Jill Boon et Linda Haussener, l'amour du hockey, l'amour tout court

Elles sont équipières au Racing et en couple à la vie. Jill Boon et Linda Haussener ont accepté l’entretien après une brève hésitation. L’idée c’est de parler d'elles, de hockey, de la gestion des émotions sportives qu’elles vivent immanquablement de manière particulière. Parler aussi de tolérance dans un milieu qui s’ouvre un peu. Mais selon elle pas assez. Parler de l’homosexualité dans le sport. Autour d’un café. Avec le sourire. Et sans tabou.

Vous vous êtes rencontrées comment ?

Jill Boon : "Linda est Suissesse. Elle est venue jouer au Wellington. Et c’est là qu’on s’est connues. Il y a 8 ans. Et voilà… "

Linda Haussener : "On peut parler d’un coup de foudre oui…"

Est-ce facile pour vous de gérer les émotions liées à une défaite par exemple ? Quand vous rentrez le soir chez vous ?

JB : "On arrive à faire la part des choses. Sur le terrain, je vois Linda comme une équipière à part entière."

LH : "Nous avons une approche assez professionnelle. Le terrain reste le terrain. Mais c’est chouette de partager notre relation sur le terrain et en dehors de celui-ci."

Linda, vous étiez la capitaine de Jill lors de la saison en salle. C’était facile de lui donner des consignes ? Elle a un gros caractère…  

LH : "Jill n’est pas la seule à avoir un gros caractère. Moi, Anouk Raes etc. Ça fait juste partie de notre sport de savoir gérer nos émotions et les situations. Même quand les caractères sont forts. Les caractères forts sont importants pour générer les victoires."

Jill, le retour à la maison est-il parfois compliqué quand il faut gérer les tensions d’un match ?

JB : "Oui, c’est pour cela qu’on essaye de gagner au maximum… (rires). Plus sérieusement, c’est agréable de parler avec quelqu’un qui vous comprend parfaitement. Et de partager ces émotions justement. C’est plus une discussion. Et parfois on n’est pas d’accord. C’est plus une facilité qu’autre chose."

LH : "On parle beaucoup de hockey. C’est une grande partie de notre vie… C’est notre passion. Mais parfois il faut se dire qu’on a assez parlé de hockey. Et alors on passe à autre chose."

Vous semblez très à l’aise pour parler de votre relation…

JB : "Nous avons eu beaucoup de chance avec nos amis et nos familles qui ont tout de suite accepté notre union. En échange, je me dois d’accepter d’être ouverte sur le sujet. Car il y a des jeunes filles et des jeunes hommes qui n’ont pas la chance de vivre leurs émotions en plein jour. On peut peut-être servir d’exemple. Même si on est un couple comme tous les autres. Avec des moments difficiles. Et des moments extraordinaires."

LH : "C’est l’environnement qui fait que l’on se sent à l’aise. Et comme on est à l’aise, les autres nous acceptent plus facilement. On vit une vie complètement normale."

JB : "Je n’ai jamais voulu être un porte-drapeau. Mais quand je vois que certains ou certaines sportives ont du mal avec cela, je constate qu’il y a encore des problèmes, dans certains sports, certains pays. C’est bizarre mais je me dois d’affirmer mon orientation sexuelle alors que ce n’est pas très naturel. Il n’y a qu’aux homos que l’on demande cela… Je n’ai juste pas envie qu’un gamin ou une gamine se sentent mal à l’aise avec sa sexualité, avec qui il est, qui il aime."

LH : "A notre âge, c’est plus facile. On peut peut-être servir d’exemple aux plus jeunes qui sont en train de se chercher."

Aux abords des terrain de hockey, ça se passe bien ?

JB : "Oui on est des privilégiées. Le hockey et le sport féminin en général sont assez ouverts. Ce n’est pas le cas pour tous les sports et tous les sexes… Le sport féminin est une exception."

LH : "C’est plus compliqué du côté des sports masculins on dirait. Je n’ai pas d’explication. C’est plus difficile pour un homme de faire son coming out. Certains footballeurs l’ont fait. Mais après leur carrière. C’est dommage."

JB : "On dirait qu’il n’y a aucun footballeur gay… Mais les mentalités changent… En NBA, un ou 2 basketteurs en activité ont fait leur coming out. Eux, ils serviront d’exemple encore plus. Ce sont des petites choses qui font que des ados pourront un jour aimer qui ils veulent."

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