Pro League, un hockey mondial à deux visages

Pro League, un hockey mondial à deux visages
Pro League, un hockey mondial à deux visages - © SEBASTIEN TECHY - BELGA

Les Red Lions disputent en ce moment la Pro-League, nouveau rendez-vous venu remplacer d'autres formules de compétitions secondaires (World-League et Champions Trophy) jugées dépassées. Cette nouvelle mouture, étalée entre janvier et juin chaque année, regroupe les 8 meilleurs nations mondiales en match aller-retour.

Le but ? Mieux vendre le "produit hockey", entre autres aux télévisions, avec des rencontres de qualité, bien filmées, et devant des stades pleins à domicile. Une logique de visibilité qui s’est aussi retranscrite dans les règles du jeu, qui ont été considérablement simplifiées, depuis une bonne dizaine d’années, afin de rendre le hockey plus lisible pour les non-initiés.

Une volonté de la fédération internationale (FIH) qui ne fait pas que des heureux, en particulier en Europe. Bien que l’absence des Red Lions plusieurs fois par an ne soit pas une réelle nouveauté, les championnats nationaux se voient à nouveau chambouler par de nouvelles dates prises par les équipes nationales.

Une réalité qui met en lumière un hockey mondial à deux visages.

"Il faut se rendre compte que l’Europe est le seul continent à posséder des championnats de qualité. Dans le reste du monde, où les championnats sont plus faibles, les équipes nationales ont la priorité et sont en demande de plus de rencontres de haut niveau. On se bat, ensemble avec les Pays-Bas, l’Allemagne et d’autre pays européens, pour que la FIH se rende compte que nos championnats sont importants. Au départ, dans la première mouture de la Pro-League, les championnats étaient pratiquement annihilés. On a donc réussi à se faire comprendre. Mais nous ne sommes pas seuls. On ne peut pas tenir compte que des championnats européens."

Mais, malgré les efforts de la fédération belge, le championnat belge a dû être modifié, ne s’étalant plus que sur 4 mois. Une nouvelle formule qui a été validée en accord avec les clubs, réunis au sein de la Top Hockey League (THL).

"Nous sommes une association qui regroupe les clubs de division d’Honneur", explique son président, Fabrice Rogge, également président du club Gantoise. "A la base, il y a 3 ans, notre but était de nous réunir pour partager nos expériences car nos problèmes étaient souvent les mêmes. Mais nous gérons aussi les droits télés de nos rencontres. Et, bien sûr, l’annonce de la création de cette Pro-League nous a aussi incité à faire front. Nous devons garantir l’attractivité de nos championnats."

Une THL qui défend donc ses intérêts, eux qui ont la plupart des Red Lions sous contrat, mais qui se doit évidemment de rester pondérée, consciente de l’importance des équipes nationales.

"Quand les équipes nationales tournent bien, c’est évidemment la meilleure des publicités pour notre sport", se réjouit Fabrice Rogge. "On le sent dans nos clubs, avec un nombre de membres qui est en perpétuelle augmentation. C’est évidemment à mettre au crédit de la fédération ! Mais aussi des clubs ! Leurs écoles de jeunes ont formé ces Red Lions. Il y a donc un équilibre à trouver. Le championnat est vital pour nous. Une rencontre de Division d’Honneur amène des spectateurs, des sponsors. Il faut donc faire très attention, dans l’enthousiasme justifié autour des Red Lions, de ne pas oublier la base. Si la qualité et l’attractivité de notre championnat baisse, les budgets baisseront également. Et il y aura fatalement moins de moyens pour former les jeunes. On pourrait donc en payer le prix fort, dans 10-15 ans, en se retrouvant avec une équipe nationale moins performante."      

Une sonnette d'alarme qui semble avoir été entendue par la fédération internationale. Dans les semaines à venir, entre autres durant l’Euro que la Belgique organisera en août prochain, elle a annoncé des rencontres avec les fédérations réticentes.

"Et ce ne sont pas des paroles en l’air. Des réunions sont déjà prévues", explique Marc Coudron. "Clairement, cela va dans le bon sens. Le CEO de la FIH a demandé à nous rencontrer, les Pays-Bas et la Belgique en particuliers, pour comprendre notre problématique et y apporter des solutions dès la saison prochaine. C’est donc très positif même si on reste très vigilants."

Reste que l'on peut s'étonner de cette prise de renseignements auprès de pays aussi important dans le hockey mondial que l'Allemagne, les Pays-Bas ou, aujourd'hui, la Belgique.

"Il faut regarder plus haut. Les personnes qui dirigent la FIH sont-elles issues de ces pays ?", s’interroge Fabrice Rogge. "Sommes-nous assez représentés dans ces instances pour protéger notre modèle ? Probablement pas. Dans le cas contraire, on n’en serait sans doute pas là. Le CEO ne devrait en tout cas pas venir voir ce qui se passe chez nous. Mais cette initiative reste évidemment très positive et une bonne opportunité pour expliquer nos problèmes."

Une réflexion qui fait évidemment référence au président de la fédération internationale, l’Indien Narinder Batra (issu d’un pays qui n'a pas de championnat fort) et au CEO, le français Thierry Weil. Un homme à l’expérience indéniable et précieuse (entre autres comme responsable à la FIFA et auprès de l’équipementier Adidas) mais qui doit encore se familiariser avec le monde du hockey.

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