Rétro Phelps : Pékin 2008, la Grande Muraille c'est lui!

Swimming Phelps 2008 Pekin
7 images
Swimming Phelps 2008 Pekin - © DANIEL DAL ZENNARO - BELGAIMAGE

Le plus grand nageur de tous les temps ? Oui !

Le meilleur olympien de tous les temps ? Aussi !

Le plus grand sportif de tous les temps ? Peut-être ? !

26 titres mondiaux, 23 titres olympiques, 36 records du monde, personne ne fera mieux.

De 2000 à 2016, le " Glouton du Michigan " a écrasé la concurrence, déchaîné les passions, épuisé les superlatifs, signé un bilan surréaliste, surnaturel. Michael Phelps, c’était Neptune fait homme, il ne nageait pas sur l’eau, il courait.


►►► À lire aussi : Episode 1 : Athènes 2004, Michael qui ???


Son adversaire le plus redoutable ? Lui-même. De son propre aveu, la dépression a régulièrement été sa compagne la plus fidèle, l’amenant tantôt au tribunal, tantôt chez le psychiatre.

Pour la RTBF, André Henvaux et moi avons eu le privilège de commenter ces Jeux Olympiques où " The Baltimore bullet " a décroché ses 23 médailles d’or.

Evocation en quatre épisodes.

Pékin 2008: entrer dans la légende

"Je voulais être le premier Michael Phelps, pas le Mark Spitz N.2" dira-t-il plus tard.

En déposant son sac dans les vestiaires du "Water Cube" de Pékin, le Kid de Baltimore sait qu’il n’a d’autre choix que de détrôner son illustre compatriote, vainqueur de sept épreuves lors d’une même cession olympique (les Jeux de Munich 72). Pour cela, il lui "suffit" de s’adjuger les 6 épreuves qu’il a remportées quatre ans plus tôt, PLUS les deux qu’il a "perdues ": le 200 libre et le relais 4 X 100.

France-USA: un relais d'anthologie

Après une première "formalité" sur le 400 m 4 Nages (victoire et Record du Monde, toujours d’actualité !), Phelps est bien près de déjà dire adieu à son fabuleux défi. Dans la finale du relais 4 x 100 libre, à l’entame de la dernière longueur, la France (Amaury Levaux, Fabien Gilot, Fred Bousquet, Alain Bernard) possède une longueur d’avance sur les USA. Sur le fil, Jason Lezak coiffe Alain Bernard pour huit centièmes, offrant à son pote Michael une médaille d’or bien compromise.

Alors, Phelps : miraculé ? "Oui et non", rétorque notre consultant de l’époque André Henveaux. "C’est vrai que pour tous les observateurs, les Français avaient course gagnée avant la dernière longueur. Et puis Alain Bernard nage très mal, en offrant à Lezak la vague sur laquelle l’Américain peut glisser. C’est vrai aussi que Lezak fait la course de sa vie. Mais le mérite de Phelps est grand : c’est lui qui est parti premier pour les USA, et il a nagé son 100 m en 47.51 soit le 3e meilleur chrono de tous les temps (derrière Eamon Sullivan et Alain Bernard), ce qui d’abord est ahurissant pour quelqu’un qui n’est pas un pur sprinter, et surtout c’est ce qui a permis au Team US de limiter son retard sur la France avant les derniers 50 m."

200 Libre: la revanche

Le lendemain, il s’attaque à l’autre épreuve qu’il avait perdue en 2004 : le 200 Libre, où il avait été battu par Ian Thorpe et Pieter Van den Hoogenband. Victoire, la 3e, et nouveau Record du Monde. André Henveaux : "Une victoire fondamentale dans son bras de fer avec Spitz. C’est le seul 200 Libre qu’il gagnera aux Jeux, d’ailleurs. Le crawl n’était pas sa spécialité, ce qui ne l’a pas empêché de prendre au total quatre médailles d’or dans les relais 4 X 200 et deux dans les relais 4 X 100".

200 Pap: victorieux, pas heureux

Petite surprise au 200 pap : alors qu’il aligne une 4e victoire et un 4e record du monde en autant de courses, l’Américain parait contrarié à l’arrivée. L’hypothèse de notre consultant sera la bonne : "j’ai l’impression qu’il a eu un problème de lunettes, et de l’eau dans les yeux. Il est quand même incroyable ! ?"

Deuxième miracle: Cavic devait gagner

Au cours de la même soirée, celui qui avait déjà nagé deux fois en début d’après-midi pour les séries éliminatoires, s’adjugera aussi le relais 4 X 200, dans lequel lui et ses copains établiront un nouveau record du monde. La chevauchée fantastique continue vers l’improbable passe de huit.

Après avoir signé (sur 200 m 4 nages) son 6e doublé médaille d’or + record du monde, "The Baltimore Bullet" (la balle de Baltimore) va trébucher, ou presque. Dans une finale du 100 pap homérique, dominée par Milorad Cavic, Sainte Rita (la Patronne des causes désespérées) va changer le cours de l’histoire. Au virage, Phelps n’est que 7e, et malgré une remontée dont il a le secret il arrive après le Serbe. Croit-on ! "Moi aussi j’ai vu Cavic gagner, et pourtant la victoire de Phelps n’est pas un miracle. En fait, à quelques centimètres du bord, Cavic est devant mais il ne fait plus que de glisser, bras tendus, et il touche mollement la plaque électronique d’arrivée. Pendant que Phelps, qui a mieux calculé son cycle de bras, touche avec force. C’est aussi une preuve de sa fraîcheur physique en fin de course et de son intelligence", souligne notre consultant.

Les images au ralenti attestent d’une situation complètement invraisemblable, pour 1/100e de seconde, le meilleur nageur de tous les temps passait à côté de sa 7e pièce dorée.

Plonger dans la Légende

Pour sa dernière course (le relais 4 X 100 4 nages), c’est un Michael Phelps littéralement porté par les 6000 spectateurs du "Cube" qui inscrit son nom à la place de celui de Mark Spitz dans le grand livre des records. Huit médailles d’or sur une cession olympique, tout simplement phelpsoménal ! (Et je reconnais avoir trop souvent utilisé le terme).

Longtemps, la piscine olympique ovationne le Kid, en larmes.

Spitz:"le plus grand de tous les temps"

Dès l’annonce du nouveau record, Mark Spitz s’enthousiasme. "Ce gars est le plus grand nageur, le plus grand olympien, et peut-être aussi le plus grand athlète de tous les temps".

Il lui restait pourtant encore huit années de gloire.

Mais également deux descentes aux enfers.