Cédric Taymans: "Qui peut garantir qu'on reprendra le judo en septembre?"

Le judo est sans doute LE sport de contact par excellence. Alors que certaines disciplines, comme le tennis ou le golf, profitent déjà d'une reprise partielle de leurs activités, alors que certains sportifs, comme les cyclistes ou les coureurs à pied, n'ont jamais vraiment cessé les entraînements, les judokas, eux, risquent de devoir attendre longtemps, très longtemps, avant de regoûter aux joies du tatami. 

A l'instar de toutes les fédérations sportives de la Fédération Wallonie-Bruxelles, la Fédération Francophone Belge de Judo (FFBJ) a réalisé, en collaboration avec la ministre des Sports Valérie Glatiny, un plan de déconfinement adapté à la discipline. Un plan qui ne fait pas vraiment l’unanimité en interne puisqu’on a appris cette semaine la démission du directeur technique de la Fédération Bernard Tambour, en désaccord, semble-t-il, avec les options privilégiées pour l’instant.

Trois phases sont programmées : le " judo solo online " (entraînements via des supports vidéos), le " judo solo indoor " (le judo sur tatami mais sans contact) et… le " vrai judo ".

Samuël Grulois a tenté d'en savoir un peu plus en contactant le directeur sportif de la FFBJ, l’ancien vice-champion du Monde Cédric Taymans.

Cédric, pas évident d’imaginer une reprise concrète des activités sur la planète judo…

" Ce n’est pas facile pour le judo en ce moment. On a donc imaginé un plan avec l’aide des clubs et les responsables de la fédération pour aller à l’essentiel. "

Comment peut-on imaginer faire du judo sans contact ? En fait, c’est… inimaginable.

" C’est vrai. Mais on a la chance de pratiquer un sport très complet. La fédération met en place différentes stratégies. On peut faire du judo seul (NDLR : le Tendoku-renshiu, répétition de mouvements en solitaire), on peut aussi imaginer pour les plus jeunes enfants de la psychomotricité avec des ateliers en adéquation avec le judo. "

Mon staff a dû faire preuve d’inventivité. La pratique du judo " pur " nous est interdite. Mais on fait de la musculation en gardant la distanciation sociale, on invente des circuits training, on travaille les techniques avec des mannequins…

Depuis le début du confinement, vous continuez à entraîner spécifiquement, à Louvain-la-Neuve, les athlètes olympiques. Quels types d’exercices leur proposez-vous ?

" Aujourd’hui, nous sommes très limités. Mon staff a dû faire preuve d’inventivité. La pratique du judo " pur " nous est interdite. Mais on fait de la musculation en gardant la distanciation sociale, on invente des circuits training, on travaille les techniques avec des mannequins… Et donc, je pense qu’avec un peu d’imagination, il y a moyen et il y aura moyen de faire des séances de judo. "

Certains coaches de votre staff ont également donné, pour les jeunes athlètes élites confinées à domicile, des entraînements physiques via les réseaux sociaux. C’est mieux que rien…

" Oui et je pense que cette période difficile pourrait aider à souder un peu plus la fédération et les clubs qui ont innové ensemble avec, notamment, ces entraînements sur les réseaux sociaux. L’initiative a plus à nos affiliés. "

Préparation physique, entraînement technique en solitaire, coaching via les réseaux sociaux… ça va compenser un moment mais ça ne pourra pas durer trop longtemps, sous peine de décourager les pratiquants…

" Oui, tout à fait. Mais tous les adeptes du judo connaissent son code moral. Nous espérons donc, avec l’aide de tout le monde, des clubs et de la fédération, pouvoir garder nos membres… "

Très sérieusement, quand imaginez-vous la réouverture des clubs de judo ? Avant l’été ? En septembre ? En 2021 ?

" C’est une très bonne question. Si j’avais la réponse, je serais un très grand magicien. Aujourd’hui, on doit tous s’adapter à la situation. On ne peut pas encore imaginer de date pour une reprise. "

Je ne suis pas un vendeur de tapis ! Je n’ai aucune réponse. Je veux bien emprunter la boule de cristal de celui qui peut garantir qu’on reprendra le judo en septembre ! Notre fédération ne va pas mentir à ses membres.

Sur l’échelle des priorités du déconfinement sportif, sans noircir le tableau, le judo, parce que c’est un sport de contact, risque de ne pas être une priorité !

" A mon avis, le judo ne sera pas tout en haut de l’échelle. Mais, en comparaison avec d’autres pays, je pense que le plan de déconfinement du judo tiendra la route. C’est maintenant à la FFBJ de se faire entendre. Je ne suis pas pessimiste. Tout peut aller très vite, dans un sens comme dans l’autre. Regardez la réouverture des magasins… finalement, ça été assez vite ! Les dirigeants de la fédération et moi-même, en tant qu’ancien sportif de haut niveau, ne pouvons pas sombrer dans le pessimisme. Sinon, on n’avance plus et ce n’est pas bon. Moi, je ne suis pas un vendeur de tapis ! Je n’ai aucune réponse. Je veux bien emprunter la boule de cristal de celui qui peut garantir qu’on reprendra le judo en septembre ! Notre fédération ne va pas mentir à ses membres. Nous allons avancer step by step, avec les éléments en notre possession. "

Comment vos judokas de haut niveau vivent-ils la situation ?

" Par définition, un athlète de haut niveau avance en se mettant des challenges et il ne va pas se laisser abattre dès le premier obstacle. Cette crise est mondiale mais nos élites olympiques peuvent quand même continuer à s’entraîner, tous les jours, même si ce ne sont pas des entraînements 100% judo. C’est déjà mieux que rien. Il ne faut pas oublier que leur pratique sportive, c’est leur travail ! Mais on ne va pas tirer des plans sur la comète. On leur répète souvent qu’ils doivent rentabiliser cette période pour faire, par exemple, de l’analyse vidéo, des répétitions de mouvements seuls, de la musculation… C’est l’occasion aussi de bosser sur leurs lacunes et d’arrêter de le remettre au lendemain. C’est un privilège de pouvoir encore s’entraîner. C’est plus compliqué pour nos jeunes membres mais on peut compter sur nos clubs. Tout le monde ne reste pas sans rien faire. Il y a de très belles initiatives. Reste à notre fédération à les coordonner au maximum. "

Êtes-vous optimiste concernant la bonne tenue des Jeux Olympiques de Tokyo en 2021 ?

" C’est dans mon caractère : si on me dit que ce n’est pas fini, j’y crois jusqu’au bout. Il faut faire confiance aux gens. Les responsables, avec tous les éléments en main, décideront si oui ou non les J.O. peuvent être organisés. Ils feront le meilleur choix eu égard à la situation. "

Avec cette crise sanitaire, la pratique de tous les sports en général, et des sports de contact comme le judo en particulier, va évoluer. Les normes d’hygiène seront sans doute plus strictes.

" Évidemment. Le maître-mot dans cette crise, c’est… s’adapter. En essayant de limiter les dommages collatéraux. "

Concernant la démission de notre directeur technique Bernard Tambour, je ne suis pas le bon client pour répondre. J’imagine qu’il a eu des discussions avec les hauts responsables de la fédération qui l’ont amené à faire certains choix.

C’est l’information de la semaine dans le petit monde du judo francophone : le directeur technique de la FFBJ Bernard Tambour, en place depuis un peu plus d’un an, a remis sa démission, sur fond, semble-t-il, de désaccord lié au plan de déconfinement. Vous confirmez ?

" Euh… Peut-être en savez-vous plus que moi, peut-être que des infos sont parues dans les journaux ou sur les réseaux sociaux… Concernant cette polémique, je ne suis pas le bon client pour répondre. J’imagine que Bernard a eu des discussions, des réunions, avec les hauts responsables de la fédération (NDLR : Le président Michel Bertrand et le Secrétaire général Jean Grétry) qui l’ont amené à faire certains choix. "

En tout cas, ce n’est pas le meilleur moment pour se chamailler…

" Moi, je voudrais être dans le positif. Nous vivons une crise sanitaire mondiale qui ne doit pas nous diviser mais plutôt nous rassembler. Au nom de la Fédération Francophone de Judo et de ses clubs, je veux faire passer un message : soyons solidaires ! "

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