"Jean-Mi fait partie du patrimoine du sport wallon et du sport belge"

Notre journaliste Samuël Grulois a suivi pendant de longues années la carrière de Jean-Michel Saive pour la RTBF, aussi bien en radio qu’en télé, notamment à la grande époque de La Villette Charleroi. Alors, aujourd’hui, il a envie de rendre hommage à celui que tout le monde appelle "Jean-Mi" .

"Je me souviens des interminables soirées passées devant la télé, avec ma sœur et mon frère, tous trois supporters de Jean-Mi et de l’équipe nationale belge en Ligue européenne. C’était dans les années 90. Avec le Tour de France, cela fait partie de mes premières vraies grandes émotions sportives.

Et puis, j'ai vibré comme journaliste au début des années 2000 en commentant plusieurs finales de Ligue des Champions de La Villette Charleroi, emmenée par… Jean-Mi.

C’est avec lui que j’ai effectué mes premiers reportages à l’étranger pour la RTBF. En visite dans des clubs aux noms improbables comme Niederösterreich, en Autriche, ou Zugbrücke Grenzau, en Allemagne. Quand on parle de lui, on se perd en qualificatifs: Saive l'inusable, l'inoxydable, l'infatigable, l'increvable!

On pensait que jamais il n'arrêterait. Et pourtant, le jour tant redouté est arrivé: ce 3 décembre 2015, l'un des plus grands sportifs belges se retire.

Et même s’il continuera encore à jouer sur la scène belge avec le Logis Auderghem, la carrière de Jean-Mi est bel et bien terminée.

Saive a toujours été un grand fan d'Eddy Merckx... Difficile de comparer les deux carrières. Mais à sa manière, par sa longévité, par son exemplaire mentalité, par son incroyable charisme, par sa rage de vaincre, Jean-Mi mérite, comme Merckx, sa place parmi les sportifs les plus marquants de l'histoire du sport en Belgique, aussi bien au sud qu'au nord du pays où sa maîtrise du néerlandais lui a permis de se forger une belle notoriété. Une notoriété qui dépasse d'ailleurs largement nos frontières: en Chine, LE pays du ping, il est une véritable star! Soyez certains qu’on fera écho de cette retraite dans les médias chinois !

Jean-Michel Saive a souvent dit qu'il préférait "faire l'année de trop que l'année de trop peu". A-t-il fait l'année de trop? Franchement, je ne pense pas ! Mais c'est clair que le Liégeois éprouvait de plus en plus de difficultés face à la concurrence internationale. Il n'est plus "que", entre guillemets!, 164ème au classement mondial. Parcourir la planète pour être invariablement éliminé au 1er tour a quelque chose, sans doute, de démotivant, à 46 ans.

Imaginez... la première fois qu'on lui a demandé s'il allait prendre sa retraite, c'était... en 1996, après son élimination aux Jeux Olympiques d’Atlanta.
C’est d’ailleurs un collègue de la RTBF, Frédéric Deborsu, qui a lui avait posé la question à l’époque. Jean-Michel Saive m’en a souvent parlé, en ironisant, comme il sait si bien le faire. Il a en tout cas l'intelligence de se retirer avant de devenir pathétique comme l'a été, par exemple, la cycliste Jeannie Longo.

Comme tout le monde, je garderai évidemment en mémoire cet indémodable short remonté. Un peu caricatural sans doute mais si représentatif du personnage. Je garderai aussi dans l’oreille le fameux "Tcho" qu'il criait à chaque point marqué. Et puis, j’entendrai encore longtemps, au loin, dans mon inconscient, les célèbres "Jean-Mi" suivis de trois applaudissements successifs… d’excellents souvenirs.

En le voyant pleurer lors de sa conférence de presse, j’ai compris combien ce serait difficile pour lui de tourner la page. Mais sa passion pour le sport l’empêchera de gamberger, c’est certain. Et puis, ces multiples occupations au COIB, au Ministère des Sports, à l’Association francophone de tennis de table, etc. l’occuperont bientôt à temps plein.

Alors, Jean-Mi, même si c’est peut-être bateau, je voulais te dire… merci ! Merci pour ta passion, merci pour ta disponibilité, merci pour ton savoir-vivre, merci pour ton amour du sport. Tu fais partie du patrimoine du sport wallon et du sport belge. Et je serai fier d’expliquer à mes enfants la chance, car c’en est une, d’avoir pu côtoyer un athlète comme toi."

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