ils contournent l’Amérique du Sud en passant devant l’Ile Horn. Ils naviguent d’ouest en est. Ils quittent le Pacifique, pour rejoindre l’Atlantique. Et le Cap Horn, c’est une falaise, sur cette île. Une falaise de plus de quatre cents mètres de haut. Au sommet, il y a un phare, et une petite maison. La maison où vit un militaire chilien, avec sa famille. Il effectue des relevés météo, il prend contact avec les rares marins qui s’aventurent là-bas. Et après un an, il est remplacé par un autre militaire et une autre famille. Pendant l’été, il voit un peu de monde, parce que l’endroit attire des touristes.

Pas ces jours-ci. C’est l’été, dans l’hémisphère sud, mais la tempête fait rage, les conditions sont dantesques. Et de toute façon, en mer, le Cap Horn, surnommé "le cap dur", c’est l’enfer en toutes saisons. Quand Yannick Bestaven l’a passé, il faisait très froid, le vent soufflait à 120 km à l’heure, et les vagues formaient des creux de sept à huit mètres (la hauteur d’un immeuble de quatre étages).

Un cimetière marin

Franchir le Cap Horn, c’est un peu la difficulté ultime, pour un navigateur. C’est comme réussir l’ascension de l’Everest, pour un alpiniste. Et des hommes le font depuis très longtemps. C’est au début des années 1600 que la petite ville de Hoorn, aux Pays-Bas, a donné son nom à l’endroit. Hoorn était un port important, un lieu stratégique pour le commerce des marchandises.

Avant l’ouverture du Canal de Panama, en 1914, passer par le Cap Horn était le seul moyen de transporter des marchandises d’un côté à l’autre du globe. C’était une route commerciale extrêmement dangereuse, mais obligatoire. Des centaines de voiliers ont coulé à cet endroit. Et des milliers de marins reposent au fond de l’eau pour l’éternité.

On peut imaginer que ceux qui effectuent aujourd’hui le tour du monde pour le plaisir, pour le sport, et pour l’aventure, y songent, à ceux qui tentaient de passer par là il y a des siècles. Certains concurrents du Vendée Globe avouent leur peur. Tous, au moment d’affronter les éléments, se disent probablement : "plus jamais". Et puis, de retour sur terre, ces sportifs passionnés n’ont qu’une envie, retourner en enfer.

En passant le Cap Horn, les plus chanceux verront la falaise, un dernier bout de terre avant le retour en Vendée. Yannick Bestaven n’a rien aperçu du tout. La météo ne l’a pas permis. Mais il a certainement ressenti un gros soulagement, comme une libération. Une fois cette étape franchie, "il n’y a plus qu’à" remonter l’Atlantique. Il reste un tiers de course, les hommes et les bateaux sont fatigués, il y aura encore des difficultés. Mais quand on laisse le Cap Horn derrière soi, le plus dur est sans doute fait.

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