Les dirigeants du water-polo jettent un pavé dans la piscine: "Où est notre argent ?"

Le petit monde du water-polo n'en peut plus, la colère gronde dans les bassins! Pour bien comprendre le souci, il faut savoir qu'il n'existe pas en Belgique de fédération de water-polo, la discipline étant chapeautée par la fédération de natation, la FRBN (NDLR : Fédération Royale Belge de Natation), dirigée par le décrié et de plus en plus contesté Michel Louwagie, par ailleurs directeur sportif du club de football de La Gantoise.

Sur papier, 80% du budget de la FRBN est consacré à la natation, 20% aux disciplines parallèles, comme le water-polo ou la nage synchronisée. Mais dans la réalité, on semble bien loin de ces chiffres, ce qui irrite logiquement les dirigeants des clubs de polo. Samuël Grulois a rencontré François Droulez, ancien joueur de haut niveau, ancien entraîneur, désormais administrateur du CNT à Tournai, l'un des plus grands clubs du pays. Et il lance un fameux pavé dans la... piscine!

François, expliquez-nous d’abord quelle place occupe le water-polo dans l’organigramme de la FRBN ?

" Les clubs dépendent de la FFBN (NDLR : Fédération Francophone Belge de Natation) ou, du côté flamand, de la VZF (NDLR : Vlaamse Zwemfederatie). Ces deux fédérations sont chapeautées par la Fédération Royale Belge de Natation qui est l’organe décideur pour tout le monde. "

Donc, si je vous comprends bien, il y a en Belgique une fédération de natation au nord du pays, une au sud et une nationale. Mais il n’y a aucune fédération de… water-polo ?

" Non ! Et ça n’existe ni pour le water-polo ni pour les autres sports aquatiques, la nage synchronisée, la nage libre, etc. Tout est dirigé par la même fédé qui, pour le moment, a les pleins pouvoirs. "

Le premier souci, semble-t-il, est un souci lié au manque de reconnaissance…

" Nous nous sentons un peu délaissés. Et c’est le cas pour tous les clubs et toutes les divisions, pas uniquement la Super Ligue. Que ce soit au niveau des jeunes, au niveau de l’encadrement, au niveau des informations, on nous oublier… en ce qui concerne le sportif mais aussi le financier. A tous niveaux, en fait ! "

La FRBN ne voit-elle que par ses champions de natation Timmers, Lecluyse et consorts ?

" Nous, c’est le sentiment qu’on a par rapport à la fédération, faut pas le cacher. On n’a rien contre la natation évidemment mais il ne faut pas oublier que le water-polo et les autres disciplines existent aussi. "

Il y a donc un souci de reconnaissance mais aussi un souci d’argent… l’argent qui est essentiel pour faire tourner une fédération et ses clubs. Et là, c’est nébuleux parce que vous n’êtes pas convaincu que tout le budget alloué au water-polo est bel et bien reversé au monde du water-polo.

" Les clubs paient ! On paie des cotisations, on paie des amendes, on paie des systèmes informatiques mais il n’y a pas de retour direct de la fédération dans l’autre sens. On ne sait pas, là-haut, ce qui est fait avec l’argent du water-polo ! Où va-t-il ? A la natation ? A la nage synchro ? Au water-polo ? On n’en sait rien… "

Vous êtes sur le point d’envoyer à la FRBN un courrier avec les autres clubs de Super Ligue pour justement essayer de comprendre. Quelles seront les questions posées dans cette lettre ?

" Comme questions principales, on abordera évidemment le problème des finances. Et puis, on demandera quel avenir la fédération imagine pour le water-polo et pour ses jeunes joueurs. Si on obtient des réponses à ces interrogations-là, ce sera déjà une belle avancée. "

" Nous n’avons trouvé aucun bilan déposé par la FRBN. Inquiétant… "

Vous avez fait un petit exercice devant moi : chercher sur Internet les bilans comptables de la FRBN, une ASBL qui doit donc déposer ses comptes. Et vous n’avez rien trouvé ! C’est inquiétant ?

" Oui même si je suis plus inquiet pour les dirigeants (NDLR : Les administrateurs d’une ASBL peuvent être tenus civilement responsables de certaines erreurs de gestion) que pour nous ! Je suis, comme d’autres dans le milieu du water-polo, chef d’entreprise. On dépose nos bilans chaque année. Et là, ça nous inquiète de ne rien trouver en effet. "

(Voici la réaction envoyée à notre rédaction par monsieur Wouter Georges, Secrétaire Général de la FRBN : " La Fédération Royale Belge de Natation - enregistrée à la Banque-Carrefour des Entreprises en tant que "petite asbl" – dépose bien annuellement ses bilans comptables au greffe du tribunal du commerce à Bruxelles, conformément aux dispositions légales. Avant que ces comptes annuels soient déposés, ils sont approuvés par l’Assemblée Générale de la FRBN, composée du président fédéral et paritairement des mandataires des deux fédérations régionales VZF & FFBN. Le budget total annuel de l’asbl Fédération Royale Belge de Natation s’élève à peine à max. € 240.000 (toutes disciplines confondues). ")

Avez-vous l’impression que c’est le moment ou jamais de sortir du bois ?

" Je pense qu’il est… temps ! Surtout qu’il y a de nombreuses personnes motivées par le projet. On a vu l’engouement, récemment, après avoir relancé les équipes nationales de jeunes. Laissez-nous travailler en indépendance ou… en collaboration avec vous mais alors que ce soit clair ! "

Dans un passé plus ou moins récent, on a vécu un exemple quasi similaire dans le monde des arts martiaux lorsque le ju-jitsu a quitté la Fédération Francophone Belge de Judo. On sait aussi que le futsal cohabite difficilement avec le foot de prairie au sein de l’Union Belge de Football. C’est donc un phénomène récurrent dans le sport…

" Surtout en Belgique ! On n’entend très peu ce genre de choses dans d’autres pays. Dans les grandes nations du water-polo, comme les pays de l’Est, les fédérations sont souvent déjà séparées. Idem en Italie. Alors, moi je ne dis pas qu’il faut se séparer chez nous mais il faut travailler ! Et là, pour le moment, on ne laisse pas bosser les gens du water-polo, les gens des clubs… Je le répète, on se sent un peu isolé. "

Il n’y a plus d’équipe nationale séniors en Belgique. Mais une tentative de reformation a été initiée ces derniers mois. Un ancien international espagnol, Gabriel Hernandez, avait même fait le déplacement pour entraîner les joueurs. Mais il est déjà reparti, la queue entre les jambes, parce qu’il n’a pas été payé !

" C’est dommage ! On avait là une chance inouïe de bénéficier des connaissances d’un gars hyper compétent. J’ai eu l’occasion de le rencontrer deux-trois fois. Mais bon, il est reparti… j’espère qu’il reviendra ! "

" S’il faut écrire au CIO, on écrira au CIO ! "

Jusqu’où êtes-vous prêts à aller dans vos revendications ?

" Ce qu’il faut d’abord faire, c’est se réunir avec les présidents de tous les clubs, clubs de Super Ligue ou de divisions inférieures. Vous savez, certains clubs ont peut-être peur de se lancer et se demandent justement jusqu’où on peut aller. On ne veut pas tout perdre ! On doit donc avoir cette réunion. Mais si aucune solution n’est rapidement trouvée avec la fédération, le water-polo va rester longtemps encore dans la situation actuelle, chacun fera son petit truc dans son coin, la discipline ne sera jamais médiatisée, les affiliations diminueront… L’amour que certains clubs, dirigeants et joueurs éprouvent pour le water-polo ne faiblira pas, ça c’est sûr mais la discipline sera de moins en moins structurée. "

Vous n’êtes pas encore au point d’aller manifester devant le siège de la FRBN avec des banderoles et de grands panneaux. Mais ça pourrait arriver ?

" Non, on ne le fera pas, on n’est pas des violents. Mais on pourra saisir d’autres instances supérieures si on n’est pas entendu. Le COIB, le CIO… S’il faut écrire au CIO, on écrira au CIO ! "

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