Rétro Phelps: Rio 2016, la Résurrection au pied du Corcovado

Michael Phelps Rio 2016
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Michael Phelps Rio 2016 - © MARTIN BUREAU - AFP

Le plus grand nageur de tous les temps ? Oui !

Le meilleur olympien de tous les temps ? Aussi !

Le plus grand sportif de tous les temps ? Peut-être ? !

26 titres mondiaux, 23 titres olympiques, 36 records du monde, personne ne fera mieux.

De 2000 à 2016, le " Glouton du Michigan " a écrasé la concurrence, déchaîné les passions, épuisé les superlatifs, signé un bilan surréaliste, surnaturel. Michael Phelps, c’était Neptune fait homme, il ne nageait pas sur l’eau, il courait.


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Son adversaire le plus redoutable ? Lui-même. De son propre aveu, la dépression a régulièrement été sa compagne la plus fidèle, l’amenant tantôt au tribunal, tantôt chez le psychiatre.

Pour la RTBF, André Henvaux et moi avons eu le privilège de commenter ces Jeux Olympiques où " The Baltimore bullet " a décroché ses 23 médailles d’or.

Evocation en quatre épisodes.

Rio 2016: la Résurrection au pied du Corcovado

"Durant cette période, j’ai plusieurs fois pensé au suicide. Après mon arrestation, je n’ai jamais été aussi mal de ma vie, je suis resté enfermé dans ma chambre pendant trois à cinq jours, sans manger, en dormant à peine, sans plus avoir envie de vivre".

Après ses adieux à Londres 2012, Phelps l’amphibien est redevenu un humain comme les autres. Ou presque. Décompression post-olympique oblige, le "Kid de Baltimore" passe pas mal de temps en sorties nocturnes, jeux d’argent, alcool. En 2014, il sort de sa retraite et enfile à nouveau son maillot et son bonnet. Mais quelques mois plus tard, il est arrêté pour excès de vitesse et état d’ivresse.

La fédération américaine le suspend six mois et le prive des Mondiaux 2015 à Kazan. Deuxième descente aux enfers, bien plus grave, celle-là. Sa maman (Debbie) et sa compagne (Nicole Johnson) le convainquent de se faire soigner. Cinquante jours en clinique psychiatrique qui changeront sa vie d’homme, et lui permettront, à 31 ans, d’éclabousser de sa classe les Jeux de Rio et de courir sur l’eau une fois de plus. Dans la capitale brésilienne le Christ Rédempteur avec ses bras en croix donnait parfois l’impression d’imiter Phelps.

Le sprint en crawl n’a jamais été sa spécialité. Ce qui ne l’empêche pas d’être une fois de plus repris dans la très talentueuse équipe américaine pour la finale du Relais 4 x 100 Libre. Et de s’y montrer déterminant pour la victoire US.

Les points sur les i de "papillon"

Dans la piscine olympique, chaque apparition de l’Ami public N.1 suscite les mêmes sentiments et les mêmes manifestations d’admiration et de sympathie. André Henveaux, notre consultant, se souvient. "Ce qui m’impressionnait aussi c’est son bonheur à lui, toujours intact, peut-être même plus profond qu’avant. Son sourire sur les podiums, souvent au bord des larmes, ça faisait chaud au cœur. C’est un immense champion, qui est toujours resté simple, et touchant".

Ce qui nous bluffait aussi, en tant que commentateurs, c’est que certains jours, il nageait deux fois le matin, en éliminatoires, et deux fois le soir, en (demi)finale. Le 9 août, par exemple, il enchaîne, et avec succès, la finale du 4 X 200 libre et celle du 200 pap. Là, c’est l’éclatante revanche sur Chad Leclos qui l’avait battu en 2012.

Quatre titres consécutifs sur la même épreuve : record

Le 200 m 4 nages lui apportera sa dernière médaille d’or (olympique) en individuel, la treizième. "Pour moi, ajoute Henveaux, ce qui est remarquable, c’est qu’il est le premier nageur de tous les temps (et probablement le dernier !) à remporter la même épreuve dans quatre JO consécutifs. Ce n’est pas un record banal, d’autant que le "4 nages" est la discipline qui demande d’être le plus complet. Phelps l’était, il était même presque parfait. Ses atouts majeurs ? En dehors de son physique (un très grand tronc par rapport à ses jambes), il y a ses coulées, d’abord. Après le plongeon de départ ou après un virage, il reste sous l’eau, à plus d’un mètre sous la surface, durant 12 à 13 mètres. Il a été le tout premier à expérimenter cette technique, qui lui permet de prendre de l’avance sur ces adversaires. Ensuite, il y a sa souplesse, exceptionnelle. Enfin, son intelligence et sa condition physique lui permettent d’équilibrer ses courses, c'est-à-dire de terminer aussi fort qu’il a commencé, et donc soit de ne pas craquer, soit de revenir sur le premier".

Quand y en n’a plus, y en a encore

Après avoir échoué à la 2e place en finale du 100 pap (battu par Joseph Schooling), le papa de Boomer va décrocher sa 23e victoire olympique (pour un total de 28 podiums) dans le relais 4 X 100 4 nages. Et nous quitter, pour de bon.

Mari, papa, homme. Apaisé

Pour chacune de ses victoires c’est dans les bras de sa maman Debbie et de sa femme Nicole (qu’il a épousée en secret un mois plus tôt) que l’extraterrestre redevient l’homme profondément heureux et apaisé qu’il n’avait jamais été avant 2014. Il avait touché le fond, elles l’ont aidé à refaire surface. "Avant, je ne me considérais que comme un athlète, pas comme un être humain", dira-t-il plus tard.

La Résurrection au pied du Corcovado, tout un symbole.

Rideau (hélas !)

Avec 61 médailles olympiques ou mondiales (dont 49 en or), tant en individuel qu’en équipe, avec 36 records du monde (29 individuels) à son actif, avec ses 8 titres de Nageur mondial de l’année, Michael Phelps est-il le meilleur sportif de tous les temps ?

Peut-être, mais au fond peu importe !

Il a grandi la natation, passionné des centaines de millions de téléspectateurs, attiré des centaines de milliers d’enfants vers les bassins, offerts à des centaines de commentateurs des moments d’extase, et terminé sa carrière en devenant l’homme, le mari, et le père qu’il désespérait d’être un jour.

Bravo et merci M. Phelps.

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