Joachim Bottieau : " Ich liebe dich ! "

Les Championnats de Belgique de judo se dérouleront ce samedi 2 novembre à Deurne. Joachim Bottieau ne défendra pas son titre décroché l’an dernier en -90 kilos. Nous avons…  retrouvé le solide athlète du Judo Club Grand-Hornu, dans le Hainaut. Il n'avait pas vraiment disparu mais il s'était fait plus discret depuis l'annonce inattendue de sa retraite sportive juste avant l'été.

Sa carte de visite renseigne notamment deux médailles de bronze à l'Euro séniors et deux participations aux Jeux Olympiques. Mais à 30 ans, Joachim a donc décidé d'arrêter les frais car il souffre trop des cervicales. Aujourd'hui, la phase d’acceptation est digérée et il se dit soulagé. Entre réalisme, fatalisme, émotion et fierté, voici l’interview de " Jo ".

Joachim, vous n’avez que 30 ans. Nous sommes à moins d’un an des Jeux Olympiques de Tokyo, au Japon, le pays du judo. Et vous êtes contraint d’arrêter votre carrière. Pas évident j’imagine…

" C’était un moment difficile pour moi de prendre cette décision. Les mois de juillet et d’août ont été compliqués parce que j’étais à la fois à l’arrêt au niveau du travail (NDLR : Joachim Bottieau est enseignant dans le secondaire) et à la fois à l’arrêt au niveau du sport. Ça a fait un grand vide tout d’un coup ! Mais depuis septembre et octobre, je prends les choses assez bien. Je repars pour d’autres projets. C’est la vie ! J’ai eu presque dix années de compétitions chez les séniors… Je ne vais pas vous cacher qu’un an avant les Jeux Olympiques, c’est dur mais j’avais tout simplement atteint mes limites. Et à partir de ce moment-là, il ne faut pas avoir de regrets. C’est la vie, je le répète. "

Après avoir été consulté un spécialiste, j’ai compris qu’il n’y avait pas vraiment de traitement efficace pour tenter d’améliorer l’état de mes cervicales. Il valait donc mieux commencer à se préserver sans vouloir tenter le diable avec une nuque assez fragile.

Vous espériez pourtant participer aux J.O. 2020. Si vous avez décidé d’y renoncer, c’est qu’il y a une solide raison médicale ?

" Oui… Je me suis encore préparé pour les European Games au mois de juin mais en ayant des douleurs chroniques au niveau de la nuque. Après avoir été consulté un spécialiste, j’ai compris qu’il n’y avait pas vraiment de traitement efficace pour tenter d’améliorer l’état de mes cervicales. Il valait donc mieux commencer à se préserver sans vouloir tenter le diable avec une nuque assez fragile. Je n’aurais de toute façon pas pu améliorer mon niveau avec ce problème-là. Et puis, comme j’avais mal après chaque entraînement, ce n’était plus agréable de continuer… "

Quand vous entendez ou lisez des interviews de vos ex-collègues judokas en pleine euphorie, qui courent derrière leur qualification olympique, qui chassent leurs points un peu partout sur la planète… ça vous fait quoi ?

" Je dois avouer que c’était assez spécial de regarder les Championnats du Monde (NDLR : Les Mondiaux se déroulaient fin août au Japon) sur l’écran de mon ordinateur. C’était même un peu frustrant. Mais je ressens aussi beaucoup de joie quand je vois les résultats des plus jeunes, notamment Matthias Casse qui est devenu vice-champion du Monde en -81 kilos. D’autres ont fait de belles performances récemment comme Sami Chouchi aussi. C’est clair que c’était frustrant pour moi juste après avoir pris ma retraite sportive mais je pense qu’avec le temps, je serai de plus en plus content de voir mes anciens collègues performer. "

Est-ce que vous vous entraînez encore ?

" Je m’entraîne encore… en mode loisirs ! J’aime toujours combattre avec les plus jeunes et les plus légers. Mais malheureusement, avec les gens de mon gabarit, c’est un peu difficile pour le moment. Mes entraînements sont donc beaucoup plus ‘light’ par rapport à avant mais je tiens à rester sur les tatamis. "

Mon meilleur souvenir, c’est le Grand Prix de Düsseldorf en 2016. C’était peut-être le meilleur tournoi de ma carrière en gagnant presque tous mes combats sur ippon. Ce jour-là, j’avais l’impression de ne plus avoir de limites ! Une sensation incroyable.

Quand un sportif prend sa retraite, qu’importe la discipline, on lui pose souvent deux questions : quel est son meilleur souvenir d’athlète et quel est son pire souvenir ? On vous écoute.

" Mon meilleur souvenir, c’est le Grand Prix de Düsseldorf en 2016. C’était peut-être le meilleur tournoi de ma carrière en gagnant presque tous mes combats sur ippon. Ce jour-là, j’avais l’impression de ne plus avoir de limites ! Une sensation incroyable. En plus, c’était vraiment le niveau mondial donc ça reste un chouette souvenir. Le moins bon ? Je dirais les Jeux Olympiques de Rio, en 2016 également, où je suis battu à contre-courant de ce que j’espérais. J’étais tête de série et j’ai été sorti d’entrée contre un adversaire qui a montré par la suite toute sa valeur. C’est le sport… Voilà donc mon meilleur et mon pire souvenir. "

Est-ce que vous vous sentez mieux, physiquement et mentalement ?

" Physiquement, je vais mieux. Je n’étais vraiment pas bien au mois de juin, la période après les Championnats d’Europe. Mais depuis, j’ai bien récupéré. Et mentalement, ça va, j’ai retrouvé une vie fort active avec mon travail dans l’enseignement, je continue le judo en mode loisirs, je suis des cours d’allemand également… Ma compagne est allemande et je lui avais promis de prendre des cours une fois ma carrière terminée. C’est plus tôt que prévu mais je m’y suis mis ! "

" Ich liebe dich ", vous connaissez ? N’oubliez pas de lui dire…

" Oui, ça je connais et je comprends… Je t’aime ! "

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