Van Snick espère enfin charmer Paris: "C'est valorisant de me savoir étudiée par mes adversaires!"

C'est l'un des plus beaux trophées de la planète judo. Les petits judokas en rêvent déjà en nouant leur première ceinture blanche. Mais Charline Van Snick ne l'a pas encore gagné. Paris, c'est la Ville lumière mais c'est surtout la ville de Charline puisqu'elle y vit depuis plusieurs années. On dit souvent que nul n'est prophète à domicile... Et en effet, excepté en 2015 lorsqu'elle était montée sur la deuxième marche du podium en -48 kilos, le Grand Chelem parisien ne lui a jamais vraiment souri.

La saison dernière fut une franche réussite pour la Liégeoise d'origine, déjà bien placée dans la course à la qualification olympique, cinquième du ranking mondial. A 18 mois des J.O. de Tokyo, au Japon, le pays du judo, elle veut confirmer sa bonne intégration dans sa nouvelle catégorie, les -52 kilos, où elle semble avoir définitivement trouvé ses marques.

Van Snick aura 30 ans en 2020. Et le plus beau des cadeaux pour elle serait de décrocher l'or aux Jeux Olympiques. Elle l'a dit lors d'un long entretien accordé à Samuël Grulois.

Charline, les J.O. ça reste votre objectif principal, votre obsession ?

"Oui, les Jeux Olympiques c’est évidemment l’objectif qui reste dans un coin de ma tête. Je me bats tous les jours pour aller chercher la médaille d’or aux J.O., pour devenir la meilleure. Ça passe par des objectifs plus rapprochés avec des tournois et des championnats où il faut être à chaque fois la meilleure. C’est ça le plus important."

Les Jeux de 2020 seront-ils mes derniers ? Ce n’est pas une question que je me pose aujourd’hui !

A l’automne dernier, vous avez entrepris une longue marche de 160 kilomètres en solitaire sur l’île de la Réunion. Une manière différente de vous préparer ?

"Non, rien de différent, j’ai toujours fait ça mais c’est vrai qu’ici j’ai un peu plus communiqué sur mon voyage. Pour moi, ces phases de break sont capitales. Je me retrouve seule avec moi-même et avec des besoins assez primaires. Quand on fait un trek, tout ce qu’on a à penser, c’est manger, dormir, trouver de l’eau, fabriquer un abri quand il pleut, avoir un endroit pour dormir avant le coucher du soleil… Ce sont des moments très très intéressants pour déconnecter de tous les stress de la vie quotidienne."

Les Jeux Olympiques de 2020 seront-ils vos… derniers ?

"Ce n’est pas une question que je me pose aujourd’hui. Je continuerai le temps que je prendrai du plaisir et le temps que mon corps me suivra dans mes objectifs."

Et ce corps d’athlète justement, souffre-t-il plus en -52 kilos qu’en -48 kilos ? Ou alors, souffre-t-il différemment ?

"Le corps souffre plus… à 28 ans qu’à 20 ans surtout ! L’âge est plus difficile à gérer que la catégorie. En -48 kilos, il y avait les régimes qui étaient encore plus contraignants et c’était en effet quelque chose de différent. Mais je sens qu’avec l’âge, je récupère moins vite."

Vous n’en avez pas totalement fini avec les régimes… Ils font partie de la vie du judoka même quand il y a un changement de catégorie.

"J’ai changé de catégorie et ce n’est pas pour ça qu’aujourd’hui je n’ai plus de régime. Cela reste très contraignant. Mais c’est moins extrême qu’en -48 kilos malgré tout."

J’ai fait des concessions et la Fédération francophone aussi. Pour le moment, ça fonctionne bien et j’espère que ça va continuer comme ça.

Vous êtes revenue au sein du giron de la Fédération francophone. C’est un choix bien réfléchi ?

"Ça fait partie des gros changements qui étaient nécessaires. Beaucoup de choses ont bougé à la Fédération francophone et dans mon propre chef. Il était devenu logique de reprendre le travail ensemble. Cette situation me convient très bien et je suis contente de cette collaboration."

Avez-vous fait des concessions ? Ou la Fédération ?

"On en a fait tous les deux ! On a trouvé un terrain d’entente. Là, pour le moment, ça fonctionne bien et j’espère que ça va continuer comme ça."

C’est important, j’imagine, quand on est athlète de haut niveau, de ne pas changer de coach ou de structure tous les six mois ?

"Je ne sais pas... Ce n’est pas vraiment la question que je me pose. A certains moments de ma carrière, j’ai besoin de certaines personnes qui vont m’apporter certaines choses. Et à d’autres moments de ma carrière, j’aurai besoin d’autres personnes. Donc, aujourd’hui j’ai besoin de ça. Avec la Fédération, on a une bonne entente, une bonne collaboration et donc… on travaille ensemble !"

Tout en vivant toujours à Paris ?

"Je m’entraîne principalement sur Paris mais je fais énormément d’allers-retours en Belgique pour travailler avec la Fédération."

 

C’est valorisant de se savoir étudiée par mes adversaires oui. Ça m’oblige à être encore plus surprenante.

N’avez-vous pas l’impression que durant vos premiers mois en -52 kilos, vos adversaires vous ont prise de haut ? Et est-ce qu’on vous regarde différemment après deux années passées dans la catégorie ?

"Oui, on me regarde différemment et on se méfie plus de moi ! Au début de mon passage dans la catégorie, c’était plus facile pour moi d’exploiter certaines techniques ou des combinaisons particulières qui me sont propres. Désormais, je commence à être connue et étudiée. Il faut que je me méfie plus et que je devienne plus surprenante encore."

Et paradoxalement, c’est valorisant de se savoir étudiée, non ?

"C’est valorisant oui. Et ce qui est beau dans ce sport et dans ce métier, c’est qu’il faut toujours se surpasser et ne jamais s’arrêter. Quand on s’arrête, on se fait dépasser ! Il faut toujours aller de l’avant, toujours essayer de s’améliorer, toujours essayer de peaufiner les techniques, de surprendre l’autre et de ne jamais rester sur ses acquis. L’objectif c’est de toujours être la meilleure, la numéro 1, d’aller chercher l’or. Les défaites font partie de l’apprentissage mais quand on fait un sans-faute, c’est une grande fierté !"

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