Nickolay Nikiforov: "Quand mon fils Toma aime, il aime fort. Et quand il s'énerve, il s'énerve fort"

Dans les années 90, Nickolay Nikiforov était une véritable terreur sur les tatamis belges. Tous ses adversaires le craignaient. Deux décennies plus tard, c’est son fils qui fait peur. Et pas un peu. Toma Nikiforov, la nouvelle star du judo belge, sportif d’élite de La Défense, que l’on surnomme ‘Kalashnikiforov’, dispute ce dimanche le Tournoi Grand Chelem de Paris dans la catégorie des -100 kilos, une épreuve qui ne lui a jamais vraiment réussi mais dont il rêve depuis son plus jeune âge. Vu ce qu’il a démontré le week-end dernier à l’Open de Visé (cinq combats, cinq victoires dont quatre sur ippon), le Schaerbeekois se rendra dans la Ville Lumière en pleine confiance. D’autant plus qu’il combattra devant sa " maman-poule " Angelina et son papa Nickolay, son ‘tatko’ comme on dit en bulgare.

Ah, la Bulgarie... les Balkans, la mer Noire, Sofia. Quand Nickolay a quitté son pays natal en 1991, ce fut un véritablement déchirement. Mais l’accueil qu’il a reçu à l’époque à Schaerbeek l’a rapidement convaincu qu’il avait fait le bon choix (Il a notamment décroché trois titres de champion de Belgique). Alain De Greef, le patron du Crossing Club local, l’un des plus importants clubs de judo du pays, l’a directement pris sous son aile. Nickolay s’est installé au-dessus du dojo avec Angelina. Puis, Toma est arrivé. Et enfin Dilyan. 

Sous ses faux airs de méchant, Nickolay a un cœur gros comme ça. Sa vie est dictée par quelques mots-clés : respect, tradition, politesse, éducation, travail et… famille. Celle des Nikiforov est incroyablement soudée. On parle beaucoup, on partage, on écoute. Si Toma sort des clous, son père aura tôt fait de le remettre sur le droit chemin. Que son fils soit grand (1 mètre 89), costaud (100 kilos de muscles en compétition, 105 hors-saison), courageux (six opérations déjà !), enthousiaste, souriant, charismatique n’y change rien.

Samuël Grulois a rencontré ‘tatko’ Nickolay pour parler de son aîné Toma. Les " gens de l’Est " n’aiment pas trop se confier, c’est comme ça. Il faut donc profiter de ces quelques confidences. Une interview à cœur ouvert. Les mots sont choisis, bien posés et prononcés avec un accent slave plein de charme.

Nickolay, Toma fait désormais partie du gratin des sportifs belges. Il est connu, reconnu. Comment vit-il cette situation a priori agréable mais qui peut aussi devenir contraignante ?
"Je suis tranquille avec ça. Je suis content que mon fils fasse des résultats. Je vois aussi qu’il est bien dans sa peau. Je ne vais pas dire que c’est une vedette mais quelque part, dans son sport… oui, c’est une vedette. Ce n’est pas toujours très facile. Il doit faire attention à ceci, à cela. Quand on est connu, on est soumis à certaines restrictions mais il le vit bien. C’est un être tout-à-fait normal et tout-à-fait épanoui !"

Votre fils fait régulièrement le buzz sur les tatamis, et c’est très bien, en marquant des ippons et en remportant des médailles, notamment une en argent lors des Mondiaux toutes catégories face à Teddy Riner le 11 novembre dernier. Mais il a aussi fait le buzz aux derniers Championnats de Belgique à Herstal en demandant sa compagne Nica Antonis en mariage. Pour la famille, ce moment-là était… énorme, j’imagine ?
"Un grand moment ! Nous étions tous très émus. C’est vrai que c’est quelque chose qui va rester dans nos mémoires, c’est certain. C’est ça Toma, un showman… il faut lui laisser ! C’était vraiment très touchant."

Toma est un showman, un comique, un mec gentil qui ne se cache pas ! 

Avec vos origines bulgares, vous avez un côté assez carré, assez droit. Êtes-vous attentif à ce que vos fils restent bien dans les rails de l’éducation que vous leur avez donnée ?
"Oui, j’y suis attentif. Toma a 25 ans maintenant mais je peux affirmer qu’il m’écoute toujours. Je suis content quand il nous consulte, sa mère et moi. C’est vrai qu’on est très proche dans la famille, on s’aime beaucoup, on s’écoute beaucoup. Mais finalement les enfants sont grands, ils doivent... marcher avec leurs jambes !"

Quel est le trait de caractère bulgare que Toma a le plus intégré en lui ?
"C’est un bonhomme très généreux. Quand il aime, il aime fort. Quand il s’énerve, il s’énerve fort ! Il exprime ses volontés, son amour, tout… et c’est assez visible. Ce n’est pas un mec qui se cache. On dit parfois qu’en Bulgarie, les gens sont ‘assez visibles’, qu’ils sont colériques quand ils parlent parce qu’on dirait qu’ils se disputent… mais ce n’est pas tout-à-fait vrai. C’est juste une façon d’être. De ce côté-là, oui, Toma est un vrai Bulgare ! Mais il est né en Belgique (NDLR : Le 25 janvier 1993 à Etterbeek) et il en est très content. Il est très fier de combattre sous les couleurs belges."On a bien compris votre rôle. Mais quel est le rôle de sa maman, Angelina ?
"Ouuuuuuuuuh… c’est énorme ! D’abord, c’est la maman, c’est elle qui l’a mis au monde. Ils sont très proches. Elle communique beaucoup avec lui. Pas uniquement en paroles car ils ont vraiment un contact fusionnel. C’est vrai qu’elle n’est jamais assise sur la chaise de coach mais elle a cette faculté de pouvoir lui donner encore plus de force et plus de confiance avec ses pensées. Et lui-même le ressent. Mais il faut avouer que Toma a compris assez tôt qu’il fallait bosser pour réussir. Et je pense que c’est sa plus grande qualité. Pas seulement en compétition mais surtout sur les tatamis à l’entraînement. C’est un énorme bosseur."

Avec sa carrure, avec son sourire surtout, avec sa façon de s’exprimer, il peut devenir un exemple international !

Vous êtes donc assez proches mais n’avez-vous pas l’impression de le perdre un peu maintenant qu’il est une vedette du judo ?
"Non, non, pas du tout ! Pour nous, c’est Toma, c’est notre fils. Avec ou sans médaille, on l’aimera toujours. Depuis quelques temps, il gagne des médailles, tant mieux pour lui parce qu’il fait au quotidien quelque chose qu’il aime. Je ne pense pas qu’on va le perdre, non."

Avez-vous dû lui dire à un moment " Du calme Toma, ne t’emballe pas, ne soit pas prétentieux, fais attention à rester le même " ?
"Non. Vraiment. Il ne s’emballe jamais. Comme je le disais, c’est un showman mais c’est un showman gentil. Et c’est un grand comique. Il ne se prend pas la tête et ne joue jamais à la vedette."

Je vais parler en termes de marketing : votre fiston est un bon " produit " pour le judo belge. Il communique bien, il se vend bien, il est costaud et il fait des résultats. Il a tout pour devenir un porte-drapeau.
"Moi, j’irais même un peu plus loin. Je pense que c’est un sportif qui est.. très bien. Il peut être un exemple en Belgique mais pas seulement. Il peut aussi devenir un exemple international. Avec sa carrure, avec son sourire surtout, avec sa façon de s’exprimer… il a de fameuses qualités. Et bien sûr, il y a ses résultats."

Ce sourire, c’est le sourire de papa ou de maman ?
"Celui de maman, à 100% !"

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