Yip Pin Xiu, championne paralympique : “Avoir un handicap ne doit pas vous disqualifier de la vie”

Pendant plusieurs semaines, la RTBF va publier chaque jeudi un épisode de la série "ex aequo". Dix histoires inspirantes d’athlètes professionnel·le·s confronté·e·s à des discriminations de race, de genre, d’orientation sexuelle ou de handicap. Un podium sans filtre et sans hiérarchie, en dix épisodes, redistribuant la parole à celles et ceux qui clament haut et fort leur droit à être classé·e·s Ex Aequo

Sur terre, Yip Pin Xiu a besoin d’une chaise pour se déplacer. Dans l’eau, tous ses obstacles s’effacent. Trois médailles d’or aux Jeux paralympiques, toutes empochées en même temps qu’un record du monde. Si sa maladie dégénérative l’obligera un jour à arrêter la natation, elle ne l’empêchera jamais de poursuivre son autre combat : se battre pour une meilleure inclusion des athlètes en situation de handicap.

Ne me dites pas que vous êtes désolé pour moi, car moi-même je ne suis pas désolée”. Une formule qui illustre à merveille Pin Xiu. A l’approche de la trentaine, cette nageuse a accompli des prouesses inatteignables pour le commun des mortels. Entre titres paralympiques et chronos records, elle est une vraie reine des bassins.

Pourtant, enfant, rien ne la prédestinait à devenir un jour pareille vedette. Atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, la petite Pin Xiu ne marche pas comme les autres. Regards insistants, remarques faussement bienveillantes, moqueries : elle se sent seule. A l’adolescence, sa dystrophie musculaire la cloue sur un fauteuil roulant. Coup du sort ? Peut-être. Mais la jeune Singapourienne ne le prend pas comme tel. Cette chaise lui fait gagner en autonomie. Dans le même temps, elle prend conscience de ses capacités hors normes dans l’eau. Comme toute jeune qui veut percer dans le sport, elle se donne les moyens de rêver. Un travail acharné qui fait d’elle la championne qu’elle est aujourd’hui.

Une “vraie championne”. Tout comme elle est une “personne comme une autre”, et non une personne handicapée. Car, en parallèle, Pin Xiu est engagée dans une autre lutte : la promotion du sport pour les personnes atteintes d’un handicap. Leur rendre l’accès au sport plus facile. Leur montrer qu’elles peuvent elles aussi goûter au frisson de la compétition, à la gloire de la victoire. Une mission d’une tout aussi grande importance que ses consécrations en natation.

Avec ou sans handicap, c’est important d’être bien en société quand on est jeune

Quel est le moment de votre carrière dont vous êtes le plus fière ?

Il n’y a pas un moment que je peux mettre en avant plus qu’un autre. Je suis fière de tout ce que j’ai fait, sur deux plans différents. D’une part, il y a les records du monde et les médailles paralympiques. Cela m’a demandé de suivre une certaine discipline tout au long de ma vie. C’est cette attitude qui m’a menée si loin. D’autre part, je suis fière de l’impact social que j’ai provoqué, en étant qui je suis. Me battre pour la victoire aux Jeux et pour l’inclusion des athlètes avec un handicap. Ça, c’est vraiment quelque chose dont je suis très fière.

Quel est l’aspect des Jeux paralympiques que vous aimeriez voir mis davantage en avant ?

Certes, nous avons un handicap qui nous rend différents. Mais les Jeux paralympiques doivent vraiment être considérés comme un endroit plein de compétitivité. Et non comme un tournoi d’un niveau inférieur qui concerne juste les personnes avec un handicap. Je suis certaine que nous nous entraînons aussi dur que n’importe quel athlète de haut niveau valide. Nous suivons le même parcours, éprouvons les mêmes difficultés, affrontons les mêmes épreuves. Pour exceller, c’est exactement la même chose que chez les valides : exigence, entraînement, mental.

Vous avez 29 ans et vous avez commencé les compétitions de natation à 12 ans. Avez-vous le sentiment que le regard sur les personnes avec un handicap a évolué depuis tout ce temps ?

Oui, tout à fait. Le point de vue des gens sur les personnes handicapées a changé au fil des années, et pas seulement dans le sport. Quand j’étais plus jeune, je ne voyais jamais d’autres personnes handicapées autour de moi. De plus, nous n’étions représentés nulle part. Je me sentais donc très différente. Maintenant il y a de plus en plus de champions handicapés. Et les personnes ayant un handicap ont moins peur de s’afficher dehors. C’est aussi parce que les gens sont mieux éduqués. Le monde s’ouvre vraiment à nous. Avoir un handicap ne doit pas vous disqualifier de la vie, ni vous pousser à rester à la maison. Nous pouvons vraiment faire partie intégrante de la société.

Comment devraient être intégrés, dans le sport, les enfants en situation de handicap ?

A un niveau basique, tous les enfants devraient faire du sport ensemble. Par la suite, tout dépend du type de handicap, il faut faire du cas par cas. Les entraîneurs doivent y être sensibilisés pour pouvoir réfléchir aux adaptations qu’ils peuvent mettre en œuvre. De façon générale, il est essentiel de permettre à tous les enfants d’apprendre ensemble. Car ça leur permet de construire, dès le plus jeune âge, de solides bases pour la suite de leur vie. Avec ou sans handicap, c’est important d’être bien en société quand on est jeune. Il faut donc inclure au mieux possible, auprès des autres, les enfants souffrant d’un handicap. Ils pourront ainsi nouer des liens d’amitié. Dans cette optique, le sport constitue un excellent tremplin.

Que diriez-vous à un jeune en situation de handicap qui aspire au sport de haut niveau ?

Ne laisse personne te dire si tu peux ou non faire telle ou telle chose. Fais tout ce que tu veux faire. Car c’est uniquement en essayant toi-même que tu pourras voir si, oui ou non, tu en es capable.


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