Cédric Taymans : " Le public des Championnats de Belgique aime bien voir les favoris tomber… "

On dispute ce samedi à la Sporthal Arena de Deurne, près d’Anvers, les Championnats de Belgique de judo séniors. En 2018, excepté les blessés, tous les cadors de la discipline étaient de la partie. Un an plus tard, ils seront tous… absents ! La course à la qualification olympique est lancée et comme un championnat national ne rapporte aucun point, les judokas privilégient à juste titre les tournois… qui en rapportent (des points).

On ne verra donc pas sur les tatamis anversois Matthias Casse, Sami Chouchi, Dirk Van Tichelt, Jorre Verstraeten, Charline Van Snick, Anne-Sophie Jura, Sophie Berger, Roxane Taeymans… pour ne citer que les noms principaux. On ne verra pas non plus, par la force des choses, Toma Nikiforov, opéré à l’épaule ce jeudi, ni Joachim Bottieau, retraité des tatamis depuis peu.

Les absents ayant toujours tort, l’occasion sera belle pour quelques jeunes aux dents longues de s’illustrer et de décrocher un titre national séniors qui leur offrirait un peu de visibilité auprès du grand public et des médias. On pense, par exemple, au phénomène visétois Alessia Corrao (-63 kilos), championne d’Europe et troisième des Championnats du Monde espoirs 2019, ou encore à l’autre phénomène féminin wallon, la Tournaisienne Loïs Petit (-48 kilos), championne d’Europe U21 il y a un peu plus d’un an. Côté masculin, un autre jeune Visétois, Malik Umayev (-73 kilos) sera à surveiller de près.

Alors, Championnats de Belgique dévalués ou pas ? Samuël Grulois en a parlé avec le Directeur sportif de la Fédération Francophone Belge de Judo (F.F.B.J.), Cédric Taymans.

Cédric, vous avez évidemment été sacré plusieurs fois champion de Belgique durant votre carrière. Ça représente quoi un titre national quand on a l’habitude des podiums européens et mondiaux ?

" Pour la vie d’un sportif de haut niveau, d’un judoka, c’est vraiment hyper important d’être champion de Belgique, de travailler devant son public et de démontrer qu’on est bien le numéro 1 dans le pays. Mais c’est vrai que moi, je n’aimais pas la pression inhérente à un championnat national. En tant que favori, j’avais tout à perdre, rien à gagner. Le public aime bien voir les favoris tomber… Mais je crois que le judoka doit être capable de gérer cette pression et de faire plaisir à son public parce qu’on a besoin du public. "

Je me souviens de ma seule défaite en finale d’un Championnat de Belgique. Contre Sven Boonen. Le pire jour de ma vie ! Les minutes qui ont suivi ma défaite ont été très longues…

Avez-vous des souvenirs marquants d’un Championnat de Belgique où vous avez senti le public… contre vous ?

" Oh oui, le pire jour de ma vie ! C’était de bonne guerre… Ce jour-là, je me suis incliné en finale contre Sven Boonen, un très bon judoka. D’ailleurs, nous étions tous les deux de très bons judokas. C’est la seule fois où je perds un Championnat de Belgique ! Les minutes qui ont suivi ma défaite ont été très longues… Bon, on ne peut pas comparer le niveau international avec un titre de champion de Belgique. Mais c’est vrai que c’est très important pour le public belge. C’est sur ce genre de compétitions qu’on peut se faire connaître. "

Avec votre regard de Directeur sportif de la Fédération francophone, vous assisterez aux combats ce samedi avec quels objectifs ?

" Je regarde, j’analyse le comportement des judokas. Mais avec mon équipe, on tente de ne pas leur mettre trop de pression. J’y suis passé avant eux et je sais qu’un Championnat de Belgique génère beaucoup de pression. On essaie donc de " banaliser " l’évènement pour qu’ils soient eux-mêmes dans leur manière de combattre. Ils ne doivent pas monter sur le tatami avec une chape de plomb sur la tête. Ils doivent être en pleine possession de leurs moyens. "

On a toujours senti lors du National une réelle opposition entre judokas et spectateurs francophones et néerlandophones. Il y a d’ailleurs chaque année, avant les Championnats de Belgique, un Championnat de Flandre et un autre de Wallonie-Bruxelles. Est-ce que ça se ressent encore aujourd’hui ? Est-ce que les responsables que vous êtes font des statistiques sur le nombre de médailles en fin de journée ?

" Oui et non… Entre fédérations francophone et néerlandophone, ça ne sert plus à rien de faire de telles comparaisons parce qu’on sait très bien qu’il y a une grosse différence entre le niveau belge et le niveau international. Cette année par exemple, les élites ne seront pas là… vous savez des statistiques, on peut les bidouiller comme on veut ! On peut se croire super forts parce qu’on a un paquet de médailles et en même temps imaginer que les néerlandophones sont moins forts parce qu’ils ont moins de médailles… mais ça ne reflète jamais la réalité du terrain. Il faut donc garder une bonne dynamique lors des Championnats de Belgique mais ça ne doit pas devenir le point d’orgue de la saison pour un Directeur sportif ! "

Nos judokas élites en pleine course aux Jeux Olympiques seront absents. Dans une saison aussi chargée avec des régimes compliqués pour certains, on ne peut pas leur demander de faire de nouveau le poids juste pour une journée.

Vous le disiez, il y aura beaucoup d’absents pour cette édition 2019 parce qu’ils participent à d’autres compétition à l’étranger. Dommage ce calendrier…

" On s’était bien harmonisé l’an passé. On voulait, du côté francophone et du côté néerlandophone, que toutes les élites soient présentes. Mais cette année-ci, c’est plus particulier oui. En même temps que les Championnats de Belgique se disputent les Championnats d’Europe U23. Les judokas sélectionnés ne peuvent malheureusement pas encore se dédoubler ! Et puis, il y a nos élites en pleine course aux Jeux Olympiques. Ils reviennent tout juste du Grand Chelem d’Abu Dhabi. Dans une saison aussi chargée avec des régimes compliqués pour certains, on ne peut pas leur demander de faire de nouveau le poids juste pour une journée. On connaît l’importance des points pour la qualification pour les J.O. Hors, le National ne rapporte aucun point. Il faut donc planifier leurs agendas de tournois au plus juste. "

Avec tout le respect que l’on a évidemment pour les judokas présents ce samedi, peut-on parler de Championnats de Belgique " au rabais " ?

" J’ai en effet beaucoup de respect pour les judokas qui seront là oui ! Ce ne sera pas un National au rabais, non. Je pense qu’on va voir d’autres talents, des gens qui ne viseront peut-être jamais les Championnats du Monde mais qui ont compris l’importance d’un titre de champion de Belgique. C’est très honorifique. Certes, les stars que le grand public connaît ne seront pas là mais il y aura sur les tapis des judokas qui vont se révéler et qui, pourquoi pas, feront une belle carrière par après. Par exemple, chez les jeunes qui combattront à Anvers, il y a une fille qui s’appelle Alessia Corrao, qui vient de terminer troisième aux Championnats du Monde espoirs -63 kilos. Elle dispute sa dernière saison chez les U18. Imaginez qu’elle aille remporter un premier titre de Championne de Belgique chez les adultes, ce serait très bien pour sa carrière ! "

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