Les vérités d'Anouk Raes sur la crise du hockey féminin belge

Les vérités d’Anouk Raes sur la crise du hockey féminin belge
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Anouk Raes compte pas loin de 280 sélections en équipe nationale. Elle en a été la capitaine pendant de longues années avant de quitter les Red Panthers en juillet en désaccord total avec le coach Niels Thijssen. Avant elle, Louise Cavenaille, une autre taulière avait déjà quitté l’équipe. Et après elle, Jill Boon et Emilie Sinia ont été évincées sur le seul critère de l’âge. Anouk Raes estime que les deux derniers échecs des Panthers (Euro raté et non-qualification pour les JO de Tokyo) attestent d’un malaise beaucoup plus profond.

Anouk Raes, quel est votre avis sur l’évolution du hockey féminin ?

"Nous sommes dans une situation de crise. On ne prend pas les bonnes décisions. Il n’était pas très malin d’éjecter les plus anciennes. Les meilleures nations de hockey dans le monde font tout l’inverse. Elles rappellent les joueuses d’expérience pour encadrer les jeunes. La Nouvelle-Zélande, l’Australie, les pays asiatiques, l’Angleterre… Penser à présent à Paris 2024 alors que nous ne sommes pas encore qualifiés, c’est limite prétentieux. Miser dès à présent sur les jeunes, c’est aller trop vite… Même si elles sont talentueuses. Jill Boon et Emilie Sinia n’étaient pas de trop dans ce groupe."

Vous craignez surtout que les Panthers perdent en leadership ?

"Oui. Il faut de l’expérience même si certaines jeunes prennent le lead. Mais elles sont peu nombreuses. Dans l’absolu, peu de joueuses prennent le lead dans cette équipe. En écartant Emilie et Jill, ils veulent pousser les jeunes à s’imposer davantage dans le leadership. Le faire comme ça n’est pas naturel. Je suis partie, Louise Cavenaille aussi. Puis Jill et Emilie… Nous avons mis notre vie de côté pour l’équipe nationale. Le faire comme ça c’est insensé et irrespectueux."

Se pose aussi la question de l’entraîneur. Niels Thijssen est-il toujours l’homme de la situation ?

"Tout n’est pas mauvais chez lui. Mais j’ai perdu beaucoup de confiance en lui. Depuis deux ans, il n’a plus le contrôle, le management de l’équipe. Il était excellent comme T2. J’ai l’impression que c’est là qu’il serait le plus utile. Il impose ses vues alors qu’avant il était davantage dans la collaboration, l’ouverture… Les filles n’ont plus rien à dire. Il s’est éloigné du groupe. Contre la Chine, je n’ai pas vu un groupe soudé avec le staff. Est-il l’homme de la situation ? Je ne le pense pas… C’est une chouette personne. Mais Niels me donne l’impression de s’être perdu en tant que coach. Je pense que certaines filles se sont éloignées du staff. J’ai l’impression que quand on signe un bon résultat, c’est grâce au staff. Quand on foire c’est de la faute des joueuses. Et puis tactiquement, lors du double match contre la Chine, il n’a pas pu modifier la donne quand les Chinoises ont joué leur va-tout. Je ne vise pas l’homme. J’ai eu des divergences d’opinion avec Pascal Kina (ancien T1 des Panthers) dans le passé. Mais je peux reconnaître qu’il est le meilleur coach que j’ai jamais eu."

Les Panthers souffrent aussi de la comparaison avec les Lions… Pas toujours évident, j’imagine ?

"C’est juste. Physiquement ce n’est pas le même sport. Les Panthers passent autant d’heures sur le terrain que les hommes pour au final être moins payées… On n’est pas payées pareil car on ne fait pas les mêmes résultats… C’est un jeu malsain. Et donc la comparaison n’a aucun sens. Il faudrait voir physiquement ce qu’il faut faire car je le répète, ce n’est pas le même sport. Les joueuses de l’équipe nationale sont quasiment à mi-temps pour l’équipe nationale. Mais c’est un mi-temps énorme qui demande beaucoup. La fatigue s’accumule. Et les filles manquent de fraîcheur quand elles entrent dans un grand tournoi. Voilà pourquoi elles doivent se créer leur propre histoire."

Marc Coudron est le président de la fédération. Il a souhaité réagir à cette sortie sans langue de bois de l’ancienne capitaine des Red Panthers.

Sur Niels Thijssen tout d’abord.

"Je peux tout entendre. Pas de souci. Par rapport à Niels Thijssen, n’oublions pas que la Coupe d’Europe 2017 (les Panthers sont allées en finale), c’est le moment fort du hockey féminin ces dix dernières années. La Pro League a aussi été très bonne. Il y a eu des déceptions c’est sûr. Mais à l’analyse, on s’est dit qu’on pouvait continuer avec lui. J’ai entendu les reproches tactiques par rapport à la fin de match en Chine. Niels n’avait pas demandé aux filles de reculer à ce point. J’aurais aimé voir certaines filles prendre certaines responsabilités tactiques aussi. On a tous raté cette qualification. Pas le staff seul, pas les filles seules. Tout le monde. Et moi aussi j’ai certainement raté quelque chose."

Sur la comparaison filles garçons

"On peut certainement être aussi ambitieux avec les filles qu’avec les garçons. Je sais que ce n’est pas le même sport. Physiquement c’est très différent. Mais on doit garder la même exigence. On ne va pas leur demander d’avoir la puissance de Simon Gougnard… Mais on garde l’ambition que les filles deviennent l’une des meilleures nations du monde dans les prochaines années. En ce qui concerne les salaires, il est possible qu’en club, les garçons soient mieux payés. Mais en équipe nationale, les statuts sont identiques. La seule différence, c’est le classement mondial et le nombre de sélections… Les garçons comptent plus de sélections et sont champions d’Europe et champions du monde… Si les filles performent de la sorte demain, elles gagneront autant que les messieurs. C’est simple."

Sur l’éviction de Jill Boon et Emilie Sinia

"Je trouve cela assez normal. Il y a un temps pour tout. C’est assez logique quand on est en fin de cycle. J’ai un énorme respect pour toutes les filles qui ont quitté l’aventure, Louise, Anouk, Jill et Emilie. Elles ont porté le hockey féminin là où il est. Mais quand on a 32, 33 ou 34 ans on n’est pas l’avenir. C’est le sport de haut niveau. Si ces filles avaient le niveau de Messi ou Ronaldo alors oui. Elles sont encore très bonnes, mais les jeunes arrivent. C’est la dure loi du sport de haut niveau. Il n’y a pas de place pour les sentiments."

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