Handball: "Avec le Covid, les nerfs des dirigeants bénévoles que nous sommes sont mis à rude contribution!"

En attendant peut-être de nouvelles règles dans les prochaines heures ou dans les prochains jours, le sport professionnel peut poursuivre ses activités au contraire du sport amateur, prié de tout stopper, compétitions et entraînements, jusqu'au 19 novembre inclus, sauf pour les enfants de moins de douze ans en Wallonie. Certaines disciplines ont décidé d'aller plus loin encore en arrêtant tout jusque... fin décembre ! 

La première fédération à avoir tranché dans ce sens, c'est l'Union Royale Belge de Handball, en accord avec ses deux ailes linguistiques, la Ligue Francophone de Handball et la Vlaamse Handbalvereniging. Excepté les pros de la BENE-League, et une fois de plus les moins de douze ans, plus aucun handballeur du pays ne jouera en 2020, ni en match, ni à l'entraînement donc. 

Samuël Grulois a contacté Arnaud Baudru, l'administateur-délégué de l'Estudiantès Tournai, l'un des plus importants clubs belges dont l'équipe première évolue en Nationale 1. La décision est drastique mais Arnaud Baudru en apprécie la clarté !

Arnaud, comment votre club réagit-il aux mesures très fortes prises par votre fédération ?

Dans le contexte sanitaire que tout le monde connaît, on les approuve parce que c’est, à mon sens, la seule solution pour espérer retrouver une situation sous contrôle. On approuve aussi le fait que la fédération de handball se soit positionnée très rapidement. On sait donc à quoi s’en tenir pour les prochaines semaines et prochains mois, autrement dit une reprise en janvier 2021. Elle a franchement eu le mérite d’anticiper assez tôt, dès cet été, en mettant sur la table trois scénarii possibles : une reprise en octobre, une reprise mi-novembre ou une reprise en janvier dans le pire des cas. C’est le scénario d’une reprise en octobre qui a tenu le coup… mais seulement une petite semaine puisque les championnats ont rapidement été stoppés. Mais comme les différentes possibilités pour la suite étaient déjà préparées, il n’y a pas eu d’hésitation. Ce sera donc désormais en janvier. Les clubs peuvent donc s’organiser pour les futures semaines. "

Personnellement, croyez-vous vraiment en une reprise en janvier ?

" Je ne crois pas du tout en une reprise mi-novembre mais j’ai un petit espoir pour janvier. On se dit que ce sera possible si les chiffres sont de nouveau sous contrôle. On reprendra alors les activités sportives avec des protocoles très précis et très stricts. Mais personne n’a de boule de cristal… Tout le monde espère que les courbes vont s’inverser dans les semaines qui viennent. On avisera donc. Mais, pour l’instant, oui j’espère recommencer en janvier. "

D’un jour à l’autre, d’une semaine à l’autre, les protocoles changent, se durcissent selon les différents niveaux de pouvoir qui ont parfois des visions différentes. Clairement, c’est tout sauf une sinécure !

Il y a eu, et il y a encore, beaucoup de tergiversations autour du sport. Au niveau des instances politiques et sportives, c’est la cacophonie depuis plusieurs mois…

" Ce n’est pas évident. Les nerfs et les capacités d’adaptation des dirigeants bénévoles que nous sommes sont mis à rude contribution ! Je crois que c’est le cas dans tous les clubs, dans toutes les disciplines. Ce qui est vrai aujourd’hui ne le sera peut-être plus demain… On a passé énormément de temps, on a dépensé énormément d’énergie, pour essayer de quand même maintenir en place le maximum d’activités, en pensant tout simplement à nos adhérents et aux bienfaits que peut leur procurer leur pratique sportive. Mais d’un jour à l’autre, d’une semaine à l’autre, les protocoles changent, se durcissent selon les différents niveaux de pouvoir qui ont parfois des visions différentes. Clairement, c’est tout sauf une sinécure ! "

Avant d’être dirigeant, vous avez été joueur. Avez-vous l’impression qu’un virus comme le Covid-19 peut se transmettre facilement lors d’un entraînement ou lors d’un match de handball, considéré, on le rappelle, comme sport d’intérieur et de contact ?

" Je ne vais pas me transformer en virologue ou en épidémiologiste mais je dois admettre que le handball est très concrètement un sport de contact. Que ce soit avec les équipiers ou avec les adversaires, nous avons des contacts fort rapprochés, on se touche, on se bloque, on se contre. Et donc oui, en termes de transpiration et de ventilation, je peux aisément comprendre que si un joueur est porteur du virus, il le transmettra facilement aux autres joueurs. De surcroît, dans une discipline comme la nôtre qui se joue en intérieur. Je ne peux donc pas mettre en doute le fait qu’une contagion peut avoir lieu une fois qu’un membre d’une équipe est infecté. "

Le psychique des gens est mis à rude épreuve depuis de nombreux mois ! Pour certaines personnes, le sport est vraiment le dernier rempart qui leur permet de se changer les idées et de se donner un bien-être physique et psychologique. Tout cela contribue au fait qu’on n’a pas envie de lâcher trop vite cette potentielle dernière activité, malgré les risques.

Il a fallu du temps pour que les sportifs amateurs comprennent les enjeux et acceptent les décisions. On a même l’impression que certains n’ont pas encore compris !

" C’est vrai… Mais je pense qu’il faut regarder les aspects psychologiques et psychosociaux. Le sport permet clairement aux gens de se dépenser et de s’évader. Que vous soyez sportifs ou non, le psychique des gens est mis à rude épreuve depuis de nombreux mois ! Pour certaines personnes, le sport est vraiment le dernier rempart qui leur permet encore de se changer les idées et de se donner un bien-être physique et psychologique. Tout cela contribue au fait qu’on n’a pas envie de lâcher trop vite cette potentielle dernière activité, malgré les risques. Nous, en tant que dirigeants de clubs, nous devons nous assurer que tout soit maîtrisé en respectant scrupuleusement les protocoles qu’on nous impose. Mais quand il faut stopper les activités de telle ou telle catégorie, on perçoit facilement la déception, la tristesse et le désarroi des joueurs concernés. Mais je le répète, la situation sanitaire nous oblige à un respect parfait des normes. "

Je ne peux pas adresser aux sponsors des factures pour des panneaux publicitaires que plus personne ne voit puisque la salle est désertée depuis des mois !

Sans faire injure évidemment à ses pratiquants, le handball n’est pas le sport le plus populaire du pays. Ce n’est pas la discipline qui brasse le plus d’argent, qui attire le plus de sponsors. Avec cette crise sanitaire, avez-vous des craintes pour les finances de votre club les prochains mois et années ?

" Ça va clairement laisser des traces ! On en a déjà eu un petit aperçu fin de saison dernière puisque nous avons stoppé toutes nos activités au mois de mars. Depuis lors, tous les clubs ont des difficultés. Qu’importe la discipline, les rentrées dans les clubs amateurs sont souvent les mêmes : les organisations, les soupers, les festivités, les partenaires privés qui sont en proportion assez élevée à l’Estudiantès (NDLR : 60% du budget tournaisien)… Pour l’instant, toutes ces recettes financières sont complètement à l’arrêt ! Notre trésorerie est sous pression, nous ne pouvons plus organiser la moindre activité, notre cafétéria est fermée… Quant aux sponsors, je ne peux pas leur adresser des factures pour des panneaux publicitaires que plus personne ne voit puisque la salle est désertée depuis des mois ! Je ne peux que leur donner rendez-vous en janvier en espérant qu’ils n’aient pas eux-mêmes trop souffert de la crise. Les sociétés qui nous sponsorisent souffrent économiquement de l’impact du coronavirus et je comprends que le sponsoring ne soit pas la première de leur priorité début 2021. En parallèle, je ne cache pas le fait que le club réalise des économies, bien malgré lui, puisque nous louons moins souvent la salle, puisque nous ne nous déplaçons plus en bus, etc. Mais pour retrouver un équilibre financier dans le futur, il faudra mettre en balance les dépenses non-réalisées suite à la crise avec les pertes de recettes. Et je crains que les pertes de recettes soient malheureusement plus importantes que les dépenses non-engagées… "

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