Retro : Robert Van de Walle, des plages d'Ostende à la gloire olympique

"Robert Van de Walle, c’est une volonté ! Une volonté de gagner. Un homme qui a effacé le mot ''perdre'' de son vocabulaire. Quelqu'un d’accrocheur. Quelqu'un qui n’avait peur de rien. Dès qu’il montait sur le tapis, il devenait une bête de combat".

Ces mots sortent de la bouche de Jean-Luc Rougé. Il connait très bien le champion belge. Ancien judoka international et actuel président de la fédération française de judo, le Français a combattu contre Robert Van de Walle lors de JO de Moscou en 1980.


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"On s’est rencontré en quarts de finale du tournoi olympique" raconte Jean-Luc Rougé. "Et je m’étais blessé avant ce combat. Je souffrais d’un début de paralysie du bras. J’ai voulu continuer, mais Robert m’a battu… et après le combat, il m’a présenté au chef de la délégation belge. Un certain… Jacques Rogge, chirurgien orthopédiste de formation qui s’est occupé de moi. C’est là que j’ai rencontré pour la première fois l’homme qui deviendra plus tard président du Comité international olympique".

A l’époque, Robert Van de Walle a 26 ans. Le judoka belge a déjà une olympiade dans les pattes. Une première expérience lors des JO de Montréal. 2 combats et une élimination en seizièmes de finale. Souvenir d’un premier contact avec les Jeux Olympiques. Des Jeux placés sous le signe de l’apprentissage.

 

"De la viande pour les Japonais"

L’apprentissage débute à la côte belge. Première licence à l’Ostend Judo Club. Robert a 10 ans et très vite, le judo prend une place importante dans sa vie. A tel point qu’il se met à trouver des petits boulots pour financer ses voyages au Japon. Le natif d’Ostende est encore junior quand il part seul au pays du Soleil Levant. S’entraîner, se perfectionner, s’endurcir. Ses stages au Japon l’ont profondément marqué.

"Quand des Européens arrivaient sur l’archipel, ils étaient vus comme de la viande par les judokas japonais" se souvient Bernard Tambour (Président du Judo Top Niveau Tournai) qui a côtoyé Robert Van de Walle en équipe nationale. "On souffrait, on en bavait, mais Robert s’est fait respecter au bout de quelques mois à force de travail et de caractère"

Le corps comme outil au service de l’esprit

A l’approche des Jeux de 1980, le Belge entame une préparation spécifique pour le rendez-vous olympique. Un entraînement éreintant concocté par Leo Ten Haaf. 6h par jour, 7 jours sur 7. Avec son mental d’acier et ses qualités athlétiques, Robert Van de Walle est capable de supporter de lourdes charges d’entraînement.

Le Belge devient vice-champion d’Europe et vice-champion du monde en 1979. A chaque fois battu en finale par le Soviétique, Tengiz Khulbuluri. Mais un an plus tard, à Moscou, l’heure de la revanche a sonné.

16 ans après Gaston Roelandts et Patrick Sercu

Le 27 juillet 1980, dans le Palais des Sports de Loujniki, le gamin d’Ostende réalise son rêve olympique. 5 combats, 5 victoires ! Après avoir battu le Hongrois, Szepesti et le Zambien Chizooma, Robert Van de Walle élimine le Français Rougé et le Néerlandais Numan pour s’offrir une place en finale des mi-lourds (-95kg), l’une des catégories les plus relevées. Le Belge retrouve sa bête noire pour un duel au sommet. Un combat face à Khulbuluri. Cela fait un an qu’il analyse son rival dans les moindres détails pour le faire tomber de son piédestal. Et cette fois, le plan fonctionne ! Van de Walle parvient à éviter ses attaques et contre son adversaire. Il marque un waza ari et un koka grâce à un tani-otoshi. A 26 ans, le Belge terrasse le Soviétique devant son public et devient champion olympique.

C’est la première médaille du judo belge aux JO. C’est aussi la seule breloque décrochée par la délégation belge à Moscou. Il offre un titre olympique à la Belgique 16 ans après Gaston Roelandts (Athlétisme - 3000m steeple) et Patrick Sercu (Cyclisme sur piste - km contre-la-montre), tous les deux médaillés d’or à Tokyo en 1964.

Un judoka spartiate entre l’ermite et le sportif

Après les Jeux de Moscou, Robert Van de Walle prend ses distances avec le judo et ouvre une salle de sport à Bruxelles. Il arrête sa carrière pendant un an et demi mais ne résiste pas à l’appel des tatamis. Robert repart au combat… avec toute sa hargne et sa détermination.  " Il partait s’entraîner seul en altitude à Font Romeu" se remémore Jean-Luc Rougé. "C’était un ours en montagne. Il soulevait des troncs d’arbre. Il était parfois entre l’ermite et le sportif. Il était un exemple pour tous".

Robert Van de Walle disputera encore 3 fois les Jeux Olympiques. En 1984 à Los Angeles, le Belge, tenant du titre est éliminé dès le 1er tour. Une cruelle déception dont il se sert pour rebondir et remporter le bronze à Séoul en 1998. Un tournoi durant lequel il écarte dès son 1er combat le Sud-Coréen Hyung-Yoo Ha, champion olympique 4 ans plus tôt. La passion le poussera à combattre à Barcelone en 1992 où il décrochera une 7ème place à 38 ans ! Point final d’une carrière exceptionnelle marquée par 5 participations aux JO, 2 médailles olympiques, 7 médailles mondiales, 17 médailles européennes. Rien que ça ! Au-delà des résultats, Robert Van de Walle est aussi un pionnier du judo belge. L’homme qui a inspiré la génération dorée noire jaune rouge. L’un des 3 Belges qui figure dans le Hall of Fame de la fédération internationale de judo avec Ingrid Berghmans et Gella Vandecaveye.

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